Cyclisme

Cyclisme : un siècle de passion, d’émotions et de drames (11)

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames. Un siècle passionnant et passionné.

1945-1958, LA DROLE D’EPOQUE DE L’APRES-GUERRE

Van Looy-Van Steenbergen, les sprinteurs belges
Ou l’histoire de Rik et Rik. Les deux hommes, auxquels on peut associer Stan Ockers, développaient les mêmes qualités : puissance, agressivité, endurance. Né près d’Anvers (Arendonck), Rik Van Steenbergen (photo de Une) a été découvert en 1943 à 18 ans. Il épaulait l’expérimenté Sylvère Maes. Formé à l’école de la piste, il a développé ses qualités de vitesse avec son ami Marcel Kint sur les courses d’omnium. Son palmarès est impressionnant pour un spécialiste indoor : 2 Tours des Flandres, 2 Paris-Roubaix, Milan-San Remo, la Flèche Wallonne et 3 Mondiaux. Comme un écureuil, il profite de la période hivernale pour faire le plein d’énergie et battre au printemps les meilleurs routiers. Pris dans des histoires de contrebande de montres suisses, il mettra un terme à sa carrière en 1966.

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Rik Van Looy, « l’Empereur d’Herentals », a gagné toutes les classiques avec sa fameuse garde rouge qui était priée de suivre ses directives. Il avait bâti ses différentes équipes pour battre Fausto Coppi et Rik Van Steenbergen. Chaque coureur avait une responsabilité spécifique. « L’Empereur » régna sur la Faema puis GBC et Solo-Superia sans se préoccuper des attentes des uns et des autres. Un équipier comme Edgar Sorgeloos avait toujours sur lui une clé pendant les courses au cas où son leader souhaitait bricoler guidon et selle. Eddy Merckx a couru une saison avec Van Looy chez Solo-Superia. Il prit rapidement la porte : Van Looy lui fit comprendre que la star, c’était lui. Lorsque Julien Stevens lui fit savoir qu’il partait rejoindre « le Cannibale », Van Looy supprima son salaire !
Lors du Mondial 1963, la rébellion éclata. Van Looy a négocié des primes avec les Belges qui l’aideront, pour la troisième fois, à devenir champion. Mais le jour précédant la course, ils demandent une rallonge, que refuse « L’Empereur ». Accompagné de Gilbert Desmet et Benoni Beheyt, Van Looy se dirige vers un nouveau sacre quand Desmet, à bout de forces, dévisse. Beheyt osa mettre la main sur Van Looy pour le tirer en arrière ! Il regretta ce geste le reste de sa vie : Van Looy, privé de maillot arc-en-ciel, lui fit payer la note pour le restant de sa carrière de coureur, le rayant des classiques et des critériums. Tom Simpson avait dit : « Si on n’est pas ami avec l’Empereur, on ne peut pas gagner d’argent en Belgique. » Beheyt n’en gagnera plus nulle part…

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Les deux K : Koblet et Kübler, la Suisse puissance 2
La Suisse possède deux magnifiques champions avec Ferdi Kübler et Hugo Koblet. Ce dernier aidera le premier à devenir champion du monde en 1951 sur le terrain des Italiens, réputés intouchables chez eux. Koblet, pédaleur de charme, remporte le Tour 51. Kübler, crédité du doublé Liège-Flèche Wallonne en 1951-52, avait une personnalité hors du commun. Ses adversaires ne savaient pas trop s’ils étaient insultés ou encouragés à rouler. Ferdi, à la lutte avec Gem (Raphaël Géminiani), n’avait aucun scrupule à leur offrir des francs suisses pour qu’ils le laissent gagner… Il n’aimait pas qu’on lui rappelle la manière peu orthodoxe qui lui permit de remporter le Tour 50 (retrait des Italiens sur ordre de Gino Bartali qui s’était senti menacé dans le col d’Aspin). Il répondait qu’il avait battu Stan Ockers et Louison Bobet à la régulière. Par trois fois entre 1950 et 54, il remporta le titre officieux de meilleur coureur du monde en s’adjugeant le trophée Desgrange-Colombo.

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Grande année pour la Suisse en 1950 : Koblet est le premier non-Italien vainqueur du Giro. Le beau gosse avait pour habitude de se donner un coup de peigne dès la ligne franchie… Il connut une fin tragique en 1961, victime d’un accident de voiture énigmatique.

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Une fusée : André Darrigade
André Darrigade était originaire de Narosse, p’tit village des Landes, près de Dax. Formé à l’école du sprint, il se fait un nom sur l’anneau du Vel’ d’hiv’ en battant un futur champion du monde de la piste. Darrigade profite de l’absence de prologue sur le Tour pour remporter la 1ère étape et donc revêtir le maillot jaune dès le premier soir (il l’étrennera 5 fois). Champion du monde 1959, vainqueur du Tour de Lombardie 1956, Darrigade battit Bobet sur ses terres lors du championnat de France 1955, sur les bords de l’Aulne. Un véritable exploit en terre bretonne : Bobet était alors au sommet de sa gloire. Lors de son Mondial victorieux, Darrigade était souffrant. Il avait une rage de dents depuis quelques jours ainsi que… le ver solitaire. Cela ne l’empêcha pas de créer une énorme surprise à Zandvoort.
Il alimente aussi la chronique sur le Tour 1956, qu’il aurait pu remporter sans un coup de Trafalgar entre Lorient et Angers. Il fut relégué à 18’ de Gilbert Bauvin et Roger Walkowiak, futur vainqueur. Frustré, se jugeant incompris, Darrigade finit par jeter son pneu percé dans le pare-brise de la voiture de son directeur sportif, Marcel Bidot, avant de casser l’ambiance de l’équipe de France, qui n’en était plus une, à Toulouse. Il détestait Bauvin qui n’avait aucune sympathie pour lui. Fort de son échappée en Bretagne, Bidot choisit la carte Bauvin aux dépens de Darrigade. Ce dernier ajouta son nom à la colonne « Faits divers » du Tour 1958 en percutant dans le sprint final le jardinier du Parc des Princes, qui décédera un peu plus tard. Il sera profondément marqué par cet accident avant de se retirer en 1966.

A retenir…
– Le 29 septembre 56, Stan Ockers participe à une réunion sur piste chez lui, à Anvers. Il chute violemment, sa tête heurte le sol. Il décédera 36 heures plus tard.
– Fred De Bruyne remporte le Tour des Flandres 1957. On a évité une catastrophe à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée avec une centaine de voitures qui s’intercalent entre les échappés et le peloton.
– Le record de l’heure de Roger Rivière, le 17 avril 1958 (45,372 km/h), n’est pas homologué au Vel’ d’hiv’ faute de sacs de sable réglementaires autour de la piste.
– Le 20 septembre 59, le Vel’ d’hiv’ est détruit. Situé à l’angle du boulevard de Grenelle et de la rue Nélaton, il avait ouvert ses portes le 30 octobre 1910. Il est désormais et à tout jamais associé à une triste page de notre histoire avec la rafle qui envoya des milliers de personnes vers les camps de la mort.

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