Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (17)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

1967-75, L’ERE DU « CANNIBALE »

Faut-il gagner un Mondial à Sallanches pour devenir un champion à jamais dans l’histoire ? En 1964, 16 ans avant Bernard Hinault, Eddy Merckx clôture dans la cité savoyarde un palmarès amateur riche de 84 succès. Léon Zitrone, commentant la course pour l’ORTF, s’était écrié : « Eddy Merckx, rappelez-vous bien ce nom. » Mais même ce pronostiqueur aguerri ne pouvait imaginer à quel point sa prédiction était juste. Après une première année pro chez Solo-Superia, Eddy assoit une supériorité tous terrains avec Peugeot en 1966 et 67, alors que Jacques Anquetil entame un lent déclin.
1967, c’est le début de l’ère qui nous intéresse. Merckx remporte le deuxième de ses 7 Milan-San Remo, la première de ses 3 Flèches Wallonne, Gand-Wevelgem, deux étapes du Giro et son premier titre mondial pro. Chez Faema, Guillaume Driessens gère tranquillement son poulain avant de le présenter sur les grands tours.
En 1968, Cyrille Guimard pointe gentiment le bout de son nez en s’adjugeant Gênes-Nice à 21 ans. La France a la tête ailleurs. Les pavés du premier Paris-Roubaix remporté par Merckx ont moins d’impact dans l’opinion publique que ceux qui volent dans les rues de Paris. Robert Chapatte viré de l’ORTF, le cyclisme perd sa voix. Raymond Poulidor rajoute une couche en se faisant culbuter par une moto de presse. Ensanglanté, il abandonnera le lendemain ce Tour de France qui lui était promis. Les contrôles antidopage battent leur plein et l’exemplaire Jean Stablinski est contraint de faire ses valises pour son 12e et dernier Tour.
Cette année se termine en apothéose grâce aux pistards français. Aux J.O. de Mexico, où l’étonnante Colette Besson remporte l’or sur 400 m, deux compères de 24 ans trustent trois titres : la vitesse pour Daniel Morelon, le kilomètre arrêté pour Pierre Trentin et le tandem pour les compères. Si l’on ajoute le titre de poursuiteur de Daniel Rebillard, les protégés de Toto Gérardin, celui qu’Edith Piaf, folle amoureuse, appelait « Mon maître adoré » ou « Mon amour bleu » en signant « Ton petit bout qui t’appartient », rapportent quatre breloques en or.

Jean-Pierre Monseré, parti trop tôt
1969 sonne la fin du règne des deux hommes qui avaient la France à leurs pieds depuis 1958, Jacques Anquetil et le Général de Gaulle. Quand, lors de la dernière étape de Paris-Nice, Anquetil voit, à 300 m de la ligne, Merckx, parti 1’30’’ après lui, lui fondre dessus, il sait qu’il n’a plus grand-chose à attendre du cyclisme. Le Général de Gaulle démissionnera 40 jours plus tard de son mandat de président de la République.
Dire que les années qui suivront sont une promenade de santé pour le grand Merckx est à peine exagéré. Son palmarès, unique, ne cesse de grossir. L’opposition reste féroce car les champions ne manquent pas. Sur les courses d’un jour, les Roger de Vlaeminck, Walter Godefroot, Patrick Sercu, Michele Dancelli, Jan Janssen, Franco Bitossi, Cyrille Guimard, Jacques Esclassan tentent de s’opposer à l’hégémonie du Belge. Mais un seul semble en mesure de l’inquiéter : un autre Belge, Jean-Pierre Monseré. Un succès au Mondial 70 devant Felice Gimondi désigne ce beau gosse ultra-doué et fantasque, à l’image de son modèle Eric de Vlaeminck, comme l’égal des meilleurs. Mais son destin se brisera le 15 mars 1971 contre la voiture d’un automobiliste irascible qui le fauche en pleine course.
Sur les courses à étapes, l’opposition est aussi là. Felice Gimondi, Joop Zoetemelk, Lucien Van Impe, Raymond Poulidor, Luis Ocaña et Bernard Thévenet doivent tous céder, non sans panache. Ocana, qui frôla la mort en 1971 dans la descente du col de Mente, alors qu’il avait Tour gagné, profita de l’absence de Merckx en 73 pour s’imposer. Les autres accumuleront les accessits. Par deux fois en 1974, Raymond Poulidor ne verra que le dossard de Merckx. C’est vrai sur le Tour (2e à plus de 8’) comme lors du Mondial où, dirigé par Jacques Anquetil, il échoue pour 2’’.
San Remo, Amstel Gold Race, Flandres, Liège : l’année 1975 d’Eddy débute en fanfare. Mais ce sera aussi celle de son premier échec sur le Tour. Terrassé par le coup de poing d’un spectateur dans l’Alpe-d’Huez, il se fracture, plus tard, la mâchoire et laisse la victoire finale à Thévenet. La statue du Commandeur a vacillé, le déclin est annoncé. Reste le palmarès aussi : 625 victoires qui en font le plus grand coureur de tous les temps. « Poupou » va bientôt raccrocher. Derrière les Felice Gimondi, Gianbattista Baronchelli, Bernard Thévenet et consorts pointe un autre phénomène, Bernard Hinault. Cette année-là, celui que l’on surnommera « le Blaireau » n’hésita pas à chahuter Merckx lors d’un critérium d’après-Tour. Il sera le premier à égaler ses 5 victoires sur le Tour de France.


eddy merckx (1/6) 1969 tour de france par art-worlddiffusion

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