Équipe de France

Arsène Ade-Mensah, le petit python d’Antibes

Défenseur hors pair, Arsène Ade-Mensah se fit une place au soleil dans la première moitié de la décennie 90 comme doublure des meneurs étrangers d’Antibes. Mais le « petit Python » de l’OAJLP rêvait d’une carrière dans le ballon rond. Après l’échec d’une reconversion, ce sportif accompli originaire de Côte d’Ivoire poursuivit sa moisson de titres entre Paris et Villeurbanne, avec un exil de trois ans en Grèce.

Le python est une grosse bête dangereuse. C’est aussi le surnom d’Arsène Ade-Mensah, arrière d’Antibes, au début de la décennie 90. Sur un parquet, ses déplacements de serpent lui permettent de cracher son venin sur ses adversaires. Et le poison d’Arsène est mortel. Quand il mord, c’est en priorité pour piquer un ballon. « L’interception est incontestablement mon action préférée, raconte le natif de Genève. Je ne supporte pas un gars qui dribble devant moi… Ça me rend nerveux. Le summum, c’est de lui piquer le ballon sur le dribble. » Ça ne doit pas être si facile, quand même ! Comment fait-on pour étouffer ses proies ? « C’est une question de timing. Au bout de trois dribbles, je sens le rythme de mon adversaire et quand il remet la balle au sol, je fonce ! »
Du haut de son 1,83 m, Arsène « Lupin » est un vrai bâton de dynamite. Vous nous direz que ça ne date pas d’aujourd’hui. A 12 ans en benjamins, Arsène était déjà champion d’Auvergne en athlétisme. Soixante mètres, 80 m et saut en longueur. Evidemment. Arsène est un touche à tout. Sa passion première était le ballon rond. Il kiffait plus particulièrement le poste d’avant-centre. Ses idoles ? L’Italien Roberto Baggio, vrai n°10, le Brésilien Romario et le Libérien George Weah, eux purs buteurs. Arsène se surprend encore, basketteur pro, à rêver d’une carrière dans le football. Seulement voilà, le petit Ivoirien qui débarqua à Vichy au sortir de l’enfance ne supportait pas vraiment le froid glacial des terrains de foot de la cité thermale. Aussi, il suivit son oncle Moussa Touré, joueur de l’équipe première de basket entraînée par Jean Galle.

« J’ai chialé à l’entraînement »
Au chaud, il observe les entraînements, assiste aux matches et se décide. « Le basket m’a séduit mais je ne pensais pas en faire mon métier. J’ai joué une saison en Espoirs. Aujourd’hui encore (ndlr : au début des années 90), j’ai des flashes de footeux. Certaines feintes m’aident pour le basket. » Un jour, alors qu’il se trouve à l’école, un ami arrive à fond les manettes. « Arsène, Arsène ! Viens vite ! » On le demande au téléphone. C’est le manager général d’Antibes à l’appareil. « Je n’y croyais pas… J’arrive là-bas. Jacques Monclar et Serge Provillard, les coaches, me testent. Shoots, dribbles : tous les exercices y sont passés. Sur leurs visages, j’ai vite lu que je devrais bosser très dur. »
Monclar et Provillard, deux anciens meneurs, ne vont pas le lâcher. Arsène en bave. On lui demande toujours plus. Parce qu’on croit en lui. « Au départ, je ne comprenais pas trop. J’ai gambergé. J’ai même chialé à l’entraînement. Mais ç’a fini par payer. » Ça paie même cash en cette saison 1993-94 où Arsène décroche sa première sélection en équipe de France. Nous sommes le 17 décembre et les Bleus affrontent le Brésil dans la capitale.
A Antibes, la préférence va pourtant au meneur étranger. C’est une tradition locale. Il y eut les Américains Robert Smith (1989-92), Frank Johnson (1991-92) et David Rivers (1993-95) ainsi que le Serbe Zoran Sretenovic (1992-93). Mais c’est aussi grâce à eux qu’Arsène changea d’univers. « Quand tu côtoies à l’entraînement, deux fois par jour, des gars de la trempe de David Rivers ou Robert Smith avant lui, tu ne peux que progresser. Avec eux et même s’ils sont différents, j’apprends. Je les ai beaucoup observés et ils m’ont conseillé. Robert et David m’ont pris à part, seul. Ils m’ont expliqué des choses, ont corrigé mes défauts, m’ont donné des astuces, des trucs de pro. J’étais leur petit frère. Et comme mes coaches ont été eux-mêmes meneurs, j’ai vraiment eu l’environnement idéal pour progresser. »

Le parfait complément de David Rivers
Dans sa cinquième saison à l’Olympique d’Antibes-Juan-les-Pins, en 1994-95, le style d’Arsène fait des étincelles. Défenseur acharné et agressif, dans le bon sens du terme, il relaie parfaitement son maître David Rivers, jouant même parfois à ses côtés. Rapide et fougueux, il sait qu’il doit améliorer son shoot et tenter de mieux lire ce qui se passe sur le terrain. « Savoir quand temporiser, quand accélérer, jouer comme un véritable meneur, quoi. » Ses qualités avaient tapé dans l’œil du sorcier de Limoges, Bozidar Maljkovic, qui le voulait absolument dans son effectif cette année-là. Arsène est resté sur la Côte. Explications : « Limoges est mon équipe modèle. J’aime ce style très contrôlé, ce côté yougoslave très organisé. Mais Jacques Monclar m’a beaucoup apporté. Ce serait ingrat de ma part de partir maintenant. Et puis même si j’ai réalisé une bonne saison, le plus dur commence : confirmer. »
Voici le côté face d’Arsène. Déchaîné sur les parquets, il est nettement plus calme, posé et réfléchi en dehors. « Je suis plutôt discret, parfois un peu renfermé. Mon père, politicien et député à Abidjan, m’a toujours dit de rester modeste. » Le message du sage a été respecté à la lettre. Ce qui n’empêche pas Arsène, de temps à autre, de faire dans le croustillant et le comique. L’histoire se passe à Cholet devant les caméras de France 2. Il reste 3 minutes à jouer, les deux équipes se tiennent en 2 points. A l’époque, Arsène cire souvent le banc. Jacques Monclar lui fait signe : « A toi de jouer, vieux ! » « Je flippais comme un gosse ! Dans la précipitation, j’ai enlevé mon short et mon slip avec… J’avais un cuissard de cycliste en dessous. Je suis entré sur le terrain comme ça. Au premier coup de sifflet, 30 secondes après, je suis ressorti. »

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L’histoire s’écrit en accéléré pour le vice-champion du monde Espoirs 1993 qui signera 4 petites apparitions chez les A (dernière sélection en novembre 1999 contre la Turquie). Champion de France en 1991 avec l’OAJLP (1.5 pt, 5.1 mn), Arsène double la mise quatre ans plus tard (7.5 pts, 16.2 mn) dans le même rôle de sixième homme. Dans les colonnes de « Libération », la plume de Jean-Louis Touzet évoquait, dès janvier, la spectaculaire métamorphose du « club-garage pour basketteurs en pré-retraite ». Non, « Antibes n’est plus le Club Med » de la French Riviera ! L’arrivée de Jacques Monclar en 1989, le changement de décor (déménagement de la salle Salusse-Santoni à l’Espace Jean Bunoz) et la priorité donnée à la formation ont mis à mal l’hégémonie du CSP Limoges.

Il tente sa chance au foot à Nice et Toulouse
Sacré champion en 1970 et 1991, l’OAJLP est à nouveau, en 1994-95, aux commandes du championnat en pratiquant un basket offensif, risqué, certes, mais spectaculaire dans le sillage de son leader Stéphane Ostrowski. Il y a donc là Arsène, « bonne bouille, jambes de sprinteur », Laurent Foirest, deux garçons formés au club, Willy Redden, pivot US champion d’Europe en 1993 avec le CSP, et les deux starlettes venues d’outre-Atlantique : le meneur David Rivers, « petit bonhomme, un peu magicien, zen comme un moine bouddhiste », et Micheal Ray Richardson, meilleur passeur (1980) et intercepteur de NBA (1980, 83, 85), banni de la Ligue en 1985 pour consommation répétée de substances prohibées. Sugar, « l’assurance vie et le pasteur d’un groupe qui manquait d’âme, boute-en-train au strabisme convergent et au délicieux bégaiement »
C’est lui qui assassine Pau-Orthez dans les dernières secondes de la 4e manche (81-80) de la finale 1995. Une finale bien mal engagée avec la perte du Match 1 (87-91). Mais un an après sa défaite (2-0) face à Limoges, l’OAJLP maîtrise totalement son sujet. Emmené par le MVP étranger du championnat (David Rivers), le n°1 de la saison régulière s’impose trois fois d’affilée (100-96, 85-71, 81-80) pour accrocher son troisième titre de champion de France.
Cela ne suffit pas à Arsène. Le ballon rond roule toujours dans un coin de sa tête. A 24 ans et alors qu’il possède encore 1 an de contrat, il part effectuer un essai à l’OGC Nice. Non concluant pour Albert Emon, le coach du Gym. Le « Python » a des qualités athlétiques évidentes, une bonne technique balle au pied, un vrai sens du dribble, déjà éprouvé sur les parquets de Pro A, mais il n’est tout simplement pas au niveau de footballeurs pros. A Toulouse, Rolland Courbis (entraîneur) et Roger Ricort (adjoint), deux figures du football azuréen, le mettent eux aussi à l’essai. Sans plus de réussite. Arsène aurait peut-être sa place en National mais pas à un niveau supérieur.

Pas manchot au hand non plus
Ade-Mensah poursuivit sa carrière à Paris (1996-98), en Grèce (Olympiakos Le Pirée et Near East Kesariani, club de la banlieue d’Athènes), à Evreux (2000-01) et à l’ASVEL où son parcours s’acheva en 2002. Il fut sacré champion de France une troisième fois, en 1997 dans la capitale, puis une quatrième, en 2002 à Villeurbanne. Il atteignit par ailleurs le Final Four de l’Euroligue en 1999 à Munich avec l’Olympiakos de Dusan Ivkovic où évoluaient le meneur US Anthony Goldwire, Arijan Komazec, Panagiotis Fasoulas, Dragan Tarlac et Fabricio Oberto. Les Grecs terminèrent 3es (défaite 71-87 contre le Zalgiris Kaunas de Tyus Edney puis victoire 74-63 contre le Fortitudo Bologne de Carlton Myers).
Après sa carrière, Arsène est devenu vice-président de la Fédération ivoirienne, en charge du haut niveau. Le parfait meneur back-up n’a peut-être pas réalisé son rêve de footeux mais il laisse le souvenir d’un sportif accompli. On raconte qu’au cours d’une opposition avec les handballeurs parisiens, durant son passage dans la capitale, le « Python » avait dévoilé de nouveaux talents insoupçonnés…

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