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Alonzo Mourning, les années Georgetown

Avant de devenir « Bad Zo » sous le maillot des Charlotte Hornets, d’être transféré à Miami, de subir une transplantation rénale et de connaître une consécration tardive (champion NBA à 36 ans), Alonzo Mourning fut le pivot des Hoyas de Georgetown. Et il en vit de toutes les couleurs…

Vous connaissez l’histoire de David et Goliath ? Le basket fonctionne avec la même vérité. Une vérité éternelle : personne n’aime Goliath. Demandez donc à Alonzo Mourning, le pivot de Georgetown. Grand, fort et talentueux, il passe ses trois premières saisons de fac à Georgetown University, à se battre contre les étiquettes. « Zo » fut un temps considéré comme le nouveau Bill Russell, la légende des Boston Celtics, peut-être le plus grand pivot de tous les temps (mais on a le droit de lui préférer Kareem Abdul-Jabbar ou Wilt Chamberlain). En cet automne 1991, les recruteurs NBA en sont plutôt à se demander s’il n’est pas le nouveau Bill Cartwright, pivot archi-usé des Chicago Bulls. Ce n’est évidemment pas la même catégorie…
Désormais senior universitaire, Mourning a besoin d’une campagne en béton pour redorer son blason. C’est l’année ou jamais. Fini les fausses notes. Des blessures et l’ombre de Dikembe Mutombo, son partenaire pendant deux ans, ont semé le doute. Conclusion ? Alonzo n’est pas un vrai pivot comparé à Hakeem Olajuwon, David Robinson ou Patrick Ewing, les cadors de l’époque. Sans oublier un certain… Mutombo. Du haut de ses 2,08 m, il ferait peut-être plutôt un ailier fort.
« C’est une saison dure », avouait Mourning au « Washington Post » au printemps précédent. Il dressait alors le bilan d’une année débutée comme All American et terminée dans la troisième équipe de la Conférence Big East. Avec, à la clé, des stats tout à fait moyennes, voire médiocres, pour un joueur de son calibre : 15.3 points et 7.2 rebonds.
« L’adversité, les blessures et les périodes de doute ont favorisé mon cheminement vers la maturité. Comme tout jeune joueur, j’apprends. Je prends des coups et je me relève. Je pense qu’il vaut mieux que cela arrive maintenant que plus tard, une fois que j’aurai intégré le milieu professionnel. »
Alonzo était un grand gamin dans une petite ville du Sud-Est de la Virginie, Indian River. Il participe au Five Star Basketball Camp, l’une de ces nombreuses institutions d’été qui fabriquent ou détruisent les réputations des lycéens. Mourning réalise un festival de contres. C’est une véritable muraille. C’est suffisant à l’époque pour qu’on le compare à Bill Russell et Wilt Chamberlain, les deux meilleurs pivots que la NBA ait connus avant l’arrivée d’Abdul-Jabbar. Ainsi naquit le mythe.
« La première fois que j’ai entendu les gens parler de moi en bien, c’était en high school. J’étais grand et ils attendaient énormément de moi. Les coaches me disaient que j’avais intérêt à mûrir très vite car ma réputation était en train de grandir. »

Une relation trouble avec un criminel
Quand Mourning arrive à Georgetown en 1988, il semble prêt à enfiler le costume sur mesure de son prédécesseur, le grand Pat Ewing. Alonzo est confiant, positif, libre. Que se passe-t-il donc ensuite ? Les Princeton Tigers, l’une des équipes les plus faibles de la « March Madness » 1989, le ridiculisent dans une victoire d’un point au 1er tour (50-49). Une semaine plus tard, un certain Christian Laettner le domine outrageusement. Duke balaie Georgetown dans l’Elite Eight (85-77).
Les malheurs de Mourning ne se limitent pas au parquet. L’automne suivant, avec son coéquipier John Turner, il défraie la chronique. La source du buzz ? Leurs relations avec Rayful Edmond III, un criminel notoire qui passera le reste de sa vie en prison pour trafic de drogue et meurtre. John Thompson, le célèbre coach des Hoyas, risque sa vie pour éloigner le fameux Edmond de son poulain.
Vient alors l’épisode Mutombo. Le Zaïrois débarque dans la capitale fédérale en provenance de son Afrique natale. Il est là pour se faire une place dans la jungle des basketteurs universitaires américains. Mourning est rapidement obligé de partager avec lui la position de pivot et le statut de star de l’équipe. « Zo » adore Dikembe mais ces deux années d’amitié retardent sans nul doute sa progression. L’évolution rapide de Mutombo au poste 5 décale Mourning sur l’aile. Un poste inconnu pour lui. Un brin fataliste, Alonzo se dit victime des circonstances plus qu’autre chose.
« Tout ce qui a été écrit sur moi ne m’a pas dérangé. C’est un honneur d’avoir été comparé à Pat Ewing. Cependant, il est impossible de nous classer dans la même catégorie. Pat a participé à trois Final Four et moi à aucun. »
John Thompson est persuadé que cette saison 1991-92 sera l’année Mourning. Alonzo a surmonté les difficultés. Il sera le seul pivot de l’équipe après le départ de Dikembe Mutombo chez les pros. A sa façon, Thompson l’a placé devant ses responsabilités. Sera-t-il le grand pivot attendu des années à venir ? Lui semble avoir déjà trouvé la réponse : « Je ne suis pas un vrai pivot, j’en suis sûr. C’est néanmoins dans la raquette que je me sens le plus à l’aise. Provoquer des fautes, prendre des coups sur la tête et me retrouver tranquillement sur la ligne des lancers francs, c’est mon jeu. C’est comme cela que je mériterai mon argent. »
Georgetown sera éliminé au second tour de la « March Madness » 1992 par Florida State (78-68). Alonzo Mourning est retenu en 2e position de la draft suivante, derrière Shaquille O’Neal et devant Christian Laettner.

Christophe DEROLLEZ / MONDIAL BASKET

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