Basket

Chris Webber, époque Michigan

Placé dans une école privée à Detroit, Chris Webber vécut une adolescence mouvementée. Chez les Wolverines de Michigan, il révolutionna le basket universitaire avec ses potes Juwan Howard, Jalen Rose, Jimmy King et Ray Jackson. Le fameux « Fab Five » disputa deux finales NCAA. Et les perdit.

Quand Michigan rencontra Duke pour la première fois de la saison, en décembre 1991 (défaite de 3 points après prolongation), Chris Webber smasha sur la tête de Christian Laettner puis lui tendit le ballon en lui disant : « La honte, tu viens de te faire dunker dessus devant les télés nationales… » Laettner lui renvoya l’ascenseur quelques minutes plus tard. « C’est comme ça qu’on fait, gamin… »
Webber sourit. L’Amérique vient de découvrir une star. Et toute star naissante débute humblement. Chris Webber est né à Detroit le 1er mars 1973. La logique voulait qu’il étudie dans l’école de son quartier mais sa mère, professeur, l’inscrivit à la Country Day Academy, une institution chrétienne de la banlieue, située à des kilomètres des écoles publiques du centre-ville et des fameux playgrounds. A chaque fois que Chris allait y jouer, il se faisait recevoir par les mômes du quartier et rentrait chez lui en pleurant. « Je me suis fait bastonner plus d’une fois. Ce n’était pas évident parce que je venais d’une école privée. Mais si tu arrives à te faire respecter, c’est pour la vie. »
Chris a déjà presque atteint sa taille d’adulte (2,06 m contre 2,08 m plus tard). Mais les casse-cous du quartier n’étaient pas impressionnés. Pour eux, il n’était qu’un jeune Black qui voulait changer de couleur, faisait partie d’une école de riches et jouait comme une fillette. C’est difficile à croire aujourd’hui mais à cette époque, Chris, l’aîné de cinq enfants, était une véritable catastrophe. « J’ai vraiment commencé à me sentir à l’aise en Seconde, explique-t-il. J’étais toujours le plus grand mais aussi le plus nul. Je n’avais aucun don particulier. »
Chris ne voulait pas rejoindre Country Day. La scolarité coûtait 10 000 $ par an. Les lycéens les plus âgés possédaient déjà leur propre voiture et se trimbalaient en costard-cravate. Afin de montrer sa réticence, Webber s’assoupit lors de l’examen d’entrée et ronfla pendant deux heures… Puis il joua au « game boy » les deux heures suivantes. De retour chez lui, il menaça de fuguer. Ses parents, Mayce (ouvrier d’usine) et Doris, ne cédèrent pas au chantage du garnement. Ils voulaient la meilleure éducation pour leur fils. « Mes parents me disaient : « Tu peux bouder, peu importe. » Je me suis finalement retrouvé dans cette école. Ma mère me voyait déjà professeur, avocat ou médecin. »
Ils voulaient tout simplement que Chris réussisse. Et au début de la décennie 90, ils ne sont pas déçus. Seulement, la voie empruntée par celui que l’on surnommera « C-Webb » est bien différente. Chris reçut jusqu’à 100 lettres de proposition de recrutement par semaine alors qu’il lui restait encore une année de lycée à accomplir. Déjà, c’était une star nationale.
Finale universitaire 1992. Duke-Michigan. Dans son année freshman et à seulement 19 ans, Chris est le leader d’une bande de gamins sans peur et sans reproche. Le « Fabulous Five » de Michigan, un groupe de lycéens arrivés durant l’automne précédant chez les Wolverines. Leurs noms entreront dans la mémoire collective : Jimmy King, Juwan Howard, Ray Jackson, Jalen Rose et donc Chris Webber. Ils ont révolutionné le basket universitaire américain. Le plus excentrique sur le terrain, c’est Chris. C’est aussi le plus effacé dans la vie de tous les jours. « Jimmy est tranquille. Juwan est un homme à femmes. Ray est cool. Jalen est un vrai comédien. Moi, à côté d’eux, je passe un peu inaperçu. »

Le roi de la grimace
Sauf sur le terrain. Celui que l’on surnomme « le jeune prince » est sûrement le plus talentueux de tous. Le n°4 des Wolverines est long, souple et élégant. « Il est grand et il n’y a pas une partie du jeu où il ne soit pas bon, constate le coach de Duke, Mike Krzyzewski. Ses longs bras lui permettent de réaliser des gestes dignes d’un pivot de 2,15 m et il possède en plus la dextérité d’un joueur extérieur. » « Si tu laisses avoir le ballon près du panier, il est pratiquement inarrêtable », admet respectueusement Christian Laettner.
Pour le tournoi final NCAA, Webber et Rose se sont rasé le crâne. Ça fait partie du personnage de Chris. Pour lui, tout est prétexte à se faire remarquer. « Le jeune prince » est d’ailleurs le roi de la grimace. « Quand je fais ces mimiques, ce n’est pas, contrairement à ce que l’on pense, destiné à l’équipe adverse. C’est pour mes coéquipiers. J’adore m’amuser. Grimacer est ma manière de montrer que je prends du plaisir. Ce sport est la chose la plus importante de ma vie mais ce n’est pas une raison pour m’enfermer dans un personnage trop sérieux. Que l’on mène ou que l’on perde de 30 points, je continue de m’éclater. »
Chris n’a peur de personne. L’une des anecdotes qui ont marqué les playgrounds de Detroit eut lieu l’été précédent. Entrons dans la légende. Webber allait dunker, Bill Laimbeer, le « Bad boy » de Detroit double champion NBA, était sur son chemin. Le gros Billy n’apprécie guère ce genre de choses. Surtout quand c’est un lycéen qui le provoque. Il attrapa Webber par le cou et le balança manu militari. Chris ne se dégonfla pas. « Je voulais lui défoncer la tronche », raconte le poète.
Heureusement, Isiah Thomas traînait par là et stoppa le môme avant qu’il ne soit trop tard. Webber, Rose et Howard sont tous originaires de Detroit. Là où on apprend la compétition dès son plus jeune âge. « On savait, en arrivant à l’université, que ce ne serait pas plus dur que ce que l’on rencontrait l’été dans la rue. Quand tu joues contre des gars comme Steve Smith, Glen Rice, Bill Laimbeer ou Derrick Coleman, tu n’as plus rien à craindre en NCAA. »
Avec ses quatre acolytes, Chris réalise une saison exceptionnelle. Pourtant, le seul souvenir qui restera, c’est la défaite 71-51 en finale face aux Blue Devils. « Je me fous de tout ce qu’on a pu faire avant, explique le Wolverine. Les gens disent que notre présence en finale universitaire était déjà un aboutissement extraordinaire. Et alors ? On a perdu et je ne retiens que ça. Je ne le supporte pas. »
Avec ses potes, Webber a fait le serment de ne pas quitter l’université de Michigan sans un titre. Titre qu’il n’obtiendra jamais… Un an plus tard, toujours en finale, Chris commet l’une des boulettes les plus célèbres de l’histoire en demandant un temps mort alors que son équipe n’en a plus. Michigan s’inclinera une deuxième année de suite en finale. 77-71 pour North Carolina. Fin de l’aventure NCAA…

Christophe DEROLLEZ / MONDIAL BASKET

Populaires

To Top