Équipe de France

André-Pierre Gignac : « Je me suis dit : « Tu as 29 ans, tu es un grand garçon… » »

Deuxième meilleur buteur du championnat, André-Pierre Gignac a réussi son retour en équipe de France avec un but et deux passes décisives contre l’Arménie. Interview d’un homme soigneux.

PLANETE FOOT : André-Pierre, fin septembre, tu déclarais : « L’équipe de France, je n’y crois plus trop… »
André-Pierre GIGNAC :
 Au cours de ma sortie contre la Géorgie (ndlr : en septembre 2013), je m’étais trouvé assez timide. Je ne sais pas pourquoi, je ne l’explique pas trop mais voilà, c’est un fait. Cette année, avec la confiance et ce renouveau à l’OM, ma mentalité est différente.

PF : On a beaucoup insisté sur ton état de forme. Explosivité, percussion… Toi, comment te situes-tu par rapport aux autres saisons ?
A.-P.G. :
Je pense que ma forme actuelle, aussi bien physiquement que mentalement, est sûrement – et de loin – la meilleure depuis le début de ma carrière. C’est mon sentiment. Il y a des années d’expérience au compteur, ça joue beaucoup mais l’arrivée d’un nouvel entraîneur a crée une dynamique à l’OM. Je m’épanouis pleinement. Ça se passe super bien depuis le début de la saison.

PF : Entre ton poste d’attaquant de pointe et ta longue absence, n’as-tu pas eu le sentiment de jouer plus gros que d’autres ?
A.-P.G. :
Forcément. Il y a un noyau dur. Quelque chose s’est passé. Moi, j’arrivais avec l’ambition de prouver ce que je pouvais faire au jour le jour, aux entraînements. Pas seulement en match. Si on faisait appel à moi, c’était à moi de me montrer. Efficacité, générosité… Ça, c’est sur le terrain. Mais en dehors, je connais pratiquement tout le monde et comme je suis assez sociable, tout se passe bien. (Il sourit)

PF : Par rapport à ceux qui étaient présents à la Coupe du monde, tu avais l’impression de partir de plus loin ?
A.-P.G. :
Ces gars, ça fait deux ans qu’ils jouent ensemble. Il s’était passé quelque chose face à l’Ukraine lors du barrage retour, il s’est aussi créé quelque chose au Brésil. Ils ont quand même écrit leur petite histoire. Ce n’est pas moi qui vais faire les choix jusqu’à l’Euro 2016, sinon je me prendrais automatiquement ! C’était normal qu’ils aient un temps d’avance. Après, si je continue à être performant, j’aurai ma chance.

PF : Tu revenais de loin mais tu es revenu décomplexé…
A.-P.G. :
Disons que j’avais fait de brèves apparitions. Là, j’avais la ferme intention de m’imposer dans le groupe. Ça passe par de grosses performances en club, je le sais. Il faut que tout soit parfait, sinon ça va être difficile. Je le sais aussi.

PF : As-tu été surpris d’avoir été rappelé ?
A.-P.G. :
Il y aura d’autres rassemblements mais celui-là était important. Je jouais gros, sûrement. C’est aussi pour cela que je ne voulais pas me montrer aussi timide qu’en Géorgie. Sinon, je pouvais faire une croix. Je suis très déterminé à montrer ce que je vaux.

PF : On a eu un petit aperçu de cette détermination à Erevan. Avant de parler de ton cas, comment juges-tu votre prestation collective ?
A.-P.G. :
En première mi-temps, on leur a laissé beaucoup d’opportunités. Sur leurs coups francs, on tournait le dos, ils arrivaient jusqu’à notre gardien. Il y a eu plusieurs moments d’inattention. Bon, il y avait aussi huit changements par rapport au match précédent (ndlr : contre le Portugal au Stade de France). Il ne faut pas se chercher d’excuse mais huit changements, quand même… Nous avons bien réagi, on gagne le match, c’est une belle victoire. On a entretenu la belle dynamique des Bleus. C’est le plus important.

PF : Et personnellement ?
A.-P.G. :
Je suis heureux pour l’équipe et satisfait de mon match. Il s’inscrivait dans la lignée de mes prestations à l’OM. Moi, je me régale dans un groupe qui vit bien comme ça. C’est vraiment extra. C’est un peu ce que je vis à Marseille en ce moment. J’ai retrouvé beaucoup de joueurs que j’avais connus en club. Jérémy Mathieu et Moussa Sissoko à Toulouse, Lolo Rémy et Mathieu (Valbuena) à Marseille, plus Dimitri (Payet) et Steve (Mandanda). Je me sens comme un poisson dans l’eau dans cette équipe.

PF : Dans la peau d’un buteur aussi ?
A.-P.G. :
Ce but et ces deux passes constituent une bonne statistique, c’est vrai, mais je ne pense pas non plus avoir particulièrement marqué des points.

PF : Ah bon ?
A.-P.G. :
En attaque, la concurrence est féroce. Bon, j’avais envie de me rattraper. Je me suis dit : « Tu as 29 ans, tu n’es plus un gamin, tu es un grand garçon. » J’ai pris mes responsabilités sur le penalty. J’ai l’habitude de les tirer à l’OM. Je me suis bien concentré. Je me suis dit que c’était peut-être ma dernière chance. Là, j’ai acquis pas mal d’expérience.

PF : Dimitri Payet disait qu’avec Marcelo Bielsa, le déclic, c’était la confiance. Et pour toi ?
A.-P.G. :
Perso, je me sens aussi dans la continuité de la saison dernière. Même si je suis plus affûté, avec quatre ou cinq kilos en moins, je suis sur cette dynamique. J’ai été décisif pas mal de fois, pratiquement de janvier à juin, avec une certaine régularité. Après, Marcelo Bielsa a su créer une équipe, donner confiance à tout le monde. Mais il faut bien comprendre aussi que la saison dernière, plusieurs jeunes sont arrivés, pour certains sans aucune expérience de la L1. Ils ne connaissaient pas trop le club très difficile qu’est l’Olympique de Marseille. Cette année, une osmose s’est créée. Le coach y est pour beaucoup, vraiment beaucoup.

PF : La saison dernière, tu termines avec 16 buts. N’as-tu pas l’impression que ta performance n’a pas été reconnue à sa juste valeur ?
A.-P.G. :
C’est lié au fait que l’OM n’a pas réalisé un bon parcours. Finir 6e du championnat, à Marseille, c’est une catastrophe. C’est beaucoup de honte pour les supporters. Aujourd’hui, nous sommes revanchards. On ne lâche rien, même dans les derniers instants. Pour en revenir à mon cas personnel, j’ai marqué 22 buts en 44 matches, soit un but tous les deux matches. Pour moi comme pour certains, c’est une bonne saison. Je sais que j’ai été décisif. Mais c’est la situation du club qui est passée avant tout.

PF : Tu parles de 4 ou 5 kilos en moins. Ces efforts consentis au niveau de ton poids, ils changent quoi concrètement ?
A.-P.G. :
Ils me font réfléchir. J’ai été performant avec des kilos en trop. Si je ne les avais pas eus à ce moment-là, que se serait-il passé ? Ce n’est pas un regret mais une question que je me pose. J’ai mis 24 buts à Toulouse avec un poids proche de celui que j’avais la saison dernière. Cette année, je me sens plus véloce, ce qui ne m’était pas arrivé depuis pas mal de temps. On a dit que j’étais affûté la saison dernière mais ce n’était pas du tout comme aujourd’hui. Je sens que je peux sprinter beaucoup plus, je suis dans les 12-12,5 km de moyenne par match. Pas mal pour un attaquant, non ?

PF : À quoi ça tient, les kilos en moins ?
A.-P.G. :
J’ai eu un déclic. Je suis parti en vacances en Afrique, en Tanzanie, l’été dernier. Tous les jours, on faisait un match avec les Tanzaniens. Deux fois 45 minutes à 2 600 m d’altitude. Je suis revenu très au point. Après, le coach nous a demandé d’être rigoureux. Il y a eu une pesée tous les jours. Il fait très attention à ça. Inconsciemment et instantanément, j’ai séché. Et comme je me sentais bien dans ce nouveau corps, j’ai continué.

PF : Encore les fruits de la méthode Bielsa ? Faut-il un entraîneur étranger pour que les joueurs français se mettent au boulot ?
A.-P.G. :
Non, c’est une question de méthode. Honnêtement. J’ai dit en début de saison que c’était la première fois que ça m’arrivait de travailler comme cela. Tout le monde a compris : « C’est la première fois qu’on travaille. » Non, j’évoquais la méthode.

PF : Et alors, c’est quoi ?
A.-P.G. :
La méthode Bielsa, c’est le souci des moindres détails. Cela se joue à un pas pour un piquet, un centimètre pour un mannequin… Je peux vous dire que ça ne rigole pas pour les joueurs, pour les adjoints, pour les intendants. Voilà, c’est une méthode rigoureuse et pointue chaque jour. Marcelo Bielsa, ça ne ressemble à rien de ce que j’ai pu connaître par le passé. Mais ce n’est pas une question de mentalité française.

PF : Tu étais au coude à coude avec Cristiano Ronaldo au classement des buteurs européens. Ça fait quoi ?
A.-P.G. :
Soyons sérieux. Après, on va se moquer sur les réseaux sociaux ! C’est le plus grand joueur du monde avec Lionel Messi. Ses stats sont éblouissantes depuis le début de sa carrière, il tourne à plus d’un pion par match. Je peux dire quoi, moi ? Je sors du début de saison le plus prolifique de ma carrière. J’ai envie de continuer mais il n’y a pas de comparaison à faire. Aucune, vraiment !

PF : Didier Deschamps est lui aussi un adepte de la méthode. En quoi se différencie-t-il de Bielsa ?
A.-P.G. :
Déjà, il y a plus de jeu avec Deschamps. On a la chance de frapper souvent au but. Il y a des petits jeux, des 5-5, des 9-9. Ça, avec Bielsa, ça ne marche pas. Ces dix jours en équipe de France m’ont fait du bien. Didier Dechamps a tout gagné en tant que joueur et pas mal de choses en tant qu’entraîneur. Il connaît l’exigence du haut niveau. Il a la même. Bielsa, pareil. Il a apporté sa rigueur. Ç’a marché partout où il est passé, les premières saisons. J’espère que pour nous aussi, ça va rigoler.

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