Basket

Arijan Komazec, n’est pas Petrovic qui veut

Au début de la décennie 90, on présenta Arijan Komazec, l’enfant de Zadar, comme le nouveau Drazen Petrovic. Ensemble, ils décrochèrent l’argent à Barcelone. Seul, Komazec ne put rivaliser avec le maestro croate.

La médaille brille. Couleur argent. Le sourire éclate, les larmes coulent. Normal. Quand on a 22 ans et qu’on monte sur un podium olympique aux côtés des stars de la « Dream Team », on a forcément des frissons. Et c’est incroyable, il y a deux fois Drazen Petrovic sur la seconde marche ! Enfin, pas exactement. Drazen est capitaine de la Croatie. A l’autre bout du podium se trouve son sosie. Plus jeune, un peu plus grand (2,01 m et 91 kg contre 1,96 m et 91 kg). Mais question talent… « Je suis un joueur moderne, venu d’une école où on sait tout faire. »
Ainsi se décrit Arijan Komazec, arrière-ailier né à Zadar et formé dans le club de sa ville. Avant de poursuivre : « Je suis un arrière de 2,01 m. J’ai des rêves, des envies et je suis sûr de mes moyens. Mais chaque chose en son temps. Drazen Petrovic n’est pas devenu le joueur qu’il est en un jour. Tout se fera naturellement. Mon heure viendra. »
Arijan est heureux. Il songe. Revient 11 ans en arrière. Quand il débuta, à 11 ans. Arijan se souvient. Zadar, ses premiers pas, son oncle qui faisait partie du cinq majeur. Il fit toutes ses classes à Zadar et intégra l’équipe première dès ses 15 ans. Son protecteur, le légendaire pivot Kresimir Cosic, le présente comme le futur messie. Le temps passe. Arijan reste attaché à son club dalmate comme à tous ceux qui l’entourent et qui le font progresser, autant dans le basket que dans ses études. Et il est aussi doué en maths qu’en basket.
Ari connaît toutes les sélections nationales. Il devient champion d’Europe cadets en 1987 puis champion d’Europe juniors en 1988. Avec la Yougoslavie, il remporte les Goodwill Games à Seattle en 1990 et les championnats du monde en Argentine. Il connaît également le sacre européen avec la dernière apparition de cette formidable équipe yougoslave, en 1991 à Rome. Il y avait là Sasha Djordjevic, Sasha Danilovic, Toni Kukoc, Vlade Divac, Dino Radja ou encore le futur Limougeaud Jurij Zdovc. Désormais, Komazec est l’un des piliers de la sélection de Croatie, vice-championne d’Europe à Barcelone avec Drazen Petrovic, Velimir Perasovic, Toni Kukoc, Zan Tabak et Dino Radja. Les J.O. 1992 le révèlent aux yeux du monde.

Son appartement a été dévasté par une grenade
Komazec n’attend plus. Il prend sa chance, se met en scène et démontre qu’il est l’égal des plus grands. Dans sa panoplie de gestes gagnants, on trouve des pénétrations en tête de raquette avec passe à l’opposé pour Perasovic à 3 points, des démarrages de contre-attaque sur rebond de Radja et passe tout-terrain pour un panier de Petrovic, des feintes de tirs à 3 points suivies de passes pour Drazen ligne de fond… Sa lecture du jeu est tout bonnement prodigieuse. Son équilibre naturel et le calme qui le caractérise tranchent avec les mille et un drames vécus en dehors des terrains de basket.
Zadar, sa ville, vit alors sans eau ni électricité depuis des mois. Son propre appartement a été dévasté par l’explosion d’une grenade et sa famille, d’origine mixte, vit constamment menacée au quotidien. Pour se donner des forces, pour en donner aux autres, Arijan voulait absolument décrocher une médaille aux Jeux Olympiques de Barcelone. Il ne rêvait pas d’or mais méritait l’argent conquis. « Ces Jeux m’ont permis d’exploser. J’ai joué au moins 30 minutes par match. »
Zeljko Pavlicevic, son compatriote coach du Panathinaïkos Athènes, l’a accueilli dans son équipe au lendemain du rendez-vous catalan. Aux côtés de Nick Galis, un Américain d’origine grecque formé à Seton Hall et drafté par les Celtics qui devint champion d’Europe en 1987 chez lui, à Athènes, avec un formidable numéro en finale contre les Soviétiques (40 pts, victoire 103-101). Bien sûr, Pavlicevic sait que son poulain rêve d’autres horizons. « Je suis assez jeune pour espérer me faire une place en NBA, dit celui-ci. Je tenterai sans doute ma chance dans deux ans. Je dois devenir plus fort, plus costaud et surtout plus complet pour mon poste. »
En attendant, il se contenterta du championnat d’Europe des clubs. L’Euroleague. « Ce sera un passage, un palier à franchir. Tout se passe désormais loin d’ici mais Ari m’a promis de revenir à Zadar un jour », confie sa mère.
Il y avait « Mozart » Petrovic. Il faut désormais compter avec « Amadeus » Komazec. Malheureusement, quelques fausses notes viendront gâcher le concert… L’arrière croate ne passera qu’un an à Athènes avant d’évoluer cinq saisons en Italie (Varese, Kinder Bologne). Après un détour par la Grèce (Olympiakos) et un retour à Zadar, Komazec obtient enfin sa chance en NBA. Il a déjà 30 ans. Destination : Vancouver (futur Memphis), une équipe qui ne parvient toujours pas à décoller après cinq ans d’existence (22-60 la saison précédente, en 1999-2000). L’aventure tourne court. Arijan quitte le sol canadien après un mois, sans avoir disputé le moindre match officiel. Son agent lui trouve un point de chute en Grèce, à l’AEK. Il jouera encore trois ans, bouclant sa carrière sous le maillot d’Avellino (Italie).
A la médaille d’argent de Barcelone, Komazec ajouta le bronze lors de l’Euro 1993 en Allemagne, le bronze lors du championnat du monde 1994 au Canada et une fois encore le bronze lors de l’Euro 1995 en Grèce. Il participa au Final Four de l’Euroleague 1999 avec Olympiakos (victoire 74-63 sur le Teamsystem Bologne dans le match pour la 3e place, 13 pts) mais n’atteignit jamais, sur un plan individuel, la plénitude et le rayonnement du maître Petrovic. Prouvant que les comparaisons étaient un peu hâtives.

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