Étranger

Christian Benteke : pas vilain, le Diable !

Il est l’un des membres de la génération dorée du football belge. L’un de ses nombreux représentants en Premier League aussi. Découverte de Christian Benteke, la nouvelle bombe de Villa Park, pendant de Romelu Lukaku dans l’attaque des Diables rouges.

La Premier League, c’est comme les oiseaux. A chaque période, un pays de migration. L’Angleterre fut longtemps la terre d’asile préférée des Français. Une terre où toutes les couches sociales du footballeur professionnel étaient les bienvenues. Chaque week-end, on s’y côtoyait, on s’y croisait par hasard, on s’y retrouvait et on était content parce qu’on y parlait français. Il y avait des cracks, des internationaux, des bons, des « moyens-moins », plutôt bien conseillés, qui préféraient la bruine et le brouillard des West Midlands, la seconde division locale, avec un salaire à plusieurs chiffres plutôt qu’un challenge peut-être plus intéressant sportivement en Ligue 1 mais beaucoup, beaucoup moins alléchant financièrement.
Depuis peu, le flux migratoire a changé. Pas les codes de la Premier League. Juste les oiseaux. Oh, ce n’est pas que le plumé français n’ait plus la cote outre-Manche. Newcastle, par exemple, le confirme. Mais les cadors espagnols ont pris la place réservée aux cracks dans les teams du « Big Four » (David Silva, Juan Mata, Fernando Torres ou Santiago Cazorla après Xabi Alonso, Pepe Reina ou Cesc Fabregas, repartis). Et puis il y a un nouveau flux. Comme un mouvement continu. La Premier League se met désormais à l’heure belge.

6 « Anglais » face à la France
Le 14 août dernier, pour affronter la France en match amical à Bruxelles, ils étaient six représentants de Premier League du côté du plat pays (Vincent Kompany le capitaine, Marouane Fellaini d’Everton, Kevin De Bruyne, Romelu Lukaku et Eden Hazard de Chelsea, Nacer Chadli de Tottenham). Neuf en tout en prenant en compte les entrées en jeu de Moussa Dembélé (Tottenham), Kevin Mirallas (Everton) et Christian Benteke (Aston Villa). Et on pourrait ajouter Jan Vertonghen, pièce essentielle des Spurs de Tottenham, absent pour cause de blessure. Mais passons outre le phénomène de masse.
C’est l’avant-dernier cité qui nous intéresse ici. Christian Benteke, from Aston Villa. Une envergure qui en impose, en vol comme au sol. Débarqué à Birmingham aux dernières heures d’août 2012, il est devenu l’une des révélations du championnat. Et surtout la coqueluche des Villans. Le diable n’a pas perdu de temps pour faire son nid. Auteur de 19 buts et 4 passes décisives en 34 matches de championnat, il a terminé sa première saison anglaise au quatrième rang des buteurs de Premier League, derrière Robin Van Persie, Luis Suarez et Gareth Bale. Du beau linge. Le grand Christian n’est pas du genre à se laisser impressionner par la concurrence. Se battre, c’est même toute l’histoire de sa vie.

Georges Leekens, le mentor
Né à Kinshasa (République démocratique du Congo), Benteke n’a connu que la Belgique et Liège, où il a grandi. Formé à la Jeunesse Sportive de Pierreuse, un club de Liège, il rejoint le Standard (autre club de Liège) à 12 ans. Mais le kid vit une adolescence compliquée niveau football. Il quitte Sclessin à 16 ans pour rallier Genk. A son goût, il ne joue pas assez. Aussi, il refuse de prolonger son premier contrat. Il revient au Standard le 2 janvier 2009. Un contrat de 4 ans et demi est signé ce coup-ci mais un prêt suit en juillet. Direction le KV Courtrai où officie un certain Georges Leekens.
Passé sélectionneur national l’année d’après, Leekens lui offre sa première sélection en mai 2010 face à la Bulgarie. La Coupe du monde en Afrique du Sud va débuter. La Belgique n’y participe pas mais déjà, on pressent la montée en puissance des Diables rouges avec cette génération dorée, symbolisée par Hazard, Kompany and co. Pour Christian, les turbulences de l’adolescence n’appartiennent pas encore au passé. Le 31 août 2010, à quelques heures de la fin du marché des transferts, il refuse d’entrer dans une transaction entre le Standard et le FC Malines, un échange entre Aloys Nong et sa pomme, toujours en prêt. A quelques minutes du gong, il se ravise.

Paul Lambert (Aston Villa) bluffé
L’année d’après, il se décide à quitter le Standard, où il ne se voit pas d’avenir, pour de bon. Transféré à Genk, il commence à se faire une place, une vraie, et à faire trembler pour de bon défenses et filets. Seize buts et 9 passes décisives en championnat sanctionnent une première grosse saison. C’est assez convaincant pour Aston Villa. Paul Lambert, le manager, tombe sous le charme. Il parle de Christian comme d’une « révélation ». Les Villans mettent 8,8 millions d’euros sur la table. Le joueur monte à son tour dans le Thalys. D’abord barré par Darren Bent, il entre dans ce nouveau monde contre Swansea, marquant après 17 minutes. Dans une saison morne, avec la menace de la relégation pour la formation anglaise (elle finira 15e), Benteke est une petite lueur d’espoir. La flamme qui ne s’éteint jamais dans le cœur des fans.
Il est le joueur qui remporte le plus de duels aériens en Angleterre (8 par match en moyenne). Une performance qui en dit long sur les capacités physiques du rookie dans le championnat réputé le plus difficile du monde au niveau du duel, en altitude en particulier. Grâce à son triplé face à Sunderland et son pote Simon Mignolet (l’autre gardien de la sélection belge avec Thibaut Courtois), il devient le premier joueur belge à réussir un hat-trick en Premier League. Christian offre le meilleur ratio qualité-prix parmi les avant-centres puisqu’il inscrit 40.5% des buts de son équipe (19 sur les 47 marqués par les Villans en championnat). A l’échelle de la Premier League, pour un joueur à moins de 10 millions d’euros, c’est cadeau !

Il claque la porte puis la rouvre
Un cadeau qui a failli devenir empoisonné au début de l’été. Christian n’était pas content de la saison de son club, il l’a fait savoir et ne s’est pas envolé pour le stage de préparation. Convoité par quelques grosses cylindrées, il s’est très vite vu loin de Birmingham. Et puis, en plein bras de fer, ce fut la révélation : une prolongation de contrat jusqu’en 2017 ! « J’ai parlé au manager quand je suis retourné à l’entraînement. Nous avons eu une bonne discussion. Je suis très content d’être de retour et de signer un nouveau contrat. Ce grand club m’a beaucoup donné. » Mouais…
A quelques mois de la Coupe du monde au Brésil, qui verra la Belgique en découdre avec l’Algérie, la Russie et la Corée du Sud dans le groupe H, le voilà donc installé à Villa. Il a claqué un doublé dès la première journée à l’Emirates et fait plier Arsenal (3-1). La Coupe du monde, Benteke y croyait. Comme il est sûr du potentiel offensif des Diables. « Avec Lukaku, on a chacun notre style. Il est plus costaud et va davantage dans la profondeur. Moi, je joue davantage dos au but et je fais jouer les autres. La concurrence est vraiment très saine entre nous. Chacun permet à l’autre d’élever son niveau. Il n’y a pas de rivalité. Au contraire, on se voit souvent. C’est un vrai pote. » Pas si vilain, le Villan.

Lukaku-Benteke, diablement séduisants
Les deux perles belges au poste d’avant-centre se partagent les tâches en sélection. Plutôt l’une après l’autre que l’une avec l’autre. Entre le garnement de Chelsea et le rebelle d’Aston Villa, Mark Wilmots, le sélectionneur, n’a pas encore vraiment fait son choix mais il ne se plaint pas de l’embarras. « Moi, je vois plutôt cela comme une chance. J’ai deux buteurs qui progressent beaucoup depuis la saison dernière en Angleterre. » Et les faire jouer ensemble, alors ? Benteke : « Ça pourrait être un plus mais c’est difficile pour moi de dire si nous sommes complémentaires »

Bourreau à Liverpool
Auteur d’un triplé face à Sunderland et son ami Mignolet, Benteke a aussi réalisé deux doublés l’an passé en championnat. L’un contre les Reds à Anfield, le 15 décembre lors de la 17e journée (victoire 3-1 des Villans), l’autre face aux Toffees à Goodison Park (3-3 contre Everton le 2 février pour la 25e journée). Le garçon doit aimer l’air de Liverpool…

Vu par… Gordon Strachan, sélectionneur de l’Ecosse
« Christian Benteke est l’un des meilleurs attaquants du monde en ce moment. C’est un joueur imposant qui n’a peut-être pas encore l’expérience mais qui joue déjà très bien. »

Christian Benteke en short
■ Né le décembre 1990 à Kinshasa (RDC)
■ Attaquant
■ 1,91 m, 82 kg
■ International belge. Première sélection : le 19 mai 2010, Belgique-Bulgarie 2-1
■ Roadbook : Genk (BEL, 2007-jan. 2009), Standard de Liège (BEL, jan. 2009-mai 2009), KV Courtrai (BEL, 2009-10), Standard de Liège (BEL, août 2010), FC Malines (BEL, sept. 2010-11), Standard de Liège (août 2011), Genk (sept. 2011-août 2012), Aston Villa (ANG, depuis sept. 2012)
■ Palmarès : champion de Belgique en 2009 avec le Standard de Liège

Photo de Une : 17 août 2013, Emirates Stadium. Christian, ici devant Aaron Ramsey, plante deux buts sur le terrain d’Arsenal en ouverture du championnat. Et Villa croque les Gunners 3-1 en entrée !

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