Équipe de France

Antoine Griezmann dans une autre galaxie (1/2)

Après quelques semaines d’adaptation à son nouvel environnement et à son nouveau coach, Diego Simeone, Antoine Griezmann a trouvé son altitude de croisière à l’Atletico Madrid dont il était, et de loin, le meilleur buteur. Ça vole haut, très haut…

C’est une image à laquelle il faut s’habituer. Monsieur Antoine à la une de « Marca ». Monsieur Antoine en première page de « AS ». Antoine encore, Griezmann partout. Les deux quotidiens sportifs madrilènes ne s’inquiètent plus de savoir si les mèches blondes – enfin, plus sel que poivre – du Colchonero passeront bien à l’impression. A vrai dire, ils n’ont plus trop le choix. Chaque week-end ou presque, en Liga, l’attaquant français de l’Atletico Madrid fait l’actu. Quand ce n’est pas en milieu de semaine, les soirs de Ligue des champions.
Le natif de Mâcon (24 ans) s’était doté d’un profil atypique dans le monde des attaquants, quelque part entre la finesse et le sens du jeu. Il l’a colorié, au fil des buts marqués. Antoine l’attaquant patte de velours est devenu Griezmann le chasseur de buts. Un vrai label déposé. Antoine Griezmann AOC, appellation d’origine contrôlée. Et même « AOP » si l’on se réfère à son club, l’Atletico Madrid, où Diego Simeone, son coach, lui a gentiment conseillé de lever le pied dans ses rapports avec les médias. L’Argentin savait que sa nouvelle star devenait une cible de choix, que ce soit pour la presse française ou espagnole, d’ailleurs. Protégé, donc, chez les Matelassiers, comme pour mieux symboliser son nouveau statut.

Meilleur buteur que Karim Benzema sur une saison de Liga
A la veille du quart de finale retour de Ligue des champions contre le Real Madrid qui a une nouvelle fois mis la capitale ibérique sous perfusion football l’espace de quelques jours, Diego Simeone avait pris le temps de s’épancher sur le cas de son attaquant labellisé. « Depuis son arrivée cet été, Antoine a beaucoup progressé en tant que footballeur. Ses buts en Liga le prouvent. Il joue dans une position différente de celle à laquelle il était habitué. C’est un garçon jeune et qui dispose encore d’une grande marge de progression. Il a beaucoup de choses à améliorer. Il est sur la pente ascendante et j’espère qu’avec le soutien de tous ceux qui croient en lui et l’apprécient dans l’équipe, il continuera de montrer ses progrès au quotidien. »
Avec un nouveau doublé contre Elche fin avril, le n°7 de l’Atletico est devenu le meilleur réalisateur français sur une saison en Liga (22 buts contre 21 pour Karim Benzema en 2011-12). Comme ça, sans rien dire ou presque, étant entendu que l’ancien prodige de la Real Sociedad a toujours véhiculé l’image d’un attaquant fin, rapide, d’un joueur qui respirait le foot, comme on dit dans les milieux autorisés, plus que celle d’un chasseur de buts. A force de sentir les coups, en cumulant intelligence de placement et justesse technique dans le dernier geste, il s’est mis à empiler les buts, en plus de rendre des copies propres. Naturellement, alors que ses premiers mois n’avaient pas été de tout repos à son arrivée à l’Atletico. Rappelons que le club avait tout de même déboursé 30 millions d’euros pour racheter sa clause. Un prix fort pour redessiner une ligne d’attaque qui venait de perdre, en deux ans, Radamel Falcao et Diego Costa.

Diego Simeone : « Il doit devenir un homme »
Trop de pression, Monsieur Antoine ? Un peu, sans doute. D’autant que le Croate Mario Mandzukic débarquait avec lui, histoire de refaire le vestiaire de fond en comble. Avec Diego Simeone pour superviser tout ça, le changement a été sévère. Antoine avait été materné depuis le début de sa carrière à San Sebastian, où il avait tout connu. La Real Sociedad, comme il dit, « c’était la maison ». La transition n’a pas été simple, comme le rappellent ces mots de Simeone qui, avec le recul, peuvent faire sourire et qui, sur le moment, pouvaient faire peur : « Griezmann doit se livrer davantage et continuer à grandir. Il doit muer en un guerrier, en un tueur des surfaces. Il doit devenir un homme. » Le joueur a fait le dos rond. Jusqu’au 21 décembre 2014. Dernière journée de Liga avant la trêve. Seul en pointe, le Français signe un triplé en moins d’une demi-heure. Joyeux Noël, bonne année. Machine enclenchée.
Depuis ? Antoine vole, toujours aussi fin, toujours aussi juste, mais buteur en plus. Sur ses seize premiers matches de l’année 2015 en Liga, il a marqué à seize reprises. Il a réussi six doublés. Il était évidemment le meilleur buteur de l’Atletico, Mario Mandzukic étant relégué à dix longueurs (le Croate était à 12 réalisations quand lui a atteint les 22). Et Fernando Torres, l’idole locale, de retour au bercail, réduit au rôle de doublure. En Espagne, seuls Cristiano Ronaldo et Lionel Messi marquaient davantage que lui. Si Antoine avait évolué en Allemagne ou en Italie, il aurait été en tête du classement des buteurs. S’il avait joué en Angleterre, il l’aurait partagée avec Harry Kane (Tottenham) et Sergio Agüero (Manchester City). Et en France ? Il aurait été devancé par Alexandre Lacazette (26 buts), le plus proche en Europe des deux monstres du Barça et du Real. Au cours des cinq derniers mois, seuls Messi et Cristiano ont marqué plus que lui dans les cinq grands championnats européens.

« Monsieur 1 but par match » ou presque
En 2015, Griezmann frappe plus au but. Il a cadré plus de trois-quarts de ses tirs. Il en convertissait 18% dans la première moitié de la saison. Il a dépassé les 30% depuis début janvier. En d’autres termes, il n’avait pas besoin de plus de trois occasions pour planter. Il avait terminé la saison 2013-14, celle de son éclosion à la Real Sociedad, à la 6e place du classement des buteurs en Liga avec 16 pions, derrière « CR7 », Messi, Diego Costa, Alexis Sanchez et Karim Benzema. Il a monté le son. Si l’on creuse encore un peu, on trouve un temps de jeu de 2 012 minutes après ses 32 premières rencontres de Liga (cela nous amène à celle de son doublé contre Elche). Au niveau des statistiques qui comptent plus que d’autres, on obtient un but marqué toutes les 91 minutes. Monsieur Antoine n’est vraiment plus très loin de « Monsieur 1 but par match ».
Tout sauf une surprise pour Jagoba Arrasate, l’ancien adjoint de Philippe Montanier à la Real Sociedad (il avait pris la suite après le départ du Français pour Rennes). Limogé en novembre, le Basque est peut-être celui qui a profité le plus longtemps de la progression d’Antoine. « C’est un footballeur de rupture. Antoine aime les espaces et il sait évoluer à la limite du hors-jeu, sans se faire piéger. Il possède une lecture du jeu et un instinct au-dessus de la moyenne. Il sent les coups. Quand son équipe domine, il change de registre et devient espagnol : c’est un joueur de « toque » dans toute sa splendeur. Il adore le jeu en appui-remise, cherche constamment le une-deux et la passe dans l’intervalle. »
Sur les traces de Vieri, Hasselbaink et Falcao
Cette saison folle l’installe parmi les meilleurs joueurs français de l’histoire en Liga puisque seul Karim Benzema (87 buts) a davantage marqué. Griezmann, c’est 62 buts au compteur dans le championnat espagnol (40 avec la Real Sociedad, 22 à l’Atletico), loin devant Zinédine Zidane qui avait planté 37 fois en championnat avec le Real Madrid. Jusqu’à présent, Benzema était le meilleur buteur français sur une saison de Liga. Avec le Real, il avait signé 21 buts lors de l’édition 2011-12. Son nom vient de s’effacer des tablettes.
A 24 piges, le n°7 madrilène est parti pour laisser une sacrée empreinte de l’autre côté des Pyrénées. Et pas qu’au Pays Basque. « Grizzi » – son surnom à Vicente Calderon où le public l’a adopté en quelques semaines à peine – fonce maintenant sur d’autres grands noms de l’histoire des Rouges et Blancs : Christian Vieri, Jimmy-Floyd Hasselbaink et Radamel Falcao. Les trois attaquants qui ont inscrit plus de buts que lui durant leur première saison sous le maillot de l’Atletico. Combien ? 24 chacun. Griezmann a fini tout près mais il avait les moyens de les avaler tout crus. En mordu de foot qu’il est, il sait la trace que ces trois-là ont laissée au sud de la capitale. « C’est flatteur d’entendre ces noms quand tu sais ce qu’ils ont réalisé sur le terrain, ce qu’ils représentent dans le cœur des gens… Oui, ça me fait quelque chose. Mais je ne veux en aucun cas me comparer à eux. Moi, je suis Antoine. Je fais du Griezmann. » Qu’il ne s’arrête surtout pas !

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