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Blaise Matuidi : « J’aime bien me mettre en danger »

C’est « l’un des meilleurs milieux d’Europe », dixit Carlo Ancelotti. Interview « box to box » avec Blaise Matuidi.

PLANETE FOOT : Blaise, comment souffle-t-on quand on joue tous les matches ?
Blaise MATUIDI :
On essaie de bien récupérer, sauf quand on doit donner de son temps pour faire une interview… (Il explose de rire) Non, je déconne !

PLANETE FOOT : On fait une interview en mode récupération, alors. Avais-tu imaginé devenir un joueur incontournable de ce Paris SG ?
B.M. :
Quand Carlo Ancelotti est arrivé au milieu de la saison dernière, je suis allé le voir pour lui dire que j’étais prêt à me battre, à montrer ce que je valais. On a très vite expliqué que je n’allais plus trouver ma place au PSG avec les joueurs recrutés et les nouvelles ambitions du club. Mais ça venait de l’extérieur. Moi, je me suis toujours dit que la concurrence resterait saine et normale. J’étais même heureux de ça.

PLANETE FOOT : Pourquoi ?
B.M. :
C’est aussi pour ça que j’ai signé à Paris. Quand tu aspires à évoluer au plus haut niveau, il faut être prêt à ça. Savoir où tu mets les pieds. Personnellement, j’aime bien me mettre en danger. La concurrence est là ? Eh bien moi aussi ! J’en fait partie.

PLANETE FOOT : Tes performances ont explosé, tu es entré dans une autre dimension. En as-tu conscience ?
B.M. :
Je me rends compte que les regards de l’extérieur ont changé. Aujourd’hui, on me reconnaît tout de suite dans la rue, les gens me repèrent et hop, ils viennent me voir. Parfois, j’ai envie d’être un peu plus tranquille. Mes enfants se demandent ce qui se passe… Mais au fond de moi, j’aime ça aussi. C’est tout ce dont je rêvais quand j’étais gosse et que je voulais devenir footballeur pro.

PLANETE FOOT : Physiquement, comment fais-tu ?
B.M. :
Je rigolais tout à l’heure mais je sais que j’ai une bonne capacité de récupération. Je peux enchaîner les efforts. Je ne suis pas un robot non plus. Il m’arrive de ressentir de la fatigue mais quand je rentre sur le terrain, je mets les œillères. Avant, je me blessais tout seul à force de cogiter.

PLANETE FOOT : C’est-à-dire ?
B.M. :
Je me posais tout un tas de questions. Est-ce que je vais tenir ? Est-ce que ça va péter ? Je ne me prends plus la tête avec ça. Je vieillis, sans doute. (Il rigole) Et puis je pense aussi aux copains qui ne jouent pas autant que moi. Je vois leur déception au quotidien. Me plaindre, ce serait leur manquer de respect.

PLANETE FOOT : Comment ressort-on d’un 8e de finale des champions contre Barcelone quand on égalise à la dernière seconde et que l’on sait que l’on ne jouera pas le retour au Camp Nou ?
B.M. :
C’est assez bizarre… Je prends ce carton jaune assez sévère, je trouve, c’est frustrant. Mon but ? Il arrive au bout du bout du match. Il faut toujours y croire.

PLANETE FOOT : Tu mimes un cœur avec tes mains, dédié aux spectateurs du Parc. C’est de l’amour entre vous ?
B.M. :
Je pense surtout à l’équipe à ce moment-là. Et je dis merci au public. Franchement, le Parc a été énorme. Pendant tout le match, on a entendu les spectateurs hurler, chanter. C’était fort. Et ça nous a aidés. On ne marque pas à la 93e minute comme ça. Ce but et donc le fait de ne pas perdre, c’est aussi grâce à eux.

PLANETE FOOT : Ce match aller, c’est un peu LA référence dont le PSG avait besoin au niveau européen, non ?
B.M. :
On a montré que l’on avait du cœur, du courage et des qualités face à la meilleure équipe du monde. Oui, c’est une référence. Mais c’en était une aussi de sortir en tête de notre poule du 1er tour. Avec Porto et le Dynamo Kiev, notamment, ce n’était pas gagné. N’oublions pas que le PSG revenait en Ligue des champions, ça faisait un bout de temps qu’on ne l’y avait pas vu. Donc, oui, il y a le Barça mais il faut reprendre l’histoire depuis le début. Tout compte. Là, on sait que l’on sort la tête haute.

PLANETE FOOT : Avec les Bleus, la défaite face à l’Espagne en mars est-elle digérée ?
B.M. :
Ce fut une grosse déception parce qu’on avait mis en place un système de jeu pour les contrer et qu’on y est vraiment bien parvenu. On a eu des opportunités, nous ne les avons pas concrétisées. C’est difficile face à une telle équipe, surtout en finissant à dix. Mais même en infériorité numérique, on a réussi à les mettre en difficulté. On a continué d’y croire.

PLANETE FOOT : Encore un match plein pour toi au niveau international. Tu es le nouveau boss au milieu ?
B.M. :
J’ai eu beaucoup de travail au cœur du jeu. C’est aussi pour cela que c’est frustrant. L’Espagne est une équipe tellement sûre d’elle… Il fallait rester bien en place. Mais on était prévenu. Ce n’est pas fini, il faut regarder devant. On va jouer les derniers matches à fond.

PLANETE FOOT : Paris, les racines, ça compte ?
B.M. :
Jeune, j’ai effectué plusieurs essais au PSG, j’ai même joué un tournoi avec Clément Chantôme. A l’époque, on a eu le choix entre Verneuil, le centre de préformation de Paris, et Clairefontaine. Clément a choisi la filière PSG, j’ai rejoint Clairefontaine. On s’est retrouvé ensemble, au même endroit. Faire partie de cette équipe-là avec Mamadou (Sakho), Jérémy (Ménez) ou Kevin (Gameiro), tous des titis parisiens, c’est quelque chose de fort. Enfin, moi, ça me parle.

PLANETE FOOT : Et rester, s’inscrire dans la durée, toi qui seras en fin de contrat l’année prochaine ?
B.M. :
Je me sens bienici. Petit, je rêvais de Paris en voyant les roulettes de Jay-Jay Okocha. Ah, cette roulette… Je m’y retrouve aujourd’hui dans le contexte que l’on sait, avec de grosses ambitions. Mais je me pose la question : « Est-ce que Paris est ce qui se fait de mieux ? » Tout peut arriver. Aujourd’hui, je vois plus l’avenir ici. Le projet est énorme, j’ai la chance d’en faire partie. Alors, pourquoi partir ?

PLANETE FOOT : As-tu hésité à jouer pour la sélection angolaise ?
B.M. :
C’est une idée qui m’est passé par la tête au moment où j’ai été sollicité par mon pays d’origine mais c’est tout.

PLANETE FOOT : L’Angola, tu y es déjà allé ?
B.M. :
Oui. Je le désirais vraiment, c’est fait. C’était il y a deux ans et c’était une première. Je vais y retourner. Ma grand-mère vit là-bas. Mon père et ma mère, qui sont tous les deux Angolais d’origine, ont quitté le pays à cause de la guerre. Ils ont vécu au Zaïre (ndlr : future République Démocratique du Congo) avant de monter en Europe et je me rends compte que j’ai surtout gardé la culture congolaise.

PLANETE FOOT : Didier Deschamps évoque très rarement les cas personnels dans ses commentaires d’après-match. Il a souligné l’impact de ta performance après le nul de Madrid en octobre. Ton statut chez les Bleus est-il aussi en train de changer ?
B.M. :
Ça flatte d’entendre ce genre de paroles mais comme je l’ai dit sur le coup, le plus important, c’était la joie collective et ce qu’elle a fait naître derrière. Je me place toujours au centre du projet collectif. C’est peut-être une question de position sur le terrain… (Il rigole) Si j’en suis là, aujourd’hui, c’est que je dois avoir un peu de talent mais mon vrai point fort, je le connais.

PLANETE FOOT : C’est-à-dire ?
B.M. :
La volonté. On parle souvent du mental, de la force mentale. Moi, je pense à la volonté. Vouloir quelque chose, tout mettre en œuvre pour atteindre son but… Petit, j’avais déjà cette mentalité de gagneur.

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