Étranger

Angel Di Maria, le nouvel ange des Diables Rouges

Il a bien grandi, l’enfant de Rosario. Le néo-Mancunien Angel Di Maria a remporté la Ligue des champions 2014 et il aurait dû disputer la finale de la Coupe du monde avec l’Argentine. Chez les Red Devils, il s’offre un nouveau challenge. Sa vie est un roman. Voici les meilleures pages.

Il a été l’homme de la rentrée sur la planète foot. Celui qui a fait causer – buzz garanti ! -, au cœur des débats pour ses perfs sur le terrain et pour ses choix en dehors. Le 26 août, Angel Di Maria est passé du Real Madrid à Manchester United pour 75 millions d’euros, devenant le transfert le plus cher de l’histoire de la Premier League. Le 3 septembre, à l’occasion d’une revanche amicale de la finale de la Coupe du monde Allemagne-Argentine à Düsseldorf – en l’absence de Lionel Messi, blessé -, il a revêtu le costard du boss et réalisé un match de feu. Di Maria a tout bonnement anéanti les champions allemands. Il a été directement impliqué sur les quatre réalisations argentines (victoire 4-2). Un but et trois passes décisives pour sa pomme.
Le 14 septembre, pour son premier match officiel dans le Théâtre des Rêves, Angel a réveillé une formation mancunienne qui avait débuté la saison la tête à l’envers et fait se pâmer Old Trafford en ouvrant le score, face à Queens Park Rangers, d’un subtil coup franc. L’amorce d’un large succès 4-0. Entretemps, Cristiano Ronaldo, mécontent de l’entame poussive du Real Madrid – ça s’est arrangé depuis -, avait publiquement regretté le départ de l’Argentin. Son grand pote. Un rouage essentiel de la Maison Blanche. L’ancien attaquant mexicain Hugo Sanchez, légende vivante du Real (208 buts en 283 matches de 1985 à 1992), était sur la même longueur d’ondes que « CR7 ». Il a enfoncé le clou. « Bien sûr, quand vous dépensez beaucoup d’argent dans les transferts, il faut vendre pour équilibrer les comptes. Mais je pense que le coach, Carlo Ancelotti, aurait aimé garder Di Maria et Xabi Alonso. Surtout Di Maria. Xabi, il y a plusieurs joueurs susceptibles de le remplacer, Di Maria, non. Il s’agit d’un des tout meilleurs footballeurs au monde. Il a énormément apporté au Real. » À peine parti, déjà regretté…

Trop gourmand pour le Real Madrid ?
Devant l’ampleur prise par le débat, le président madrilène Florentino Perez s’est décidé à donner sa version des faits. « Le club lui a fait la meilleure offre possible mais il en voulait plus. Il avait des prétentions que nous ne pouvions accepter si l’on voulait maintenir l’équilibre des comptes. Personne ne touche le salaire qu’il réclamait, sauf Cristiano Ronaldo. Et c’est le meilleur joueur du monde. » Réponse cinglante de l’intéressé : « Je démens. Pour prétendre gagner autant que mon ami Cristiano, qui m’a toujours soutenu au Real, il faudrait que je remporte le Ballon d’or. Jusqu’à preuve du contraire, je ne l’ai pas fait. Il est faux de dire que je voulais quitter le club. »
En attendant, que de chemin parcouru pour celui qui a récupéré le mythique numéro 7 chez les Red Devils, précédemment porté par George Best, Eric Cantona, David Beckham ou encore Cristiano Ronaldo… Oui que de chemin parcouru depuis ses premiers pas en Argentine, à Rosario, dans le quartier de la Perdriel, au nord de la ville. Aujourd’hui encore, quand il en parle, l’émotion affleure. « Naître là est la meilleure chose qui me soit arrivée. C’est un quartier humble peuplé de modestes maisons et de gens qui travaillent dur pour avoir un petit chez eux. C’est là que j’ai grandi en tant que personne et en tant que footballeur. Je me souviens de nos interminables parties dans la rue avec mes amis, toujours les mêmes – et qui le sont restés. J’ai partagé ma chambre, pendant plusieurs années, avec mes deux jeunes sœurs mais à la maison, nous avions suffisamment à manger. Et assez pour acheter tout ce qui était nécessaire. Mes parents travaillaient tous les deux, ils pouvaient se permettre de m’offrir une paire de crampons pour jouer. Ce qu’ils ont fait pour moi est gravé pour toujours dans ma mémoire. »

Trente ballons pour son premier transfert
Angel tombe tout petit dans la fosse aux ballons. Peut-être est-ce génétique. Son père, Miguel, avait entamé une carrière professionnelle, vite écourtée par une grave blessure au genou. À l’époque, Angelino – l’un de ses surnoms aujourd’hui – était plutôt « Diabolito ». Il est hyperactif. C’est une pile qui court et saute dans tous les sens. Un brise-tout intenable. Maman Diana décide de l’emmener chez le médecin pour trouver un remède afin de canaliser ce trop-plein d’énergie. Le diagnostic tombe : il faut l’inscrire dans un club de sport. « C’est comme ça que ma carrière a commencé. À 4 ans », sourit l’intéressé.
D’abord dans l’équipe du coin, à côté de chez lui. Le Club Atlético El Torito. Le baby footeux ne va pas y rester longtemps. À 7 ans seulement, le destin frappe à sa porte. Il s’en souvient comme si c’était hier. « Nous recevions Rosario Central (ndlr : le grand club de la ville). Si nous l’emportions, nous étions champions. On s’est imposés 2-0, j’ai marqué un but. Les dirigeants de Rosario sont allés trouver les miens pour parler de mon « transfert ». » Le coût de la transaction ? Trente ballons pour El Torito !

La bande de la Perdriel
Mine de rien, le môme change d’univers. Sa mère l’emmène à l’entraînement à vélo. Trente minutes à l’aller, trente minutes au retour. Il débarque dans un club professionnel, structuré et réputé pour la qualité de sa formation. Di Maria va rapidement s’y imposer au poste d’ailier. Là, sa vitesse, sa technique déjà affirmée et ses dribbles font des ravages. Il est gaucher mais pas maladroit du droit. Jamais avare d’efforts, Angel tourbillonne sur le terrain. Rien ne lui fait peur. Personne ne l’effraie.
L’hyperactif se défoule sur les pelouses. Et comme il n’en a jamais assez, il n’hésite pas à filer un coup de main à son père qui travaille dans un dépôt de charbon. « J’ai commencé vers 10-11 ans et continué jusqu’à 14 ou 15 ans. Je l’aidais pour les livraisons, le remplissage et la fermeture des sacs. C’était un job très dur mais c’était le seul que nous avions pour vivre. » Le reste du temps, il le passe avec ses potes du quartier. Il forme le clan des sept avec Alexis, Bryan, Diego, Gere, Mauri et Nicolas, ses amis pour l’éternité. Lorsque Di Maria quitte l’Amérique du Sud pour évoluer en Europe, chacun se fait tatouer sur la peau « La bande de la Perdriel ». Comme pour signifier que l’éloignement ne brisera pas leur amitié. Le fil ne s’est jamais dénoué depuis.

Un modèle nommé Kily Gonzalez
À Rosario Central, Angel croise aussi la route d’un certain Kily Gonzalez. « C’était mon idole. Je regardais toujours ses matches en équipe nationale. Il évoluait au même poste que moi et j’aimais son fighting spirit. En plus, il défendait les couleurs de Rosario. Je suis très fier d’avoir pu évoluer à ses côtés une année, au début de ma carrière. Quand il me disait des choses comme « Bien vu, Angelito », je montais au septième ciel. Je n’oublierai jamais ces moments. Il n’existe rien de plus excitant que d’avoir l’opportunité de jouer auprès de son modèle. » Ça dure une année, pas plus. Le gamin a débuté en pros à 17 ans. Dix-huit mois plus tard, le voilà déjà en Europe, après un championnat du monde U20 où il a fait le show avec son acolyte Sergio Agüero. L’Argentine est sacrée mais Di Maria, blessé en demi-finales, a manqué le dernier rendezvous. « J’en ai pleuré », confesse-t-il.
Au moment du grand saut, le fiston écoute les conseils du paternel. « Quand le Benfica a formulé une proposition, il m’a dit que cette chance ne se présentait qu’une fois dans une vie. Il fallait la saisir et aller de l’avant. J’ai dit : « OK mais je ne veux pas partir tout seul. » » Les deux hommes prennent l’avion pour le Portugal. Les débuts d’Angel sont difficiles. Le reste de la famille – qui les rejoindra quelque temps plus tard – lui manque. « C’était la première fois qu’on était séparés aussi longtemps. Ç’a été très dur. »

Surnommé « Spaghetti » pour sa minceur
Sur le terrain, il doit s’adapter à son nouvel environnement. Pour gagner en puissance, il fait de la muscu. Di Maria se met peu à peu à niveau. Au terme de cette saison de la découverte, il s’empare de l’or olympique à Pékin en compagnie de Lionel Messi, Kun Agüero, Javier Mascherano and co. Dans le rôle du super-héros : Di Maria, buteur décisif en prolongation face aux Pays-Bas. Cette victoire 3-2 permet à l’Argentine de se qualifier pour les demi-finales. Plus fort encore, il est l’unique buteur de la finale contre le Nigeria. « Spaghetti » – le surnom que lui a donné son partenaire Ever Banega lors du championnat du monde U20 (« Parce qu’à l’époque, j’étais encore plus mince qu’aujourd’hui ») – est définitivement lancé.
Quelques semaines plus tard, il fête sa première sélection avec les A. À Lisbonne, son jeu tout en générosité, aussi technique que tonique, l’impose comme un élément incontournable. Diego Maradona a pris les rênes de l’Albiceleste. Il annonce, sous le charme, en 2009 : « Ce gars-là a toutes les qualités pour devenir une superstar mondiale. » Il le retient d’ailleurs pour la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Du haut de ses 22 ans, le gaillard traverse la compétition dans la peau d’un titulaire. Arrêt brutal en quarts de finale contre l’Allemagne (0-4).

Poussé vers la sortie par Gareth Bale
Angelino n’a pas le temps de cogiter. En plein cœur du tournoi, il est transféré au Real Madrid contre 25 millions d’euros (et une dizaine de millions de bonus en plus). Contrat de cinq ans. « Franchement, jusqu’au moment de la signature, je n’arrivais pas à croire que j’allais jouer pour un club aussi illustre », confie-t-il. Sous le joug de l’exigeant José Mourinho, Angel poursuit sa montée vers les sommets. « Il veut que nous soyons agressifs, avec ou sans le ballon. On doit faire ce qu’il attend de nous. Il faut courir, aller au pressing mais aussi se projeter rapidement en attaque. Je savais qu’en venant ici, il me faudrait étoffer mon jeu et devenir meilleur. » Il y parvient, de manière magistrale.
Au cours de ses quatre années passées dans la Maison Blanche, l’Argentin est celui qui bonifie les ballons. Passeur décisif préféré de Cristiano Ronaldo and co. Ses stats : 189 matches, 87 passes décisives, soit une moyenne de 0,46 offrande par rencontre, auxquelles il convient d’ajouter 36 buts. En 2013, l’arrivée de Gareth Bale, acheté à prix d’or et censé occuper le même poste, semble le pousser inexorablement vers la sortie. Carlo Ancelotti, qui a succédé au « Special One », le convainc néanmoins de rester.
Une blessure du Gallois lui permet, dans un premier temps, de garder sa place. Au retour de l’ancien Spur de Tottenham, l’indisponibilité longue durée de Sami Khedira pousse le coach italien à repositionner son homme à tout (bien) faire. Voilà l’intéressé dans un registre plus défensif. Plus défensif, peut-être, mais toujours aussi explosif. Di Maria n’en finit pas d’enchaîner les performances haut de gamme. Jusqu’à l’apothéose. La victoire dans la Ligue des champions 2014 (victoire 4-1 après prolongation face à l’Atlético Madrid en finale). La fameuse « Decima » que le Real attendait depuis tant d’années. Toujours aussi tranchant et auteur d’une passe décisive, Angelino se voit élu « Homme du match ». Distinction majeure dans cette rencontre symbolique et chargée d’histoire pour la Maison Blanche.

Mondial 2014, le chef-d’œuvre inachevé
C’est sur le même rythme effarant – et effrayant – qu’il entame la Coupe du monde 2014 au Brésil. Intenable, la pile Di Maria permet à tout un peuple au bord de l’asphyxie de respirer. C’est lui qui inscrit au bout de la prolongation (118e minute) l’unique but du match – et donc celui de la qualification – contre la Suisse, en huitièmes de finale. Sa chevauchée fantastique est stoppée en quarts de finale face à la Belgique. Il doit abandonner ses partenaires, victime d’une lésion musculaire. Elle lui fera aussi manquer la demi-finale face aux Pays-Bas. Le futur Mancunien s’accroche à un espoir, même s’il existe un risque. Disputer LA finale. Le rêve d’une vie. Sauf que… « Le matin du match, j’ai reçu une lettre du Real Madrid qui m’interdisait de jouer. Tout de suite après l’avoir lue, je l’ai déchirée. Je suis allé voir le sélectionneur, Alejandro Sabella, pour tout lui expliquer. Et lui dire que je voulais jouer. Ne pas me faire prendre de risques était son choix. » Le président de la Fédération argentine, Julio Grondona, confirme : « Avec cette lettre, nous nous retrouvions sous pression. »
Cet épisode a-t-il constitué un élément fondamental dans la rupture entre les deux parties ? C’est, en tout cas, à ce moment qu’a commencé à bruisser la rumeur d’un transfert au Paris SG. Le club parisien a dû renoncer, freiné dans son opération séduction par le fair-play financier. Sans Coupe d’Europe à son programme, Manchester United ne risquait pas d’être confronté à ce problème. Voilà comment Di Maria est devenu le nouvel ange des Diables Rouges.

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