Équipe de France

Christopher-Eric Tolofua, l’explosion

Le Stade Toulousain et l’équipe de France cherchaient le successeur de William Servat, jeune retraité, au poste de talonneur. L’heureux élu pourrait être Christopher-Eric Tolofua. Le gamin impressionne par ses qualités physiques et sa marge de progression semble illimitée. Zoom sur la nouvelle pépite du rugby tricolore.

Une affaire de famille
Originaire de Wallis et Futuna, Christopher-Eric Tolofua est le neveu d’Abraham Tolofua, un pilier qui a porté les couleurs de Nice, Grenoble, Montferrand et Béziers. Christopher a lui aussi débuté au poste de pilier avant d’être repositionné au talonnage au pôle France de Marcoussis. Son « petit » frère Selevasio (1,86 m, 100 kg) a lui aussi revêtu les couleurs du Stade Toulousain. Il a remporté le Super Challenge de France-« Midi Olympique » avec les minimes rouges et noirs. Lucas (benjamins) et Siale, deux autres de ses frères, ont également intégré l’école de rugby du Stade Toulousain. « Nous sommes très fiers de ce qui arrive à Christopher mais il sait qu’il ne doit pas s’emballer », glissait son oncle Abraham.

Le 9e homme
Aussi incroyable que cela puisse paraître, le Stade Toulousain a utilisé la saison passée neuf joueurs au poste de talonneur : William Servat, Gary Botha, Akvsenti Giorgadze, Jaba Bregvadze, Yohan Montès, Victor Paquet, Alberto Vernet-Basualdo, Jérémy Falip et donc Christopher Tolofua. Confronté à une hécatombe assez irréelle, le staff haut-garonnais a lancé ce joueur prometteur dans le grand bain deux semaines après son 18e anniversaire. Et Christopher a très vite appris grâce à l’aide des anciens comme Jean-Baptiste Poux et Census Johnston, qui l’encadraient souvent en mêlée. Son premier match chez les pros, c’était le 14 janvier contre le Connacht, en H Cup. Tolofua était entré en jeu à la place de Servat. Il a connu sa première titularisation contre le Racing Métro au Stade de France et a signé un match étonnant, sans paraître impressionné par l’enjeu et le cadre.

Une ascension trop rapide ?
« Il a été exposé comme il n’aurait jamais dû l’être. S’il n’avait fait que des bouts de match, on n’aurait disséqué que le meilleur. » Yannick Bru, coach des avants toulousains, regrettait clairement la surmédiatisation qui a suivi l’éclosion de Tolofua. Un garçon propulsé titulaire chez les champions de France à seulement 18 ans, donc. « Il devait réaliser son apprentissage de manière progressive, reprend Yannick Bru. Là, il a suivi une formation hyper accélérée à cause des événements et ce n’est pas la meilleure chose pour lui. Il faut quand même rappeler que huit mois plus tôt, il jouait en Crabos au poste de pilier droit et ne lançait pas en touche… Quand on sait ça, on comprend que sa marge de progression est très importante. » Guy Novès et son staff couvent un joueur formé à Marcq-en-Barœul, dans le Nord. Un club qui bénéficie d’un partenariat avec le Stade Toulousain. Tolofua l’avait rejoint en 2007. « Si nous n’avions pas triplé ce poste en début de saison, c’est que nous comptions sur lui », précise Novès.

Les lancers
« C’est le secteur qu’il faut que je travaille le plus. Je me mets la pression et c’est ça qui me fait un peu galérer », avouait Christopher. « Plus que le geste, il doit parvenir à maîtriser son stress face aux échecs répétés », insiste Yannick Bru. Dans son apprentissage, Tolofua a bénéficié des conseils du Géorgien Akvsenti Giorgadze, joker médical très rapidement blessé et qui s’est impliqué dans la formation du jeune Wallisien. Un professeur de rêve selon l’entraîneur du XV de France : « Giorgadze est le meilleur lanceur, peut-être, que j’aie jamais rencontré ». Trois séances hebdomadaires ont été ajoutées pour la formation express de Christopher, toujours à l’écoute de « Globus ». « On a filmé sa façon de lancer pour voir ce qu’il fallait corriger et pour obtenir que tous ses lancers se ressemblent. Les deux pieds parallèles, il ne se sentait pas à l’aise et avait moins de précision en fond. On a modifié ça en lui faisant mettre un pied devant l’autre. Ce n’est pas parce qu’on lance les deux pieds sur la même ligne qu’on lance plus droit. Tout est une question d’écartement des coudes et de position des épaules. »

Le Stade Toulousain compte sur lui
« Avec Gary Botha, deux jeunes, Jaba Bregvadze et Christopher Tolofua, compléteront notre groupe au talon », expliquait le président Jean-René Bouscatel. Alors qu’il devait seulement signer quelques apparitions, Christopher a livré 12 matches en rouge et noir la saison passée, dont 8 comme titulaire. Cette année, il est sous les ordres de William Servat. La blessure de ce dernier lui a véritablement permis d’exploser. Le talonneur international expliquait : « Voir arriver un jeune comme lui, qui avait 16 ans de moins que moi, ça m’a fait sentir le sapin… » Nombreux sont ceux qui en font le successeur de « la Bûche » au Stade Toulousain comme en équipe de France. En tout cas, le talent ne manque pas. « On savait qu’il avait du potentiel. Il a un grand avenir. C’est pour cela que nous le conservons », glissa le manager des Rouges et Noirs Guy Novès après sa performance face au Racing Métro. Christopher s’efforce de garder la tête froide. Il a été parfaitement intégré à l’équipe et s’en étonnerait presque : « Ces grands joueurs avec plein de sélections m’ont accueilli si simplement… »

Les Bleus, déjà
L’équipe de France, Christopher-Eric Tolofua connaissait : il faisait partie du pôle France. Il a ainsi porté le maillot frappé du coq dans de nombreuses catégories de jeunes. Il devait participer au Mondial des U20 mais le programme a changé : à 18 ans, il a été invité à respirer le parfum des matches internationaux chez les grands pour la tournée en Argentine. « Je ne réalise pas encore mais ce n’est pas plus mal comme ça. Sinon, je me mettrais encore plus de stress », expliquait le jeune talonneur à l’annonce de sa sélection. « Le but est de trouver huit à dix joueurs à gros potentiel pour étoffer l’équipe de France et créer de la concurrence à chaque poste », soulignait le sélectionneur, Philippe Saint-André. Christopher fait partie de ceux-là. A son poste, il a retrouvé Dimitri Szarzewski qui le connaît depuis l’époque où il évoluait à Béziers. « Je l’ai vu grandir. Abraham invitait souvent son frère et j’ai donc eu l’occasion de rencontrer Christopher. Abraham est resté un ami, on se voit souvent. » Le tonton s’amusait de cette situation : « Un jour, je lui ai dit qu’il devrait venir avec moi au tournoi de Marcq-en-Baroeul pour voir mon neveu. Il a été impressionné. L’hiver dernier, quand il a joué contre lui, ça lui a fait drôle… »

Des capacités physiques hors du commun
1,84 m pour 122 kg. Une puissance dévastatrice à l’impact et des charges impressionnantes qui ont fait le tour du Web, comme le tampon infligé à l’arrière du Racing Métro Juan Imhoff. Après la victoire des Rouges et Noirs au Stade de France, Guy Novès insistait sur son « énorme densité physique ». « Ce gamin, c’est une force de la nature », déclare, admiratif, Dimitri Szarzewski. « Une bombe atomique, surenchérissait l’entraîneur de Perpignan Bernard Goutta. Il m’impressionne beaucoup balle en main. Il sait tout faire : percuter, franchir, passer les bras, transmettre après contact, jouer devant la défense… D’ici trois à quatre ans, il sera probablement le meilleur talonneur au monde. » Tous les spécialistes s’accordent à dire que Tolofua possède des qualités et une maîtrise étonnantes à un poste où les joueurs donnent généralement leur pleine mesure à un âge plus avancé. Didier Bès, coach de Montpellier, confirmait : « Il possède une explosivité hors du commun, une vitesse incroyable et une maturité précoce à son poste ».

Un travailleur acharné
« Il avait 8 ans quand il m’a dit : « Je vais faire comme toi ». Comme son père, Christopher s’est toujours donné les moyens de réussir ce qu’il voulait. Il est déterminé et travailleur. » Les propos de son oncle sont confirmés par Yannick Bru. « A 18 ans, je ne faisais pas la moitié des efforts qu’il consent à faire dans une semaine d’entraînement », insiste l’entraîneur des avants toulousains. « Il peut redescendre aussi vite qu’il est monté. Mais pas de souci : avec l’encadrement et l’éducation qu’il a eus, il restera humble », ajoute le tonton. William Servat complimente lui aussi celui qu’il a vu exploser au cours de l’année écoulée : « J’avais entendu parler de lui car c’était un jeune très prometteur. On a beaucoup échangé. En plus de ses grosses qualités naturelles, c’est un gros travailleur. Il aura une carrière intéressante, c’est sûr. »

Paul PERIE / UNIVERS DU RUGBY

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