Étranger

Ciprian Tatarusanu, la montagne a accouché d’un sourire

Dans le tumultueux mercato estival nantais, le géant roumain Ciprian Tatarusanu a imposé, sans en rajouter et en toute discrétion, sa stature dans les cages. Cela ressemble à une vraie bonne pioche pour les Canaris.

Sur l’air des quatre saisons, le FC Nantes a connu un printemps chaud, très chaud, avant un été assez rocambolesque dans la période du mercato. Un printemps chaud ? Pour comprendre, il convient de revenir quelques mois en arrière, toujours sur l’air des quatre saisons. Automne 2016 : l’équipe alors drivée par René Girard n’est même pas au bord du précipice, elle est carrément au fond du trou. Avec l’ultime humiliation d’un 0-6 (on parle bien foot, pas d’une roue au tennis) dans son stade chéri de la Beaujoire, face à Lyon. Forcé, il va y avoir du changement.
Quand Sergio Conceiçao arrive en même temps que l’hiver, nommé coach à la place du coach début décembre, Nantes pointe à la 19e place et se trouve dans un état de mort clinique annoncée. Mais le technicien portugais va réussir davantage qu’un miracle. Il redonne vie au moribond, jusqu’à l’amener à une improbable 7e place à la fin du championnat. C’est le temps des amours. Sur l’air des quatre saisons. Et le beau Sergio d’annoncer qu’il va, bien sûr, continuer, au moins une année supplémentaire, sa mission sur les bords de l’Erdre, tout en donnant à ses dirigeants la feuille de route qu’il entend suivre.
Les Kita, père et fils (Waldemar et Franck), entérinent bien évidemment. Sauf que, coup de tonnerre, quelques jours plus tard, dans une incroyable volte-face, Conceiçao annonce son désir de rejoindre à tout prix son club de cœur, le FC Porto, qui lui fait une cour effrénée. Le beau début, la drôle de fin. Si, dans la foulée et dans la précipitation, le président réussit un joli coup en parvenant à appâter Claudio Ranieri (qui a fait, un plus tôt, de Leicester le plus surprenant champion d’Angleterre de l’histoire de la Premier League), au niveau du mercato, forcément, ça patine. Entre ce qui était les desiderata de Conceiçao, ce que commence à observer l’Italien en ébauchant quelques pistes, ce que peut débourser le club et ce que sont les humeurs des joueurs contactés, il y a comme de la friture sur la ligne…
C’est dans ce contexte un brin trouble que Ciprian Tatarusanu est venu, fin juillet, poser ses valises et son immense carcasse dans la cité des Ducs de Bretagne. Ranieri désirait un gardien d’expérience, le voilà avec ses 31 ans. Un garçon – international roumain aux 46 sélections – qu’il connaît pour avoir pu l’observer dans le Calcio, sous le maillot de la Fiorentina, qu’il a porté pendant trois ans.
« Tata », qui sort d’une saison moyenne avec la Viola, après avoir brillé en 2015-16 (14 « clean sheets » en championnat et seulement deux buts encaissés en éliminatoires de l’Euro, avec notamment 22 interventions décisives sur 24 tirs cadrés), n’hésite pas vraiment. « Quand j’ai su que le club s’intéressait à moi, je me suis renseigné sur son histoire. Il a remporté beaucoup de titres et il a notamment été huit fois champion de France. La dernière fois en 2001, avec Viorel Moldovan. » Un compatriote auprès duquel il a naturellement pris tous les renseignements nécessaires sur la Maison jaune. « Mais, précise-t-il, la présence du coach a également compté dans mon choix. Il s’agit de quelqu’un possédant une grande expérience et qui a montré, partout où il est passé, son savoir-faire. »
Juste le temps d’ingurgiter les mots rudimentaires de la langue française pour se faire comprendre de ses partenaires et le voilà (déjà) devant son examen de passage. Le grand oral a lieu lors de la 2e journée, à l’occasion de la réception de l’OM. Un match au presque plus que parfait. En première période, le géant, pas toujours habillé en vert, réalise trois parades de haute (en)volée, presque miraculeuses. Il réussira, au bout du compte, neuf interventions décisives, record en L1. Il fait apprécier son culot, lui, le gars plutôt réservé. Va au duel, boxe les ballons les plus chauds dans ses sorties aériennes, maîtrisées, s’élance sans peur et sans reproche, comme un gardien de hand – il y a joué dans sa jeunesse –, face aux attaquants adverses qu’il défie, magnifique, en un contre un.
Oui, un match au presque plus que parfait, à peine atténué par ce but de Lucas Ocampos, dont on a du mal à savoir, même avec les ralentis, s’il n’est pas entaché d’un léger hors-jeu ou d’une petite mimine du Marseillais. Mais ce but est historique. Au cours des journées suivantes, contre Troyes, Lyon, Montpellier et Caen, le grand Cyprian a gardé ses cages toutes propres, sans la moindre tâche. Trois victoires 1-0 pour le FCN et un nul 0-0. « Tata » y est pour beaucoup. Nicolas Pallois, qui a rejoint en même temps que lui la défense nantaise, s’avoue sous le charme. « Je ne le connaissais pas. Il est vraiment impressionnant. Il est très complet et rassure toute l’équipe. » C’est une montagne qui a accouché d’un sourire. Sur l’air des quatre saisons ?

Un Chat chez les Canaris
A peine arrivé, déjà adopté. Il faut dire que les performances du portier roumain depuis qu’il a débarqué en Loire-Atlantique ont souvent atteint des hauteurs dépassant sa taille (1,97 m, quand même) ! Les fans du FC Nantes, emballés, n’ont pas tardé à lui trouver un surnom : « le Chat ». Un Chat chez les Canaris, cela aurait plutôt tendance à causer du grabuge… Pas cette fois. C’est même tout le contraire. Ce « Grosminet » rassure tout le monde !

Profil
• Né le 9 février 1986 à Bucarest (Roumanie)
• Gardien de but
• 1,97 m, 89 kg
• Roadbook : Juventus Bucarest (Roumanie, 2003-07), Gloria Bistrita (Roumanie, 2007-09), Steaua Bucarest (Roumanie, 2009-14), Fiorentina (Italie, 2014-17), Nantes (depuis 2017)
• International A (Roumanie)
• Première sélection : le 17 novembre 2010 à Klagenfurt (Autriche), Italie-Roumanie 1-1 (amical)
• Palmarès :
– Champion de Roumanie avec le Steaua Bucarest en 2013 et 2014
– Vainqueur de la Coupe de Roumanie avec le Steaua Bucarest en 2011
– Vainqueur de la Supercoupe de Roumanie avec le Steaua Bucarest en 2013

Populaires

To Top