Équipe de France

Antoine Griezmann rêve éveillé

Révélation française de la saison 2010-11 en Liga, l’attaquant de la Real Sociedad Antoine Griezmann a songé à migrer sous d’autres cieux. L’Atletico Madrid le voulait. Le natif de Mâcon a fini par se raviser. A 20 ans, l’avenir lui appartient.

PLANETE FOOT : Antoine, c’est quoi ces tatouages sur ton avant-bras ?
Antoine GRIEZMANN :
C’est ma phrase. « Fais de ta vie un rêve et ton rêve deviendra réalité. » Je l’ai depuis que j’ai signé professionnel.

PLANETE FOOT : Qui es-tu, d’où viens-tu ?
A.G. :
Je suis un Bourguignon né à Mâcon. J’ai tout de suite commencé le foot, en débutants, à l’Entente Charnay Mâcon puis j’ai rejoint l’UF Mâcon en poussins. J’y suis resté jusqu’à 13 ans. La dernière année, c’est mon père qui m’a entraîné. Et je suis parti en Espagne.

PLANETE FOOT : Pourquoi l’Espagne et la Real Sociedad ?
A.G. :
J’avais tenté ma chance à Lyon, Saint-Etienne, Auxerre, Sochaux et Metz. Mais partout, on m’a dit non.

PLANETE FOOT : Pour quel motif ?
A.G. :
C’était toujours la même réponse : « Trop petit, pas assez rapide. »

PLANETE FOOT : Ça ne t’a pas découragé ?
A.G. :
Non, je savais que le football, c’était mon domaine, que c’était là que je voulais percer.

PLANETE FOOT : Mâcon et San Sebastian, ce n’est pas vraiment commun…
A.G. :
J’avais effectué un essai avec Montpellier, lors d’un tournoi au Camp des Loges. Il y avait la Real. Ils m’ont vu et m’ont demandé de venir faire une semaine d’essai. Puis une deuxième.

PLANETE FOOT : Et tu n’as pas hésité ?
A.G. :
Pas vraiment. Ils m’ont pris direct. Je me suis retrouvé à Bayonne, dans une famille d’accueil. J’allais au collège à Bayonne et après les cours, je partais à l’entraînement à la Real. Je faisais les 45 minutes de route. C’était ma navette du soir. Mais bon, au niveau des études, j’étais vraiment nul.

PLANETE FOOT : Parce que tu ne parlais pas basque ?
A.G. :
Non, non… (Il sourit) Tous les matins, quand je me levais, une seule chose me préoccupait : l’entraînement du soir. Je ne pensais qu’à ça tout au long de la journée. Donc, les cours…

PLANETE FOOT : Quand as-tu pris conscience que ça allait passer pour toi ?
A.G. :
Je n’ai pas eu le temps de m’en rendre compte. En fait, je ne m’y attendais pas du tout ! C’était au moment où je venais de terminer la saison avec les 18 ans. Je pensais effectuer la présaison suivante avec la réserve. Le coach a voulu me voir. J’y suis allé. C’était pour me dire ça.

PLANETE FOOT : Que tu signais pro ?
A.G. :
Exactement. Alors que je pensais qu’il allait me faire certaines remarques, genre « Il faut que tu fasses encore plus d’efforts ». Quand le président a appelé mon agent pour lui confirmer que je signais, ce fut intense, un truc magique. Mon rêve se réalisait ! C’est l’histoire de mon tatouage. Tout de suite, j’ai pensé à mes parents. Et surtout ma mère.

PLANETE FOOT : Cela a été dur, la séparation à 13 ans ?
A.G. :
Depuis le premier jour, tous les soirs, on se parlait au téléphone. Quand ce n’était pas elle qui pleurait, c’était moi. Je pleurais souvent la nuit. Mon père était plus dans le réconfort. Mais il ne m’a jamais trop poussé non plus. Il m’a toujours dit de décider, d’y aller à fond pour ne rien regretter mais rien de plus. Et voilà, j’avais mon contrat. Je ne suis même pas passé par la réserve. Directement des 18 ans à l’équipe première !

PLANETE FOOT : Et la Liga, c’est encore une autre planète…
A.G. :
Quand je suis arrivé lors de la présaison, tout le monde m’a dit que ça allait être encore plus dur. C’était vrai. C’est très, très difficile.

PLANETE FOOT : N’as-tu pas eu un petit moment de flottement, quelque chose comme une appréhension ?
A.G. :
Non, cela n’a toujours été que du plaisir. Je fais chaque entraînement comme si c’était le dernier. En match, pareil. Je travaille toujours pour m’améliorer, corriger mes défauts, mes points faibles. Cela fait partie de mon caractère.

PLANETE FOOT : Te souviens-tu de ton premier match en Liga ?
A.G. :
Contre Villarreal. Je rentre 15 minutes. Déjà, je suis ovationné par le public. Un moment extrêmement fort. Et puis après, ce sont 15 minutes de plaisir. Je n’ai pas ressenti de pression. J’avais juste envie de jouer.

PLANETE FOOT : Même pas peur que le ballon te brûle les pieds ?
A.G. :
Au contraire, je voulais tout le temps le toucher, le plus vite et le plus souvent possible !

PLANETE FOOT : C’est un peu ce qui ressort des propos de Francis Smerecki ou Erick Mombaerts, tes entraîneurs en sélection (U20 et Espoirs). Tous les deux mettent en avant ton volume de jeu. Quel genre d’attaquant es-tu ?
A.G. :
J’aime bien être près de la cage, toucher le ballon, faire jouer les copains. Prendre des risques. Je ne suis pas le genre de joueur qui va déborder et centrer, je préfère rechercher un une-deux dans l’axe par exemple.

PLANETE FOOT : Plutôt 9 et demi que 9 ?
A.G. :
Non, 10. Neuf et demi, c’est plus précis comme profil, tu participes moins au jeu, tu dois plus te faire oublier. Là par exemple, j’évolue un peu plus à gauche mais j’aime bien, parce que je peux rentrer dans l’axe.

PLANETE FOOT : Peux-tu nous faire découvrir la Real Sociedad, une institution en Espagne toujours méconnue en France ?
A.G. :
C’est un club qui compte beaucoup sur les jeunes. Il y a deux saisons, sur les 11 qui jouaient le plus souvent au départ, 8 ou 9 sortaient directement du centre de formation. Mais à la différence de l’Athletic Bilbao, la Real ne prend pas que des Basques. Pour moi, c’est comme ma deuxième famille. Ils m’ont fait confiance. A chaque fois que c’était dur, qu’il se passait quelque chose de mal, ils étaient avec moi. Lors de la première partie de saison 2010-11, on a joué vraiment sans pression, les autres équipes ne nous connaissaient pas. A la fin, on a accusé le coup, on était fatigué, on n’avait sans doute pas assez d’expérience pour gérer nos efforts.

PLANETE FOOT : Justement, physiquement, ça va, tu tiens le coup ?
A.G. :
Je ne me suis pas rendu compte. Je restais dans la notion de plaisir. Mais il y a des périodes où je me sens moins bien. Moi, c’est souvent en février-mars que j’éprouve un coup de mou.

PLANETE FOOT : Prends-tu le temps de faire une pause, de profiter un peu ou tout va trop vite ?
A.G. :
Je profite tout en gardant les pieds sur terre. Je continue mon bonhomme de chemin. Comme depuis le début. Et comme me le répètent toujours mes parents.

PLANETE FOOT : Il doit bien y avoir un peu de fierté quand même, non ?
A.G. :
C’est sûr, pour un jeune de 20 ans comme moi, être titulaire en Liga, disputer 36 matches sur 37 sachant que le 37e, je l’ai manqué après avoir pris 5 cartons jaunes… En plus, j’ai été 34 fois titulaire. C’est vraiment quelque chose de merveilleux. Maintenant, je ne dois pas me focaliser là-dessus, il faut que j’oublie cette saison. Je voulais marquer 8 buts, j’en ai mis 7, il m’en manque un. Mais je suis fier et content, oui. Le coach et mes partenaires m’ont mis en confiance. J’étais libre sur le terrain et j’avais des responsabilités. Ils m’ont même demandé de tirer les coups de pied arrêtés.

PLANETE FOOT : Cela ne donne pas le vertige ?
A.G. :
Non, au contraire, je veux toujours aller plus haut. Oublier la saison dernière pour faire mieux. Mon ancien coach (ndlr : Martin Lasarte) m’a beaucoup aidé. Il a toujours été derrière moi. Aujourd’hui, il faut que je montre à Philippe Montanier que je mérite ma place. Pour un jeune de mon âge, le mieux, c’est de jouer. Ce qui compte, c’est d’avoir des minutes, de se montrer.

PLANETE FOOT : Pep Guardiola a coché ton nom…
A.G. :
Si je vais là-bas, il faudra prendre la place de Villa, Pedro, Messi, Affelay…

PLANETE FOOT : Bah, ça va, non ?
A.G. :
(Il sourit) A la Sociedad, je sais que j’aurai plus de possibilités. Je commence à me faire connaître. Si je pars dans un grand club, on peut ne plus entendre parler de moi. C’est ce que je ne veux surtout pas.

PLANETE FOOT : Ceux qui se trouvent dans ta position répètent toujours la même chose pour, justement, justifier leur départ : « Le train ne passe qu’une fois »…
A.G. :
Je ne pense pas. Si tu as le potentiel, le train passera plusieurs fois. Pas mal de joueurs ont fait de grands clubs et pour eux, le train n’est pas passé qu’une fois.

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