Équipe de France

Clermont, un volcan pas si endormi

Y’a eu de l’animation à Clermont ! Louée par tous les observateurs, la stabilité de l’ASM a volé en éclats dans la dernière ligne droite de la saison 2012-13. La défaite en finale de H Cup et l’échec en demi-finales du championnat ont révélé au grand jour les tensions au sein du club auvergnat. Explications.

Difficile d’y croire. L’herbe paraissait tellement verte sur les volcans d’Auvergne ! Le chemin semblait tout tracé vers un doublé que tous disaient impossible. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Le double échec de Clermont face à Toulon (15-16 en finale de H Cup) et Castres (9-25 en demi-finales du Top 14) a provoqué un véritable séisme. Les propos de Vern Cotter, entraîneur de l’ASM depuis 2006, à l’issue de la défaite face au C.O. ont fait l’effet d’un coup de tonnerre. Retour sur une fin de saison pour le moins agitée dans le Puy-de-Dôme…

Toulon, le coup dur
Tout commence le 18 mai. Clermont a fait de la Coupe d’Europe son objectif prioritaire. L’ASM s’incline d’un point contre le RC Toulonnais. Désillusion énorme qui donne le ton de la fin de saison des Jaunards, encore en lice pour le titre de champion de France. Touchés mentalement, les hommes de Vern Cotter n’arriveront pas à relever la tête une semaine plus tard face à Castres, en demi-finales. Dans les jours qui suivent, l’analyse du coach pointe les défaillances. « On a très bien préparé le sprint final tout au long de la saison, avec priorité absolue à la Coupe d’Europe. Mon regret principal, c’est qu’on a travaillé pour Dublin sur les choix et la gestion du match avec les leaders et que ces leaders de jeu ont été absents. Je regrette d’avoir fait confiance à deux ou trois joueurs », déclara-t-il ainsi au quotidien régional « La Montagne ».
Des propos cinglants qui tranchent avec le discours habituel du Néo-Zélandais, toujours prompt à défendre ses hommes. Certains étaient directement visés, comme l’Australien Brock James. « Il est responsable de la gestion sur le terrain et on n’est pas forcément content de (sa prestation) face à Toulon. Les soldats étaient là mais pas la gestion. » Face à Castres, il n’y avait plus rien à attendre : le mal était fait selon l’entraîneur clermontois. « Je pense que l’on a sous-estimé l’impact de la défaite contre Toulon. Les premiers signes étaient là dès la première mi-temps (contre Castres), quand j’ai vu que les joueurs ne parlaient même pas entre eux. »

Vern Cotter crée la polémique
Au-delà des critiques faites aux joueurs, Vern Cotter a mis en cause la direction du club. « Des choix durs devront être faits. On manque de leaders dans les matches couperets. Ça va devenir de plus en plus difficile quand je vois comment certains clubs s’arment. Il va falloir frapper fort ! Et cela vaudra surtout pour l’année d’après (ndlr : 2014-15). Aux gens en place de prendre leurs responsabilités. » Les déclarations de Cotter n’ont pas plu à la direction du club et notamment à son président, René Fontès. Ce dernier a réagi rapidement sous la forme d’un communiqué. « Les propos tenus par notre entraîneur m’ont stupéfait et profondément déçu car aux antipodes de son comportement habituel envers nos joueurs et notre club. Ce même jour, Vern m’a informé que, suite à ses déclarations, il me proposait sa démission. J’ai pris acte de sa proposition et décidé, avec Eric de Cromières, de convoquer un conseil d’administration qui se tiendra le lundi 3 juin, pour statuer sur cette situation. »
Plus tard dans la même journée, l’entraîneur de l’ASM démentait avoir donné sa démission. « Non, je n’ai pas démissionné. Ce n’est pas clair. J’aimerais éclaircir les choses et je vais appeler mon président pour comprendre la situation », précisa Vern qui participait à une conférence de presse pour présenter le futur staff de l’équipe d’Ecosse. Sélection dont il prendra les rênes en 2014. « Apparemment, il y a eu une réaction à un article dans lequel j’ai donné en toute honnêteté mon opinion sur l’évolution que doit prendre le club. Le plus important, c’est que, quelle que soit la décision prise, elle soit prise correctement », ajouta le Néo-Zélandais pour tenter d’éteindre l’incendie. S’il a finalement été maintenu dans ses fonctions, cette crise a révélé les relations tendues entre les différents protagonistes du secteur sportif. Notamment entre Vern Cotter et Jean-Marc Lhermet, dont la politique de recrutement était clairement mise en cause.

L’exception clermontoise
Amer, l’entraîneur asémiste n’a pas mâché ses mots. Pour calmer les esprits, il a fait (contraint et forcé ?) son mea culpa sur le site Internet du club. « Mon intention a toujours été de faire avancer le club, jamais de nuire à qui que ce soit au sein de l’ASM Clermont Auvergne. Je regrette d’avoir pris, sous le coup de la frustration, une position maladroite vis-à-vis de mes joueurs ou de la politique du club. Il y a eu de la maladresse de ma part et beaucoup d’incompréhension par la suite dans une affaire qui a été beaucoup plus médiatisée qu’elle n’aurait dû l’être. Je me suis expliqué avec tous les intervenants, je n’ai maintenant qu’une seule envie : tirer un trait sur la semaine dernière et me tourner vers la saison prochaine, où nous aurons de grandes ambitions. Je vais partir durant 15 jours en Nouvelle-Zélande afin d’aller chercher de nouvelles idées, de nouveaux axes de travail, (pour) en faire profiter l’ASM dès mon retour. Je suis heureux que le club me fasse confiance pour la saison prochaine et je suis très déterminé à finir mon aventure en Auvergne en beauté. » Difficile de remettre en question l’investissement de l’homme qui a ramené les Jaunards au sommet du rugby français et qui leur a offert le premier Bouclier de Brennus de leur histoire, en 2010 (19-6 contre Perpignan).
Vern Cotter a malgré tout mis le doigt sur certaines failles du système clermontois. Bien réelles. Alors que la course à l’armement affole la majorité des clubs de l’Hexagone, l’ASM continuait de promouvoir la formation à la française. A l’heure où nous écrivions ces lignes, la formation auvergnate n’avait enregistré que deux arrivées, Thierry Lacrampe et Mike Delany, malheureusement absent pour quatre à six mois en raison d’une opération de l’épaule. Le coach de Clermont regrettait la frilosité des dirigeants et faisait part de son incompréhension dans le dossier Sébastien Vahaamahina. « Un garçon comme Sébastien devrait déjà être là ! Il faut savoir ce qu’on veut. » Le président Fontès, qui s’apprêtait à passer la main à Eric de Cromières, défendait quant à lui sa politique. « Nous n’avons pas fait les choix de recrutement qui sont les plus faciles. L’ambition d’avoir un joueur sur trois issu du centre de formation sur le terrain n’est pas anodine. L’idée d’aller vers un joueur sur deux, comme nous l’avons prévu dans notre plan stratégique, est sans doute encore plus compliquée. D’autres clubs font d’autres choix qui, au moins dans leur tête, ont peut-être l’avantage de (faire) gagner du temps. »

Quelles conséquences ?
Vern Cotter n’avait évidemment pas l’intention de tout bouleverser. « Tout le monde va copier le modèle toulonnais avec des stars étrangères. Il donne des résultats rapides. Et nous, on fait quoi ? On a opté pour la formation. Je crois qu’on est dans le vrai. Mais il va falloir un mélange. » Si le Néo-Zélandais essayait d’être plus diplomate, cette guerre des mots et des egos aura forcément laissé des traces. Des clans peuvent se former au sein de l’effectif et faire exploser le précieux équilibre atteint depuis plusieurs années. Ce n’est pas seulement la saison 2013-14 qui se joue maintenant, c’est tout l’avenir de l’ASM puisqu’il faut également préparer la succession du coach. Chaud devant !

Paul PERIE

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