Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (12)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

1959-66, ANQUETIL ET L’ERE MODERNE
La fin des années 50 a laissé des traces dans le cyclisme français avec les deux échecs enregistrés en 1958 et en 59 sur le Tour par la bande à Bidot (Marcel de son prénom). A un Louison Bobet et un Raphaël Geminiani déclinants s’oppose la nouvelle génération emmenée par Jacques Anquetil, auréolé de sa victoire surprise en 1957, mais aussi le nouveau petit prodige Roger Rivière, la classe à l’état pur. Les deux hommes se sont frottés l’un contre l’autre en 1958 et vaguement réconciliés en 59 pour mieux mettre à terre Henry Anglade, ce « petit Napoléon » qui voulait leur voler la vedette. Avec ces deux-là, le cyclisme d’après-guerre a vécu. L’ère moderne est en route avec une approche plus scientifique où la préparation joue un rôle essentiel. On ne court plus 150 jours par an, on choisit ses objectifs.
Les équipes nationales, sources de tragi-comédies à la Pagnol, vivent leurs dernières années. Jacques Goddet a tranché : le Tour reviendra aux équipes de marque. L’année 1960, qui débute par un drame avec la mort du Campionissimo (Fausto Coppi), voit un nouvel échec des coureurs français sur la Grande Boucle et la fin de carrière prématurée, à 24 ans, d’un Roger Rivière trop généreux dans la descente fatale du Perjuret. 24 ans, c’est également l’âge d’un certain Raymond Poulidor qui se révèle en remportant le Tour du Sud-Est. Certes, Maître Jacques a apporté à la France, quelques semaines auparavant, une première victoire dans le Giro. Mais le cœur n’y est plus vraiment.
Les années qui suivront seront celles des règnes et des duels. Pour les grands tours, Anquetil, trouve sur sa route un Poulidor acharné qui, année après année, lui dispute la victoire, le faisant même vaciller en 1964 sur les pentes du Puy-de-Dôme. La France, coupée, en deux se prend pour l’Italie de Coppi-Bartali. Mais il n’y a pas de match. La domination d’Anquetil est sans partage. Il s’invente sans cesse de nouveaux challenges, poussé par son directeur sportif, Raphaël Geminiani. Maillot jaune de bout en bout sur le Tour (1961), doublé Dauphiné Libéré-Bordeaux-Paris (1965), record de l’heure (1967, non homologué pour non-présentation au contrôle antidopage) : tout est bon pour tenter de s’attirer la sympathie d’un public qui lui a toujours préféré Poulidor, le loser magnifique. Histoire d’asseoir toujours un peu plus sa domination, il choisira le vainqueur du Tour 1966, son coéquipier Lucien Aimar.
Pour les victoires d’étape et les courses d’un jour, la bataille fait rage entre Rik Van Looy et André Darrigade. Le premier reste le seul à avoir remporté toutes les grandes classiques (Eddy Merckx butera sur Paris-Tours). Le second, Just Fontaine du cyclisme, établira un record de 22 victoires sur le Tour, sera champion du monde et épinglera quelques belles classiques à son palmarès. Là également, une page se tourne. Rik II, qui se pose en vrai successeur de Rik Ier (Van Steenbergen), inaugure l’époque des équipes entièrement dévouées à un sprinter. Il crée sa « Garde rouge », tapis que ses équipiers lui déroulent jusqu’à la ligne d’arrivée. Cela n’empêchera pas l’Empereur d’Hérentals de se prendre les pieds dedans lors du Mondial 1963, victime du croche-pied de son équipier Benoni Beheyt qui lui souffle le titre sur la ligne. Voilà pourquoi le palmarès de Van Looy ne compte « que » 482 victoires et non 483. Le « traître » vit son compteur bloqué ce fameux 11 août. Il terminera sa carrière en 1966 après deux ultimes succès en 64. On ne joue pas impunément avec le patron.
En 1962, le monde du cyclisme ne sait pas qu’il vient d’entrer dans l’engrenage infernal du dopage pour une histoire (inventée) de soles pas fraîches jamais arrivées dans les assiettes des coureurs… Lentement, doute et triche s’installent. Les coureurs se présentent aux contrôles avec des flacons d’urine ne leur appartenant pas, qu’ils versent en douce dans les fioles destinées aux analyses. Les amateurs sont aussi touchés comme les Français André Bayssière et Charly Grosskost, victimes d’un malaise au Tour de l’Avenir et dont les valises regorgent d’explosifs. La grève des contrôles sur le Tour 1966, les dénégations indignées du peloton et le soutien sans faille de la presse et du public aux coureurs sont autant de bombes à retardement. Elles explosent le 13 juillet 1967 devant la télévision quand l’Anglais Tom Simpson joue « La mort en direct » sur le Ventoux.
Déjà, l’heure de la relève a sonné. En 1964, un jeune Belge a gagné le Mondial amateurs. Depuis, il a accumulé les bouquets. La légende d’Eddy Merckx est en marche.

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