Étranger

André Silva, la meute aux trousses

Le nouveau cador du FC Porto est un pur produit de la maison. Du Porto AOC qui dépasse déjà les bords du Douro, tant ses débuts en sélection vont au-delà des espérances. Et si la Selecçao tenait enfin son neuf ?

Pas la peine de tourner autour du pot. Surtout à Porto. Sur les lacets du Douro, dans les ruelles blanches de la vieille ville comme dans l’enlacement des caves qui reniflent le vin cuit de tout cru, surtout à Vila Nova de Gaia, au pied du Pont Luis 1er, il n’y en a que pour lui. Les scouts se bousculent à l’Estadio do Dragao. Jamais un week-end de Liga NOS ne passe sans qu’une meute fasse le déplacement pour venir le voir. Une meute de loups, des plus grands clubs européens. Les loups entre eux, tous tournés vers la même proie.
A 21 ans, André Silva termine sa première saison pleine chez les pros et il y a la queue. Remarquez, on a connu plus d’effervescence pour moins que ça. Le Portiste ne fait pas les choses à moitié : après trente-huit matches disputés sous le maillot bleu et blanc cette saison, toutes compétitions confondues, l’avant-centre qui porte le numéro dix – ça lui va bien mais on y reviendra – cumulait déjà 20 buts et 7 passes décisives. Ça donne envie, forcément. Surtout quand la gâchette nouvelle se lève à Porto, l’un des clubs les plus réputés pour ses trouvailles en tout genre, a fortiori quand la trouvaille gambade en pointe.

Sur les traces de Falcao
On ne va pas refaire l’histoire mais Hulk, Falcao, James Rodriguez et Jackson Martinez, entre autres, ça laisse une empreinte certaine dans le grand livre du scoutisme footballistique. Sauf que, ce coup-ci, la pépite ne débarque pas d’Amérique du Sud. Aucune trace d’une fouine carioca élevée à l’ombre du Pain de Sucre. Pas de renard cafetero colombien non plus. Pas d’accent mexicain, ni de pointe épicée façon River Plate ou Boca Juniors. La progéniture parle portugais. C’est un enfant de la maison. André Silva, formé au club…
Bon, c’est vite dit, ce garçon qui est né à Baguim do Monte, dans les faubourgs de l’est, a d’abord tâté la gonfle à Salgueiros. Mais ça n’a pas duré. C’est là que Porto est venu le chercher. Un chèque en bleu et blanc, mille euros crédités dessus et la signature de Pinto da Costa en bas : l’affaire était jouée. Un coup de poker. Au Portugal, la mort du TPO (« third-party ownership » ou « tierce propriété ») a redistribué les cartes. Depuis le 1er mai 2015, la FIFA a rayé de sa charte le TPO qui permettait à des fonds d’investissements d’acquérir une partie des droits des joueurs de football. La pratique, très répandue en Amérique du Sud et au Portugal, était devenue une politique maison dans le grand FC Porto de Pinto da Costa au cours des dernières décennies. L’article 18 bis du règlement FIFA sur le statut et le transfert du joueur a sonné comme une révolution de palais dans la maison du dragon.

Place à la formation
Les clubs portugais et surtout les trois gros cotés en bourse (Porto, le Benfica Lisbonne et le Sporting Portugal) n’ont plus le choix. Il leur faut se tourner vers la formation et la valorisation du produit maison. Et si, à Porto, on a eu un peu plus de mal à s’y mettre qu’à Lisbonne, ce que ce gamin de Salgueiros était capable de faire, balle au pied, a convaincu les dirigeants de franchir le pas. Le gamin ? Un petit bison, qui n’est pas sans rappeler Marcelo Salas avec ses épaules de déménageur et sa ceinture abdominale de gangster des tatamis. Un vrai dur à la gueule d’ange. La nature a été gentille avec lui mais il a toujours développé un goût bien personnel pour la culture physique. La natation, André connaît. Le karaté, Silva connaît aussi. L’animal s’est même essayé au MMA à 15 ans ! Pas la peine de lui chercher des noises, André Silva a du répondant.
A Salgueiros, on se souvient encore d’un gamin plus haut, plus fort que les autres, qui, « à 10 ans, était plus grand, déjà, que les enfants de son âge. Il a toujours joué avec la catégorie supérieure. » Surclassé sans que ça se voit. Souvent, les prémices d’une carrière qui se remarque, plus tard… A quelques kilomètres du Dragao, le vaisseau qui surplombe la métropole, le futur du FC Porto s’écrivait là, dans le foyer familial et un cadre bien défini. « Il n’a manqué de rien, il a toujours été très bien entouré. Tout petit, il n’avait qu’un seul but : devenir joueur professionnel », rappelle encore David Lopes, un ami de la famille.

La bicyclette qui tue
A Porto, André Miguel Valente da Silva – son nom complet – découvre d’abord l’équipe réserve mais ne tarde pas à planter le décor. Et des buts. Quatorze, en une demi-saison, cela finit de convaincre le staff des Dragons et Nuno Espirito Santo, le coach, qui l’incorpore petit à petit au sein du groupe fanion. Le petit bison aura inscrit, en tout, 24 buts avec l’équipe réserve. Pas mal. Mais en fin de saison dernière, il fait encore mieux pour marquer les esprits : en finale de la Coupe du Portugal, face à Braga, il s’offre un doublé, dont une égalisation magistrale, une bicyclette, à la dernière minute. Les Dragons perdent la finale mais le môme laisse une trace. La préparation estivale qui suit confirme la tendance : il faut vraiment compter sur ce talent maison. Il marque huit buts en huit matches ! Le FC Porto opte pour le « home-staging ».
C’est le début de l’histoire, la grande. Le 17 août, André marque face à l’AS Rome, lors du barrage d’accession à la Ligue des champions. Accrochés, à l’aller, le petit bison et les Dragons matent la Louve au retour. Coup parfait à l’Olimpico (3-0). Ils sont au rendez-vous du tirage au sort. Résultat : quatre buts et deux passes décisives pour la nouvelle star lors de la phase de poules, dont un doublé contre Leicester. Le petit bison devient un buteur. Mais André Silva a toujours été plus que ça. Rafael Santos, qui l’a encadré à Salgueiros, note encore : « Il n’a commencé à jouer avant-centre qu’à Porto. Chez nous, il évoluait milieu de terrain, soit comme ailier, soit carrément en numéro 10. On l’a très vite appelé Deco. »

Transfert au Real déjà bouclé ?
Il y a un peu de ça, peut-être, dans le visage. Mais le parallèle s’arrête là. Car André Silva se frotte pour de bon au cœur de la défense adverse. Vincent Aboubakar parti, il hérite du poste 9 et sort ses griffes. Très vite, Fernando Santos l’appelle en sélection. Il se retrouve au milieu des champions d’Europe. Aux côtés de Cristiano Ronaldo. Le 1er septembre, il remplace Eder à la mi-temps contre Gibraltar, en amical. Ironie de l’histoire : la Selecçao joue ce match au stade de Bessa, l’antre du Boavista Porto. Tout proche de sa famille mais pas à la maison mère. Pas grave, il réussit une première passe décisive au cours de ses quarante-cinq premières minutes comme international. « Petit, mon oncle m’avait emmené voir un match de Boavista mais j’ai toujours été un fan de Porto. Aujourd’hui, à cause de moi, mon oncle supporte le FCP. » Huit mois plus tard, il affiche déjà 5 buts en 6 sélections (dont un triplé contre les Iles Féroé). Il apparaît comme le nouvel homme fort à son poste et il a été adoubé par Cristiano Ronaldo himself (voir par ailleurs) !
Le Portugal s’est trouvé un neuf cracheur de feu et c’est Fernando Santos, le sélectionneur, qui boit du petit lait. « André Silva n’est pas un attaquant typique, c’est un numéro 9 qui bouge beaucoup et tout le temps, aussi bien à l’intérieur qu’en dehors de la surface. Nous allons le suivre et l’accompagner dans sa progression. » Porto a déjà prolongé sa pépite jusqu’en 2021, la clause libératoire s’affiche à 60 millions d’euros, son départ se négociera bien en-deçà ou bien au-delà mais il ne devrait pas faire de vieux os sur le dos du Dragon. A en croire le « Daily Star », le Real Madrid aurait déjà bouclé son transfert pour l’été prochain ! Depuis janvier, le quotidien anglais croit savoir que Porto a repoussé une offre de 23 millions en provenance d’Arsenal. Motif : les Bleus et Blancs seraient déjà tombés d’accord avec la Maison Blanche. L’affaire n’est pas encore officielle et il se murmure que Marseille et le Paris SG sont aussi entrés dans la danse, tout comme Chelsea, Manchester City et United. Ça s’appelle faire tourner les têtes et pas seulement celles des défenseurs de la Liga portugaise.

Vu par Cristiano Ronaldo
« André Silva est en train de réaliser un travail phénoménal. Et pas que grâce à ses buts. Il travaille très bien, dans tout, qu’il s’agisse de l’aspect offensif ou défensif. »

Profil
André Miguel Valente da Silva
• Né le 6 novembre 1995 à Baguim do Monte (POR)
• 1,82 m, 80 kg
• Attaquant
• Roadbook : SC Salgueiros (POR, 2003-2011), FC Porto (POR, depuis 2011)
• Palmarès : Champion du Portugal de D2 en 2016 avec le FC Porto B
• International A (Portugal)

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