Cyclisme

Cyclisme : Les maillots cultes ont une histoire

L’histoire du cyclisme a débuté au XIXe siècle. Les révolutions technologiques coïncident avec la création des premières épreuves. A Saint-Cloud, le 31 mai 1868, l’histoire est en marche. L’année suivante, le 7 novembre, les coureurs vont de Paris à Rouen. Le Britannique James Moore restera comme le premier vainqueur de l’histoire. Cette période voit naître Bordeaux-Paris, Paris-Brest-Paris, Paris-Nantes, Milan-Turin, Liège-Bastogne-Liège, sans oublier les premières épreuves sur piste. Le premier Tour de France n’est pas loin. Le premier Tour d’Italie suivra de près. Voici l’histoire de plus de 100 ans d’émotions, d’amours et de drames.

A l’instar des maillots du Real Madrid ou du Barça en football, les tuniques des coureurs cyclistes privilégient la sobriété, avec une marque et surtout un design efficace qui permettent aux fans de s’identifier à une équipe. Un deuxième facteur important a permis de mémoriser ces maillots devenus légendaires. La télévision couleur est arrivée en France le 1er octobre 1967 et il n’y avait que 1 500 postes qui pouvaient retransmettre ce nouveau procédé. Les gens se déplaçaient donc en masse sur les critériums, les classiques, le Tour ou le Giro pour voir les coureurs qui portaient ces fameux maillots comme une seconde peau. A la vitesse où ils défilaient, enfants et adultes rangés derrière une corde de fortune sur le bord d’une route s’interrogeaient. « T’as vu Désiré Letort ? » « Non mais j’ai vu un maillot Peugeot. Je crois que c’était lui. » Délicieuse incertitude dans les yeux d’un enfant qui se rattrapait, avant ou après la course, en s’approchant des coureurs dans leurs tenues de lumière.
Ces maillots sont entrés dans la mémoire collective car ils nécessitaient un effort visuel que l’image télé favorisait au compte-gouttes. Et puis la décentralisation cycliste battait son plein. Avant de partir sur le Giro début mai, Eddy Merckx courait un ou deux critériums en Bretagne comme celui du circuit de l’Armel à Hénon (Côtes d’Armor), une commune de 800 âmes. Les maillots Faema ou Molteni étaient ainsi une valeur refuge garantissant la présence de la star (que l’on n’appelait pas ainsi à l’époque tant elle restait abordable).
Les maillots culte sont ceux de l’âge d’or du cyclisme. Les années 1945-59 puis les décennies 60 et 70 regorgent de trésors indémodables. L’arrivée des marques a permis de personnaliser ces maillots, sans tomber dans l’excès des années 80 qui ont fait des coureurs des hommes sandwichs franchement indigestes. Emile Mercier, patron des cycles Mercier surnommé Napoléon, n’aurait jamais supporté que son identité soit associée à quatre ou cinq autres marques autour de lui. Même chose avec le Baron Bic qui chargea Christian Darras, son directeur de publicité, d’écarter les oiseaux de mauvais augure autour de l’emblématique stylo orangé.
On peut trouver une quinzaine de maillots culte. On retiendra particulièrement une tunique des années 80, celle de La Vie Claire avec laquelle Bernard Hinault effectua son come-back en 1983. Ce maillot réalisé par un styliste de la marque Benetton s’inspirait d’une peinture abstraite de Piet Mondrian. Magnifique ouvrage qui ne gomme pas la nostalgie du havane de la Molteni, du jaune et du bleu de l’Espagnol Kas porté par Federico Bahamontes, José Manuel Fuente, Domingo Perurena, Vicente Lopez Carril, ou encore du rouge des Flandria qui donnait un coup de sang aux frères De Vlaeminck (Roger et Eric) et à Luc Leman. Ces maillots avaient toutes les couleurs de la vie et illuminaient nos yeux d’enfants.

Bianchi (photo de Une)
C’est d’abord le maillot de Fausto Coppi de 1941 à 55. Les couleurs ciel et blanc vont gagner partout, sur tous les terrains. Puis en 1958, Bianchi devient fournisseur technique de plusieurs équipes. Lorsque Jan Ullrich, sans sponsor, court sous les couleurs de la Bianchi en 2003, il redevient sympathique. Un guerrier avec un maillot sublime où le bleu ciel a viré au vert d’eau.

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Mercier
Un nom, un coureur : Raymond Poulidor. Un demi-siècle de présence dans le cyclisme. Le maillot va virer du bleu au violet tout en gardant le jaune grâce à Gianni Marcarini, un ancien équipier de Poulidor. En 1976, on voit un peu de rose sur les manches, prélude à l’arrivée de Miko en 1977.

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Molteni
Une société de charcuteries et de produits alimentaires se lance dans le cyclisme avec « le Cannibale ». Le maillot marron ou havane, à l’instar de celui de la Bianchi, est le maillot culte par excellence. Celui du plus grand coureur de tous les temps : Eddy Merckx.

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Peugeot
Le fameux maillot à damiers porté par Tom Simpson et Roger Pingeon, vainqueur du Tour en 1967. On retrouve Eddy Merckx cette même année avec Raymond Delisle (sur la photo) et Charly Grosskost, sous la direction de Gaston Plaud. Le damier a été dessiné en noir et blanc parce que la télé n’était pas encore en couleur.

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Bic
Le maillot qui a permis à Luis Ocana de remporter le Tour en 1971 avec Maurice De Muer comme patron. Jacques Anquetil fera exploser les ventes de Bic en portant ce maillot, même si ce ne seront pas ses meilleures années. Christian Darras avait refusé Eddy Merckx pour une somme de 50 000 francs en 1967, alors qu’il voulait « le Cannibale » sous le maillot orange. Ce dernier déchira le chèque en blanc devant lui.

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Saint-Raphaël-Helyett
Le maillot de Maître Jacques Anquetil et de Rudy Altig, dirigés par Raphaël Geminiani et Raymond Louviot. Geminiani est à l’origine de l’arrivée de Saint-Raphaël dans le cyclisme en 1955, quand il force l’interdiction avec la complicité d’Achille Joinard, président de l’UCI, sur Milan-San Remo. Saint-Raphaël, comme l’écorce de quinquina, restera longtemps attaché au cyclisme.

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