Étranger

Argentine : Tout un roman (1)

Dire qu’ils sont passés par tous les états n’est pas suffisant. Ce sont presque des miraculés mais ils sont là, alors… Enfin la bonne pour Lionel Messi ?

Pour bien vous décrire la période d’état d’urgence que vient de traverser l’Argentine du football, autrement dit l’Argentine dans son ensemble, un petit retour en arrière s’impose. Il reste deux matches à disputer dans ces éliminatoires transformés en chemin de croix. L’Albiceleste se trouve quelque part entre la précarité et la dépression et Jorge Sampaoli, sélectionneur depuis le mois de juin, fait une déclaration presque solennelle au micro.
La réception du Pérou (le premier des deux derniers matches à jouer) ne se déroulera pas au Monumental, l’enceinte de River Plate et l’habituel lieu des rencontres de la sélection à Buenos Aires, mais à la Bombonera, la pétaudière de Boca Juniors. Sampaoli y souhaite une ferveur et une chaleur encore plus grosses, encore plus chaudes et encore plus enclines à déstabiliser les Péruviens. Evidemment, les places sont parties comme des chocolatines un matin de forte houle à Hossegor. Il n’y en a pas eu assez.
Et l’ambiance était dingue, carrément folle. On peut, sans prendre trop de risques, affirmer qu’au moment du tifo, le béton a encore tremblé du côté de la bonbonnière de la calle Brandsen. Un truc de fou, vraiment, mais… un match sans but. Score final : 0-0. Obligation d’aller vaincre à Quito, à plus de 2 800 m d’altitude. L’Equateur pour aller en Russie. On a connu des montagnes russes plus rigolotes. La faute à une panne presque surréaliste, elle aussi, de l’attaque argentine qui, au coup de sifflet final contre le Pérou à la Bombonera, voit passer sur le bandeau déroulant des statistiques une ligne qui fait très mal.
L’Argentine n’a, à ce moment précis, transformé aucun de ses 73 derniers tirs dans les éliminatoires. En fait, le dernier but argentin de 2017 date de mars. Un penalty de Lionel Messi. Le seul autre de septembre ? Un but contre son camp de l’ami vénézuélien Rolf Feltscher. Incroyable. De mémoire de Bombonera, on avait rarement tremblé autant mais ce n’était pas là des secousses sismiques. C’était la peur.
Juste la peur de voir la Coupe du monde sans l’Argentine. Jorge Sampaoli a été le seul à venir répondre aux questions après cette nouvelle frustration, au moment où le peuple quittait le stade entre incrédulité et refus d’y croire. « On ne peut pas en demander plus à Messi. Leo a fait un match intense, il a pressé, a cherché des solutions sans jamais s’arrêter. Il a eu des occasions, il a créé des occasions, il a mis le ballon dans des zones impossibles à atteindre. » Face au Pérou, le coach avait même titularisé Dario Benedetto, l’avant-centre de Boca Juniors, pour accentuer encore les effets de la Bombonera, mais rien n’y a fait. L’équipe était pleine de rage. Elle ressort pleine de doutes.
Face à elle, Quito. Donc, 2 850 m d’altitude et le ravin derrière. Vertigineux. C’est là, dans le stade Atahualpa, que l’Albiceleste va vaincre ses démons. Enfin, surtout Leo. Après une ouverture du score en forme de sentence finale, dès la première minute (!), la peur a mué en maux de ventre indescriptibles, avant que Dieu ne réalise un miracle. Lionel Messi, brassard autour du bras et barbichette du Christ sur le menton, va marquer trois fois.
Un hat-trick comme il en signe des dizaines depuis dix ans à Barcelone mais comme il n’en avait encore jamais réussi, dans un tel contexte, avec sa sélection. Et Dieu était plein d’humilité, en plus, en sortant de la douche. « Par chance, ça nous a souri et tout se termine bien. Nous sommes tranquilles, nous avons atteint l’objectif le plus important. » Sampaoli avait un peu plus de mal à contenir son émotion. L’altitude, sans doute. Ou pas. « C’est le meilleur joueur de l’histoire. Je suis ému d’être dans un groupe à ses côtés. »
Voilà donc l’Argentine fidèle au rendez-vous de 2018. Quatre ans après le but de Mario Götze en finale au Maracana, Lionel Messi a une nouvelle occasion de s’offrir la plus prestigieuse des Coupes. La « Pulga », qui a inscrit, avec ce triplé, ses 59e, 60e et 61e buts en 122 rencontres internationales, est aussi devenue le meilleur buteur (avec son coéquipier au Barça, l’Uruguayen Luis Suarez) de l’histoire des éliminatoires du Mondial dans la zone Amérique du Sud. Ce n’est plus un roman, c’est une œuvre initiatique. Une Coupe du monde sans Messi n’aurait plus tout à fait été une Coupe du monde. La remportera-t-il un jour ? C’est une autre question. La suite au prochain tome !

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