Basket

Arvydas Sabonis, l’homme bionique

L’immense pivot lituanien Arvydas Sabonis a fait son entrée au Hall of Fame en août dernier. Revenons 20 ans en arrière. Nous sommes à l’automne 1991. Le champion olympique de Séoul évolue à Valladolid, en Espagne…

Arvydas Sabonis, c’est l’homme bionique, même s’il vaut moins de 3 milliards. Dans la série « Je suis cassé de partout mais je cours encore », le Lee Major du basket est incontestablement le n°1 mondial. Et pourtant, quel joueur ! Quel palmarès ! Quelle présence !
Beau bébé. 2,21 m pour 125 kg. Bel athlète. Le basket européen n’a pas souvent donné de tels géants capables de sprinter, de contre-attaquer, de passer, de tirer à mi-distance ou de loin et avec un tel pourcentage de réussite. Et comme, en plus, Arvydas possède une vision du jeu exceptionnelle…
Il y a peu, Sabonis était sans doute le meilleur joueur amateur de la planète. Des blessures à répétition l’ont transformé en vétéran des parquets. C’est qui, cette momie ? Arvydas, bien sûr ! On est méchants. Mais moins que ceux qui l’imaginaient recroquevillé dans un fauteuil roulant, en train de boire une camomille à petites gorgées.
En 1988, le grand oublie ses douleurs et s’en va décrocher la médaille d’or lors des Jeux Olympiques de Séoul. Le titre était totalement inespéré pour l’Union soviétique. Marteau, le mec ! Oui mais sans faucille puisque le bon Arvydas empocha du même coup son passeport pour l’Occident. Adieu le Zalgiris Kaunas, son club de toujours, vive l’Espagne. Et l’équipe du Forum Valladolid.
Quand, à l’été 1989, le président du Forum annonça la signature du natif du Lituanien pour un million de dollars, les spécialistes espagnols nous firent un grand coup de stress. Comme s’il fallait être fou pour recruter le « Kareem Abdul-Jabbar européen », même avec un pied droit en mille morceaux (arrachement total du tendon d’Achille). Ecarté de la compétition pendant deux ans, Sabonis, pourtant traité par les meilleurs médecins des Etats-Unis, venait d’être recalé par Portland. Les toubibs des Trail Blazers émirent un avis négatif au sujet de sa venue.
« Sans mes blessures à répétition, j’aurais pu faire une belle carrière en NBA, assure Arvydas. J’ai été soigné pendant un an aux Etats-Unis et sur ce que j’ai pu observer, je suis sûr que j’aurais eu un siège parmi les meilleurs. L’organisation de la NBA est supérieure à tout autre. Mais aujourd’hui, je suis heureux en Espagne. »

On lui offre un lit de 2,30 m de long
De fait, Valladolid s’est mis en quatre pour sa star. Rien n’est trop beau pour Sabonis. La petite histoire retiendra qu’on lui offrit un lit de 2,30 m de long, que le club mit à sa disposition un physiothérapeute chargé de veiller sur son pied meurtri et qu’une équipe de médecins de renommée mondiale le suit en permanence. Chaque jour, on vient le chercher à son domicile ou au gymnase pour l’emmener en rééducation. « Bien souvent, je me suis demandé si tout cela valait la peine », confie Sabonis.
Il s’est malgré tout accroché. Chaque été, il passe en salle d’opération pour tenter de soulager ses jambes. Handicapé pour courir et sauter, Arvydas demeure malgré tout l’un des meilleurs centres de la Ligue espagnole. Il est encore capable de capter 16 rebonds en moyenne, de marquer plus de 20 points, d’être un formidable dernier passeur ou de semer la panique dans la défense adverse. « Quand Sabonis est à son meilleur niveau, il n’existe pas de tactique capable de l’arrêter », affirme George Karl, alors entraîneur du Real Madrid.
A Madrid, Arvydas réalisa un grand match et Valladolid l’emporta avec 20 points d’écart. Belle perf pour celui qui jouera bientôt sous les couleurs d’un nouveau pays, la Lituanie. Quand il évoluait au sein de l’U.R.S.S. il y a quelques années, personne ne pouvait prévoir les événements qui allait secouer les pays de l’Est et le bloc soviétique. Mais déjà, Sabonis affichait sa différence.
« Je suis un Lituanien confronté au pouvoir central soviétique, déclarait-il alors. Je ne suis pas Russe. Mon pays doit redevenir une nation souveraine. Si nous sommes actuellement sous l’administration soviétiques, c’est pour des raisons politiques mais cela ne durera pas. Comme mes parents, je veux vivre dans une Lituanie libre. L’an passé, invité par le CIO à Lausanne, j’ai milité pour la reconnaissance de la Lituanie. Maintenant, notre rêve s’est réalisé et nous ferons tout pour nous qualifier pour les Jeux de Barcelone. »
Quand Sabonis dit « nous », il pense à Valdemaras Chomicius, Rimas Kurtinaitis, Sarunas Marciulionis. Autant de potes lituaniens qui furent un temps les piliers de la grande équipe de l’U.R.S.S. Avec eux, Arvydas rêve de devenir le tsar des parquets.
La Lituanie se classera 3e aux J.O. de Barcelone, en 1992. Sabonis rejoindra Portland en 1995 après trois saisons au Real Madrid.

Ricardo BARRANCO / MONDIAL BASKET

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