Équipe de France

Castres 2013, un titre qui ne doit rien au hasard

Vingt ans après, Castres est redevenu champion de France. Victoire surprise face au champion d’Europe toulonnais ou l’histoire revisitée de David contre Goliath version ovale. Dans le Tarn, on a toujours bossé pour cela. De l’ombre à la lumière, les raisons d’un succès mérité. Respect !

N’allez surtout pas chercher une vedette du côté de Castres, champion de France 2013 à la surprise générale, même si cinq internationaux français sont partis en tournée en Nouvelle-Zélande au lendemain du sacre (Christophe Samson, Antonie Claassen, Marc Andreu, Brice Dulin et Rémi Talès). Laissez les caméras effectuer leurs gros plans sur les stars de Toulon, Clermont, Toulouse. Dans le Tarn, ça les arrange, même s’ils se plaignent parfois d’un manque de reconnaissance. Que voulez-vous, Laurent Labit et Laurent Travers ont travaillé dans l’ombre pendant quatre saisons. Et pour se motiver, progresser, rien de mieux que le calme médiatique. Ce rôle d’outsider leur collait parfaitement à la peau.
Castres faisait peur. Après deux barrages perdus en 2010 et 2011, le C.O. avait atteint les demi-finales l’an dernier. Restait à gravir la dernière marche face aux champions d’Europe. Un Everest. Et pourtant… Les Tarnais se sont payé Clermont puis Toulon, les deux favoris, opposés en finale de H Cup. Budget du club ? Petit : 15 millions d’euros. Loin, très loin de ceux du RCT et de l’ASM. Gros écart aussi avec Toulouse, le Racing Métro, Biarritz, le Stade Français ou Montpellier. Mais Castres avait la foi. Et Castres n’a pas cherché à pratiquer un rugby présomptueux. Le projet de jeu était adapté aux hommes dont l’équipe disposait. On appelle cela le pragmatisme.

Toulon n’a jamais eu de ballons propres
Efficacité de la conquête, efficacité de la défense. Ici, pas de place pour l’individualisme. Le Castres 2013, c’était un groupe homogène. Dans les moments de doute, il n’y a pas eu de changement de cap ni de philosophie. Le groupe a gagné en confiance, en maturité, en solidarité. La vie d’une équipe, c’est une saison faite de hauts et bas, de ceux qui renforcent les liens. Une fois sur le terrain, Castres s’est appuyé encore et toujours sur ses points forts : l’alignement en touche, la mêlée, la défense. En finale, sur les phases de conquête, Toulon n’eut jamais de ballons propres. On peut parler de marque de fabrique car l’histoire s’est répétée. Clermont, groggy après sa défaite en H Cup, avait sombré 9-25. Le RCT s’est lui aussi fait piéger (14-19).
Les stars du Top 14 ont étouffé devant ces montées défensives hautes, le manque d’espace. Quand Rory Kockott inscrit son essai en jouant les filous derrière sa mêlée, Castres s’applique à ne pas commettre de fautes. Et respecte scrupuleusement les consignes de jeu. Le paradoxe veut que le C.O., si différent de Toulon, ait finalement été très proche du modèle varois dans l’approche tactique : conquête et défense, exploitation des contres. C’est en prenant le champion d’Europe à son propre jeu que les Tarnais ont reconquis le Brennus, 20 ans après leur sacre face à Grenoble (14-11). Bien en place dans la défense autour des rucks, les Castrais ont privé les hommes de Bernard Laporte de ballons de conquête. En touche par exemple, ils ont tourné à 80% contre 60% à leur adversaire. En mêlée aussi, Castres a tenu la distance. On n’oublie pas le jeu au pied et la réussite de Rémi Talès (deux drops fondamentaux) au moment où Jonny Wilkinson, lui, flinguait son pourcentage avec un inhabituel 3/8.

Réalisme et pragmatisme
Si Toulon est devenu presque humain sur le coup, c’est sans doute parce que Castres a déployé une panoplie hyper réaliste. Des en-avant de Matt Giteau et Fred Michalak furent sanctionnés à chaque fois. Réalisme, pragmatisme : ce titre de champion de France 2013 est aussi celui de l’intelligence. Intelligence des coaches, des joueurs. Ils l’ont fait avec leur tête et avec leur cœur. La victoire du C.O. récompense avant tout le travail du duo Laurent Labit-Laurent Travers, comme on aime à le souligner au sein du club. Depuis octobre dernier, on savait qu’ils rejoindraient le Racing Métro. Secret de Polichinelle. Ce départ annoncé aurait pu perturber le groupe. Ce fut tout le contraire. Les Tarnais ont tout donné. Les deux Laurent sont de fins tacticiens, des rassembleurs qui savent motiver un groupe. Ils se pratiquent depuis neuf ans et l’époque Montauban. Rappelons qu’ils avaient qualifié l’USM pour une Coupe d’Europe.
Labit et Travers ont su faire avec des moyens limités, bâtir un effectif équilibré, recruter juste, jusque dans les divisions inférieures. Sans dépenser les millions qu’ils n’avaient pas. L’association de quelques vieux briscards (Rodrigo Capo Ortega, Seremaia Baï, Matthias Rolland) et de jeunes pousses, révélations du Top 14, comme Rory Kockott et Brice Dulin, a fonctionné à merveille. Avec le départ du duo de mentors, une page se tourne. « Une belle page, s’émouvait Laurent Labit, champion comme coach 20 ans après l’avoir été avec Castres en tant que joueur. Le C.O. est une équipe avec beaucoup de cœur, d’âme et de talent. Certains gars peuvent vous gagner des matches mais c’est toute une équipe qui remporte le championnat. Cette victoire représente un aboutissement pour les joueurs – c’est quelque chose qu’ils garderont à vie – et pour les coaches, récompensés du travail accompli. Je suis heureux et fier ! »

Neuf joueurs ont prolongé
Castres restera Castres, quoi qu’il advienne. Matthias Rolland a quitté son beau maillot de champion pour enfiler le costume de manager. Il est épaulé dans cette nouvelle mission par les entraîneurs Serge Milhas et David Darricarrère. Le club a prolongé neuf joueurs parmi lesquels les internationaux Yannick Forestier et Christophe Samson. Et surtout le prodige Rory Kockott. Brennus sous le bras, ce dernier s’est finalement décidé à honorer une année de contrat supplémentaire. Pour le nouveau manager, hors de question de changer de statut : « On sera toujours l’éternelle surprise. Notre objectif est de rester dans les six premiers du Top 14. Il va falloir gérer ce virage, que je prends avec un magnifique héritage. Nous allons continuer à jouer les trouble-fêtes. Ce rôle nous convient, on se construit dans ce manque de reconnaissance. A nous de ne pas nous embourgeoiser. »
Le pied-de-nez de Castres au rugby professionnel d’aujourd’hui fait l’effet d’un grand rayon de soleil. Le C.O., ce sont des valeurs jamais reniées. Celles d’un rugby d’une autre époque. Et c’est aussi ça qui fait la beauté de ce sport.

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