Équipe de France

André-Pierre Gignac : « Je suis un attaquant d’instinct »

Ses rendez-vous avec la presse sont (très) rares. Le garçon n’aime pas trop s’épancher. Mais pour « Planète Foot », André-Pierre est venu au micro. Détendu et souriant, il nous a bien expliqué : s’il est toujours le même, beaucoup de choses ont changé. Confessions d’un acharné, entre bleu ciel (OM) et bleu foncé (les Bleus).

PLANETE FOOT : Après trois victoires d’affilée, le revers (1-2, 4e journée de L1) au Vélodrome face à Monaco a eu l’air de vous faire très mal, surtout à toi. Pourquoi ?
André-Pierre GIGNAC :
Quand je revois notre première mi-temps, je me dis qu’on aurait dû leur faire encore plus mal. En tout cas, revenir sur le terrain avec de meilleures intentions. On marque juste avant la pause, le coup parfait. Mais on prend un but dès la 47e. Les grands matches se jouent sur des détails et Monaco a remporté celui-là. Après l’égalisation, je ne sais pas ce qui s’est passé. Ils ont trois occases, ils marquent deux buts. Oui, j’étais abattu !

PLANETE FOOT : Question de suprématie, peut-être ? L’occasion était belle de s’affirmer face à un ogre du championnat…
A.-P.G. :
Non, abattu d’avoir perdu, point ! Je ne les ai pas trouvés meilleurs que nous. On a laissé trop d’espaces entre nos lignes défensives et notre attaque en seconde période. Dès qu’ils ont trouvé Moutinho, ça partait vite dans la profondeur. Il y a eu une alerte et la deuxième a été la bonne pour eux. Franchement, je ne sais pas quoi dire sur cette deuxième mi-temps. On frappe le poteau, eux aussi et derrière, ils plantent ce but. Rivière se l’amène, on ne sait pas comment. On gère mal la couverture et il marque. Je n’étais vraiment pas bien du tout après cette défaite. J’avais mal au cœur. Il m’a fallu la nuit pour digérer. Heureusement, il y a eu tout de suite la parenthèse équipe de France derrière.

PLANETE FOOT : Une parenthèse après une parenthèse de trois ans. Alors ?
A.-P.G. :
Depuis le milieu de la saison dernière, j’étais un peu plus attentif au moment des listes parce que mes performances en club me le permettaient. Mais en restant toujours dans le même état d’esprit : travail et travail pour retrouver mon niveau, être performant pour intégrer les sélectionnables.

PLANETE FOOT : As-tu pensé ne jamais effectuer ton come-back en équipe de France ? A fortiori quand tu as appris le nom du successeur de Laurent Blanc ?
A.-P.G. :
Non. Tu sais, je suis un acharné ! J’ai toujours envie de prouver quelque chose, de me remettre en question. Finir sur une mauvaise note avec l’équipe de France, à savoir la Coupe du monde 2010, ce n’était pas possible pour moi (ndlr : André-Pierre n’avait plus été appelé depuis la Coupe du monde en Afrique du Sud et l’élimination des Bleus au 1er tour). J’ai travaillé dur pour revenir, mis les chances de mon côté. Aujourd’hui, je suis là. J’ai retrouvé Clairefontaine.

PLANETE FOOT : Qu’as-tu ressenti quand tu es descendu du taxi, devant le château ?
A.-P.G. :
Une émotion particulière. Ça faisait trois ans que je n’étais pas venu, soit une éternité. Au-delà de ça, c’est toujours un grand honneur et une fierté de pouvoir défendre les couleurs de son pays. Ce fut un moment particulier, vraiment.

PLANETE FOOT : Retrouver les Bleus avec trois coéquipiers marseillais, notamment deux compères d’attaque, facilitait-il le retour ?
A.-P.G. :
Ça peut être un atout. On voit depuis le début de saison que ça se passe super bien avec Dimitri (Payet) et Mathieu (Valbuena). Mathieu, c’est la quatrième saison que je joue à ses côtés. Forcément, on a des liens particuliers. La relation Dimitri-Mathieu est belle aussi. On s’en doutait mais ils n’ont pas tardé à le montrer. Moi, j’en profite. C’est un atout pour la sélection. Les affinités existent déjà, tu gagnes du temps.

PLANETE FOOT : Payet n’a pas manqué ses débuts à l’OM. Est-il facile de jouer à ses côtés ?
A.-P.G. :
C’est facile, oui, parce qu’il sait pratiquement tout faire. Je ne vais pas dire qu’il sait tout faire parce que sinon, il va s’enflammer. Mais c’est un garçon pétri de qualités qui apporte son expérience. Il est arrivé à Marseille avec sa grosse saison dernière. Douze buts, douze passes-« dé », ce n’est pas rien. En début de championnat, il a joué, marqué des buts, percuté. Pour un attaquant comme moi, c’est toujours plus simple de jouer avec un ailier tel que lui, qui a deux pieds en plus. C’est un réel bonheur.

PLANETE FOOT : La hache de guerre est-elle enterrée avec Didier Deschamps ?
A.-P.G. :
Evidemment, sinon il ne m’aurait pas repris. Sans cela, je ne serais pas revenu à Clairefontaine. Il ne faut pas oublier que c’est lui qui m’avait fait venir à l’OM. Il m’a soutenu, j’ai joué, j’ai été blessé. Il y a eu ce moment critique où je n’étais pas bien dans ma tête et où j’ai dit tout haut ce que je pensais. Mais, après, tout est rentré dans l’ordre et c’est reparti de plus belle. J’ai rejoué, il y a eu l’histoire du pari entre nous, avec l’achat du maillot aux enchères lors d’une soirée de gala. Voilà, on s’est appelé quand il est parti de l’OM et ça s’est très bien terminé entre nous.

PLANETE FOOT : Ton retour en Bleu est intervenu dans une période pauvre en buts. Une pression supplémentaire ?
A.-P.G. :
S’il m’a convoqué, c’est aussi parce que mon équipe et moi marquions des buts. En rejoignant l’équipe de France, je savais que, si le sélectionneur faisait appel à moi, je serais prêt. Lui le savait également. Mais il y a deux grands attaquants en équipe de France.

PLANETE FOOT : N’empêche, avant le déplacement en Géorgie, la France restait sur quatre matches sans marquer et Karim Benzema sur 1 155 minutes sans but en Bleu…
A.-P.G. :
Karim marque en club. Il est décisif. Comme tout grand joueur, il a des passages à vide. Il était un peu dans le dur avec l’équipe de France mais je l’ai côtoyé quotidiennement à l’entraînement il y a trois ans de ça et je peux vous dire que c’est un sacré grand joueur.

PLANETE FOOT : Quand tu vois Olivier Giroud et Karim Benzema, tu te dis que tu peux faire aussi bien ? Où te situes-tu par rapport à eux ?
A.-P.G. :
Les deux sont décisifs, les deux marquent des buts. Depuis le début de sa saison, si on prend en compte les matches de préparation, je crois qu’Olivier a inscrit plus de buts qu’il n’a disputé de rencontres. Karim est décisif dans un énorme club. Les deux évoluent dans de grosses écuries. Attention, je ne dis pas que je ne joue pas dans un grand club mais eux évoluent à l’étranger. Moi, avec toute l’humilité possible, j’ai réalisé un bon début de saison dans mon club. Si je peux apporter ma petite pierre à l’édifice, ce sera avec plaisir. Mais je suis lucide. Je ne prétends pas avoir leur niveau. Je me défends au mieux au mien. Je suis dans un très grand club français, je suis très fier de ma carrière, laissons faire les choses…

PLANETE FOOT : Quels sont les signes distinctifs entre vous trois ?
A.-P.G. :
Olivier est plus un point d’appui, un joueur présent dans la surface, dans les 6 mètres, bon de la tête, bon dans les déviations. Il est tueur devant le but. Karim, c’est la finesse, la technique pied droit et pied gauche. Il est très, très complet. Olivier possède un style atypique, donc ce sont deux attaquants qui se complètent bien. Moi, je suis un attaquant de largeur, de profondeur, je bouge partout, je frappe beaucoup. Je suis plus un attaquant qui joue à l’instinct.

PLANETE FOOT : Que comptes-tu apporter, alors ?
A.-P.G. :
Ma générosité, comme je le répète souvent. J’ai besoin de courir, besoin de me dépenser, besoin de créer des brèches, de marquer, d’être utile, décisif pour mon équipe. Un peu le rôle que je réussis à tenir à l’OM depuis deux saisons.

PLANETE FOOT : Quelles sont les différences entre le Gignac de la Coupe du monde 2010 et celui d’aujourd’hui ?
A.-P.G. :
Trois ans ont passé, j’ai mûri, j’ai subi une blessure, j’ai fait deux préparations complètes lors des deux dernières saisons, c’est un tout. J’ai 28 ans, je connais mieux la L1, j’ai un peu plus d’expérience. Je suis un joueur plus mature.

PLANETE FOOT : Au final, qu’est-ce qu’on se dit ? « J’ai perdu trois ans » ?
A.-P.G. :
Je retiens surtout mon état d’esprit pour revenir à mon niveau parce que je garantis à tout le monde que j’ai souffert terriblement pendant deux ans. J’ai connu un mal terrible que je ne souhaite pas à mon pire ennemi. J’ai joué au mental parce que j’avais envie d’être sur le terrain mais la vérité, c’est que mon corps ne pouvait pas. Ces deux ans m’ont aidé à écouter mon corps, à faire tout pour l’entretenir et être au top le week-end, à me présenter sur le terrain à 100%. Et plus à 30 ou 40% avec cette foutue pubalgie. Oui, avec la maturité et l’expérience, j’ai appris à écouter mon corps.

PLANETE FOOT : Cela a-t-il changé ta façon de jouer ou d’aborder les matches ?
A.-P.G. :
Non, c’est surtout dans la concentration et l’approche que les choses ont changé. Avant les matches, je ne m’échauffais pas bien, je ne faisais pas tout ce qu’il fallait. Maintenant, c’est toujours, toujours la concentration avant tout. Avant ? Je ne faisais pas de gainage, pas de vélo, pas de squat. Maintenant, j’en fais tout le temps. Je suis constamment dedans. Je fais différemment.

« APG » juge les premiers bourreaux de l’OM
« Falcao ? On ne l’a pas vu du match. Et boum : une occasion, un but ! Un ballon dans les 6 mètres et il la met au fond. Manu Rivière, c’est un joueur puissant, rapide, adroit devant le but. Quelque part, je suis content pour lui et, d’une manière générale, pour les joueurs qui reviennent de loin. Je suis passé par là. Lui, en plus, a joué à Toulouse, c’est un clin d’œil à mon club d’adoption. Oui, je suis content pour lui mais j’étais malheureux de la défaite. »

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