Équipe de France

Antoine Griezmann, taille patron

Même l’absence de Karim Benzema n’y change rien. L’attaquant de l’Atlético de Madrid a atteint une envergure qui l’oblige à endosser le costume du leader d’attaque chez les Bleus. Plus le choix !

Il a changé. Et pas que de coiffure. D’accord, sa teinte naturelle de cheveux lui va bien mieux que cette fausse imitation du camélidé d’Amérique du Sud, du lama quoi, dont on n’a toujours pas compris le pourquoi du comment, mais dont on est sûr d’une chose : elle est bien mieux là, aux oubliettes, en espérant qu’il ne la ressorte pas du fond du tiroir.
Mais ce n’est pas l’essentiel. Antoine a changé de silhouette, d’envergure, de poids. Il mesure toujours son « petit » mètre soixante-seize, il restera ad vitam aeternam l’attaquant français répudié des centres de formation parce que « trop petit, pas assez athlétique », et tout ceci, et tout cela. Ce n’est pas le sujet non plus. Il fait son poids, toujours, mais il a changé de stature. Il prend plus de place sur le terrain et ses 68 kilos de masse sèche, sans brûleur de graisses, pèsent des tonnes sur les défenses qu’il croise. Et tout ça sans en faire des caisses, c’est dire.
Il y a deux ans, quand il est arrivé à l’Atlético de Madrid, il a souffert. Il avoue encore aujourd’hui qu’il « (cherchait) l’air, avait du mal à respirer » face à l’intensité des séances d’entraînement de Diego Simeone. Il y a deux ans, il avait déjà changé de monde, un peu. Mais le nouvel espace qui s’ouvre devant lui est encore différent. Vierge et inconnu. Antoine respire mieux aujourd’hui, de mieux en mieux même. Plus l’altitude augmente, plus l’air se fait rare, mieux il se porte. C’est une loi plus galactique que physique en Espagne.
Il donne cette impression vertigineuse de toujours progresser. Griezmann, c’est le joueur dont on ne connaît pas les limites. Déjà, sa première saison à l’Atlético de Madrid avait indiqué la tendance. Vingt-deux buts en Liga, 25 toutes compétitions confondues (en 53 matches, sans oublier 6 passes décisives). Il s’était positionné comme le numéro trois dans la hiérarchie des attaquants buteurs de la Liga. Quand on connaît l’identité des deux autres zèbres, rien que ça peut donner le vertige. Mais pas à lui. Au contraire. Il a encore monté le curseur cette saison.
Après avoir fait le vide autour de lui (on rappelle encore que Jackson Martinez a préféré la Chine au banc de touche madrilène cet hiver), il occupe toute la place presque à lui seul sur le matelas des Colchoneros. L’épopée de l’Atlético en Ligue des champions en ce printemps de feu est bien sûr une ode au collectif, au don de soi et à une certaine idée du dépassement de fonctions mais c’est lui, quand même, avec une tête tendue comme un arbre et un penalty plein de sang-froid, qui a fait plier le Barça en quarts de finale. Lui encore, qui, en demies, au retour à Munich, a planté le but qui envoyait son team en finale.
Son numéro 7 dans le dos lui colle à la peau et c’est un faux ami pour les défenseurs adverses tant il s’éclate à marquer des buts. « Grizou » est devenu plus qu’un attaquant et plus qu’un buteur. Il s’excentrait, collait la ligne de touche et avait pour consigne d’ouvrir des brèches dans les défenses par ses accélérations et sa vista, balle au pied. Il joue recentré aujourd’hui. Attaquant et buteur. Même pas neuf et demi. Griezmann, c’est plus que ça.
Diego Simeone, qui ne l’a pas lâché lors des premiers mois, à l’automne 2015, a même du mal à le laisser souffler. L’Argentin est tombé fan de son Antoine. « Etre un crack repose sur un caractère rebelle et l’ambition. Ce qui m’a plu dès le début chez lui, c’est qu’il a capté que l’effort ne pouvait pas faire de mal au talent, bien au contraire. Il lui donne encore plus de force. Ça, c’est noble. Antoine est comme ça. C’est aussi pour cela que je le laisse souvent terminer les matches. Même s’il est cuit physiquement, je sais qu’il peut marquer sur le moindre petit ballon qui traîne. »
Voilà pour l’éloge. Ce n’est pas si fréquent que ça dans la bouche de « l’Animal » et ça ne dure jamais bien longtemps. « Moi, je l’invite à ne surtout pas écouter ce qui se dit sur lui et à continuer à s’améliorer. Il peut encore progresser car c’est un jeune joueur et il travaille beaucoup. Il ne fait pas partie des meilleurs du monde, pas encore. Quand le moment viendra, tout se concrétisera pour lui. »
C’est l’heure pour Antoine. N’en déplaise à son coach, qu’on ne veut surtout pas fâcher parce qu’il n’en donne pas l’envie, c’est un peu l’heure quand même. La preuve ? Fin avril, le « Sun » évoquait déjà une offre pharaonique de plus de 80 millions d’euros de Manchester United à venir ! Le début des grandes manœuvres, sans doute. Car les Mancuniens ne sont pas les seuls sur le coup. Au Bayern Munich, à Paris, à Chelsea, tout le monde est dingue de « Griezzy ». Devenu une référence, il a pris les rênes, naturellement aussi, en équipe de France. Cela donna un coup franc parfait à Amsterdam puis un match plein de leadership au Stade de France contre la Russie (2 passes décisives), quatre jours plus tard.
Voilà pour la dernière photographie. Il commence à soigner ses chiffres mais sa stature les dépasse. Griezmann, c’est cette patte gauche, ce jeu en mouvement, ce feeling très « espagnol » et ce goût pour le jeu en appui-remise. Griezmann, c’est le pressing à outrance et cette faculté à se défaire du marquage d’une charnière centrale entière. Il nous rappellerait presque le Didier Drogba de la grande époque à Chelsea, quand l’Ivoirien faisait à peu près tout dans le onze de José Mourinho.
Mais Antoine, c’est un autre toucher de balle que Drogba. Un autre profil, un autre joueur. Patte gauche soyeuse et jeu de corps sans fausse note. Il peut éliminer d’une feinte, d’un dribble ou d’une passe. L’atout offensif numéro un de Didier Deschamps pour l’Euro. Oui, c’est ça, l’heure approche. Cet Euro peut être le sien. Ce n’est pas interdit. Depuis qu’il est tout petit, la même rengaine lui colle à la peau : « Lui, il pue le foot ! » Et ça sent bon.

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PROFIL
Attaquant gauche ou axial
Né le 21 mars 1991 à Mâcon
25 ans
1,76 m, 68 kg
Club : Atlético de Madrid (Espagne)

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VISA
26 sélections, 7 buts
Première sélection : le 5 mars 2014 à Saint-Denis, France-Pays-Bas 2-0 (amical)
Sélectionneur : Didier Deschamps
Expérience à l’Euro : 0 match
SA SAISON INTERNATIONALE 2015-16 :
8 matches, 539 minutes jouées,
2 buts, 3 passes décisives
SITUATION PERSONNELLE
L’Atlético de Madrid, qui a payé les 30 millions de sa clause libératoire à la Real Sociedad en 2014, se résoudra-t-il à le vendre cet été ? Alors qu’il est estimé à 60 millions d’euros, son prix pourrait encore s’envoler, tant il suscite les convoitises. Alors si en plus, il brille à l’Euro…

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