Équipe de France

Anthony Martial, il nous rappelle vraiment quelqu’un

Formé aux Ulis, comme Thierry Henry, le môme de Massy a changé de braquet depuis février dernier. Cela s’est confirmé avec son transfert à Manchester United pour un tarif astronomique. Et il n’a pas encore vingt ans…

Trente-cinq matches joués, neuf buts et trois passes décisives en championnat, sept apparitions en Ligue des champions. Dit comme ça, le profil nous mène très vite, dans le catalogue, à la page du joueur affirmé, bien dans ses pompes et dans la fleur de l’âge. Mais là, on a tout faux. Anthony Martial, le p’tit gars de Massy formé à Lyon et qui a poussé Dimitar Berbatov vers le banc de touche à Monaco avant d’être transféré à Manchester United pour 80 millions d’euros, n’a pas encore vingt ans. Son ex-entraîneur Leonardo Jardim, à qui on a souvent demandé, la saison écoulée, comment il comptait s’y prendre pour faire aussi bien, voire mieux sans James Rodriguez et Radamel Falcao, a très vite vu. Il n’a pas eu le choix. Mais il n’a pas pleuré non plus quand il a vu.
« Et Anthony n’a que 19 ans… On m’a souvent demandé s’il était au niveau de Alexandre Lacazette, André-Pierre Gignac ou Zlatan Ibrahimovic. Mais les deux derniers cités ont 30 ans et Lacazette en a 24. On ne peut pas comparer ces gars-là avec un jeune de 19 ans. Dans deux ou trois ans, Anthony arrivera à son meilleur niveau. En général, les joueurs atteignent leur pic de forme entre 23 et 30 ans, quand ils ont bien assimilé les notions tactiques, techniques et le dosage des efforts. La formation d’un joueur ne s’arrête pas à 18 ans. »

Une taille trompeuse
Celle d’Anthony a commencé aux Ulis, au C.O. plus exactement. Et là-bas, Mahamadou Niakaté s’en souvient encore. « Quand il est arrivé, il avait 6 ans à peine. A cet âge-là, le foot, c’est plutôt de la garderie. Les gamins font un peu n’importe quoi. Mais lui, non. Il frappait déjà bien dans le ballon et il était là pour apprendre. Déjà, il jouait. »
Une différence notable, c’est vrai, avec les CP de l’école élémentaire, la classe biberon des clubs de football. Mais pas encore assez pour rappeler Titi, le héros local, sacré champion du monde à 20 ans avant de devenir le meilleur buteur de l’histoire d’Arsenal. Oui, il y a encore un cap à franchir. Mahamadou replonge à nouveau dans le passé : « Thierry était déjà beaucoup plus grand que les autres en taille. Anthony, non. Il était très véloce, comme Titi, mais dans la mesure où il faisait la même taille, à peu de choses près, que les autres, cela se remarquait moins. Bon, il allait très vite et il était très puissant quand même. » Et quand Titi prend la direction de la Principauté, Anthony est repéré par la capitale des Gaules. Pas le même cap non plus.

Etincelant à l’Emirates Stadium
Nous sommes en 2009. Martial n’a que 14 ans et la cellule de recrutement de l’OL a inscrit son nom en haut du petit carnet. Dans le Rhône, il confirme qu’il va décidément très vite. Avec les U17, Anthony plante 32 buts en 21 matches. Il est sélectionné avec l’équipe de France des U17 pour l’Euro 2012 et entend ses premières « Marseillaise » en Slovénie, où il marque un but contre l’Allemagne. Suit une apparition en Ligue Europa (contre l’Hapoël Shmona, le 6 décembre 2012). Il met un second pied dans le monde pro le 3 février à Ajaccio, où il découvre la Ligue 1.
Et puis en juin 2013, Jean-Michel Aulas décide de clôturer ses comptes en lâchant sa pépite. L’A.S. Monaco le recrute contre une indemnité presque record pour son âge : 5 millions d’euros. Une première saison sur le Rocher dans l’ombre de Falcao et Berbatov. Une deuxième, la dernière, où il a peu à peu capté la lumière. Enfin, c’est surtout à l’Emirates Stadium, un soir de 8e de finale de Ligue des champions, que les choses ont tourné. Mais pas au vinaigre. Enorme au milieu d’un match fou, le môme brille aux yeux de l’Europe. Sous les feux de Londres. Londres, Emirates, Premier League… Vous suivez ? Il a donc poussé Berbatov vers le banc de touche et enfilé les buts comme on enfile les colliers qui brillent pour entrer au Café de Paris, devant le Casino de Monte-Carlo. Depuis l’Essonne, Mahamadou Niakaté y a toujours cru. « Antho est encore un gamin. Il marche à l’affectif. Jardim a su l’écouter et lui faire prendre conscience des choses. »

Un transfert estimé à 25 millions, MU verse 3,2 fois plus
Décisif dans la folle remontée de Monaco vers la 3e place, il se retrouve au centre de multiples tractations. Les Monégasques poursuivent leur cure d’austérité, bien loin, certes, de la cure grecque. Mais une cure d’austérité quand même. Il se murmure que le garenne n’avait pas donné suite à la première proposition de rallonge salariale qui lui avait été faite. Jugée insuffisante. Et il se murmure aussi qu’autour, si ça n’écoutait pas aux portes, ça se bousculait pas mal. Ainsi, Mauricio Pochettino, le coach des Spurs de Tottenham, était fan de l’artiste. Le « Daily Mail » affirmait que 25 millions d’euros étaient prêts à tomber dans les caisses du club si l’ASM consentait à lâcher sa pépite. MU a versé 3,2 fois plus pour l’avoir.
Jardim comptait pourtant sur son Antho pour la saison en cours. C’est vrai qu’avec 12 buts, il a fait beaucoup mieux que Roberto Soldado, qui a marqué cinq fois avec les Spurs. A son âge, Thierry Henry n’était pas encore champion du monde. Il ne s’était pas encore cassé le dos le long de la ligne de touche à la Juventus et il n’avait pas encore démarré sa mutation à Arsenal. Alors oui, Martial a encore le temps. Mais quand un choix s’impose, il n’est jamais l’heure de se tromper.

Profil
■ Né le 5 décembre 1995 à Massy
■ Attaquant
■ 1,81 m – 78 kg
■ Roadbook : Lyon (2012-13), Monaco (2013-15), Manchester UTD (depuis 2015)

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