Basket

Alonzo Mourning, Good Mourning America !

Alonzo Mourning avait été retenu en 2e position de la draft 1992 derrière Shaquille O’Neal. C’est à ses côtés qu’il s’adjugea le titre NBA, au crépuscule de sa carrière. Pivot robuste et accrocheur, « Zo » s’est imposé comme l’un des meilleurs défenseurs au poste 5. Il a aussi forcé l’admiration en revenant au jeu après avoir subi une transplantation rénale.

Le mot anglais est « tough ». Dur. Si un pivot a incarné la dureté et la détermination en NBA dans les années 90, c’est bien Alonzo Harding Mourning. Véritable guerrier des raquettes, l’élève de John Thompson à Georgetown s’imposa comme l’un des meilleurs pivots défensifs de la Ligue. Un vrai. Peu ont réellement efficaces en un contre un (Olajuwon, Mutombo). « Zo », lui, fut un véritable rempart sous le cercle. Massif. Musclé. Rugueux. Terriblement coriace. Un véritable mur de briques. A la mobilité, il ajouta une puissance brute phénoménale. Force, vitesse, agilité, technique : tout y était. Sans doute aurait-il été un intimidateur encore plus efficace avec quelques centimètres supplémentaires (il ne mesurait « que » 2,08 m pour 111 kg). Dans ses premières années, Mourning fut un attaquant tout aussi respectable et respecté.
Le futur champion du monde et champion olympique naît en février 1970 en Virginie. Ses parents, Alonzo Sr et Julia, divorcèrent quand il avait 12 ans. Le petit « Zo » est placé dans une famille d’accueil. Une famille très, très nombreuse : en plus de ses deux gamins, Fannie Threet aide à en élever… 49.
« Je suis béni d’avoir rencontré quelqu’un comme elle, dira le n°2 de la draft 1992. Elle m’a donné l’amour dont j’avais besoin, pas seulement pour bosser dur sur un parquet mais aussi pour devenir une bonne personne. J’aime profondément mes parents mais Fannie m’a guidé à chacun de mes pas dans la vie. Son message était toujours le même : « You can do it ». »

Une relation trouble avec un dealer
C’est dans son année junior au lycée que ses potes commencent à l’appeler affectueusement « Zo ». Cette saison-là, son bahut, l’Indian River High School, au Sud-Est de la Virginie, remporte le championnat. Ses stats personnelles : 21.8 points, 11 rebonds, 9.6 contres ! A la maison, le téléphone sonne à toutes les heures de la journée… Tout les facs veulent Mourning. Alonzo hésite à rejoindre Georgetown. John Thompson finit de le convaincre en l’invitant au camp de préparation des J.O. 1988. C’est le seul lycéen intégré au roster américain. Il n’est pas retenu pour l’aventure en Corée du Sud mais sa décision est prise. Direction Washington où il étudiera la sociologie et marchera sur les traces de Patrick Ewing.
« Zo » devient rapidement le pivot starter des Hoyas mais il a maille à partir avec la police à cause de sa relation avec Rayful Edmond III, un dealer qui purgera une peine de prison à vie pour avoir vendu de la cocaïne. John Thompson risque sa vie pour éloigner Edmond de son protégé. Il lui faut ensuite composer avec la concurrence de Dikembe Mutombo auquel il rend 10 cm. Thompson tranche… en alignant ses « Twin Towers », avec Alonzo décalé en 4. « Je ne suis pas un vrai pivot, admet le premier intéressé, mais c’est dans la raquette que je me sens le mieux. »
Mourning décide d’aller au bout de son cursus pour compléter son bagage. Au cours de l’été 1991, comme souvent, il s’entraîne avec Dikembe Mutombo et Patrick Ewing, glorieux ancien de la fac. Durant l’exercice suivant, l’intérieur de Georgetown est inarrêtable (21.3 pts, 10.7 rbds, 5 cts). Elu MVP de la conférence Big East et Défenseur de l’année, il devient le deuxième Hoya après Ewing à compiler plus de 2 000 points et 1 000 rebonds en NCAA.

Il refuse les comparaisons avec le Shaq
Deuxième de l’histoire au nombre de contres, 3e aux rebonds et 4e aux points, Mourning aurait fait un indiscutable n°1 de draft sans la présence d’un autre phénomène universitaire, Shaquille O’Neal. En juin 1992, il est retenu derrière le Shaq. Destination Charlotte. Nike lui offre un petit pactole de 12 M$. Longtemps, les comparaisons entre O’Neal et Mourning fleuriront. Puissance, taille et force brute pour l’un. Rapidité, agilité et dimension athlétique pour l’autre.
On veut en faire les nouveaux Wilt Chamberlain et Bill Russell. En réalité, il y a un peu de tout ça chez les deux. L’un fait dans le spectaculaire, l’autre dans le rugueux. Mourning refusa les comparaisons. Il ne voulait pas entendre parler de rivalité. Il ignorait évidemment que tous deux deviendraient champions ensemble, en 2006 à Miami. Pour l’anecdote, ils furent brièvement réunis avec le n°3 de cette draft 1992, Christian Laettner, toujours en Floride. A leur arrivée en NBA, O’Neal remporte la bataille médiatique mais Mourning a ses fans parmi les spécialistes. C’est son efficacité qui séduit.
Deuxième dans l’élection du Rookie de l’année 1993 (21 pts, 10.3 rbds), il offre à la franchise de Caroline du Nord, avec Muggsy Bogues et Larry Johnson, sa première victoire en playoffs (3-1 contre Boston). Les Frelons n’ont pas le bourdon : au début des années 90, la jeune équipe de Charlotte s’attire les faveurs d’une génération entière d’Américains. Tout le monde en pince pour « Zo », « L.J. » et le plus petit meneur jamais vu en NBA. Les maillots font un carton. Le Hornet est définitivement tendance, la « Charlottemania » bat son plein.
Mourning confirme son statut l’année suivante en finissant n°1 de l’équipe aux points, aux rebonds et aux contres. Seule une blessure l’empêche de fêter sa première sélection All-Star. Consolation avec le titre mondial au Canada, au sein de la « Dream Team » II. Chez les Hornets, on affirme qu’il aurait drafté au 1er rang si la franchise avait eu le first pick. Au détriment du Shaq. C’est dire si le staff est content de lui.

Pat Riley : « Il incarne tout ce que nous voulons »
En 1994-95, Charlotte signe la meilleure saison de sa jeune existence (50-32). Les joueurs d’Allan Bristow s’inclinent au 1er tour des playoffs face au Chicago du revenant Michael Jordan. Une série qui voit « Zo » tourner à 22 pions et 13.3 prises. En coulisses, cela fait plusieurs semaines que le torchon brûle entre Mourning et Johnson. De son côté, le front office n’arrive pas à obtenir un accord de son pivot pour une prolongation de contrat. Plutôt que de prendre le risque de le voir filer sans contrepartie, Charlotte boucle un échange avec Miami. Alonzo est échangé contre Glen Rice dans un blockbuster deal. Pat Riley a été engagé au cours du même été. Le Heat veut croire que ces deux arrivées placent la franchise sur la voie du titre NBA. Il n’en sera rien.
L’équipe se renforce méthodiquement – Voshon Lenard arrive en décembre 1995, Tim Hardaway en février 96, Dan Majerle en août 96, Jamal Mashburn en février 97 – mais elle capitule deux fois contre Chicago. Puis c’est au tour de New York de jouer les bêtes noires (3-2 au 1er tour en 98 et 99 avec, dans le deuxième cas, le 8e « seed » à l’Est). Que reprocher à un pivot qui tourne, durant la saison écourtée par le lock-out, à 20.1 points, 11 rebonds et 3.9 contres (n°1 NBA) ? Riley affirma :
« Alonzo est un derviche tourneur, un cyclone fait basketteur. Il incarne tout ce que nous voulons pour cette équipe : la passion, l’engagement, l’agressivité, l’endurance. Ce ne sont pas de vagues concepts que vous essayez d’inculquer à vos joueurs. Il nous suffit de leur dire : « Regardez Zo ». »

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Au sortir d’une nouvelle campagne frustrante (3-4 face aux Knicks en demi-finales) qui lui permet malgré tout d’empocher un deuxième titre de Meilleur défenseur de la Ligue, Mourning s’en va décrocher l’or olympique à Sydney. Avec un Tim Hardaway sur la pente descendante et malgré l’abattage d’Eddie Jones en attaque, l’avenir s’annonce inquiétant du côté de South Beach. Le n°33 est désormais trentenaire.
En 2001-02, il signe sa plus petite moyenne aux points (17.3), sa deuxième plus mauvaise aux rebonds (9.3) et sa troisième plus mauvaise aux contres. Pour la première fois depuis son arrivée en Floride, l’équipe loupe les playoffs (36-46). La vérité, c’est que Mourning combat une insuffisance rénale peut-être provoquée par une prise d’inflammatoires trop importante et diagnostiquée deux ans plus tôt. Elle provoqua une première absence de cinq mois (13 matches seulement). Son état empirant, « Zo » doit faire l’impasse sur la totalité de l’exercice 2002-03. Son contrat, arrivé à échéance, n’est pas prolongé.

Le titre après la transplantation rénale
Le champion du monde et champion olympique s’engage à New Jersey pour 4 ans mais doit à nouveau s’éclipser en novembre 2003. Le 19 décembre, il bénéficie d’un transplantation grâce à un rein donné par son cousin Jason Cooper, un Marine à la retraite qui ne l’avait pas vu depuis 25 ans et qui ne le connaissait que par le biais du basket (Pat Ewing s’était proposé). Comme Sean Elliott qui souffrait du même mal, Alonzo reprend sa place sur le terrain. Après le départ de Kenyon Martin, il évoque un départ avec de plus en plus d’insistance. Tradé à Toronto courant décembre 2004 dans l’échange qui envoie Vince Carter chez les Nets, il est dégagé de son contrat.
« Zo » retourne en Floride, payé au minimum syndical. Engagé comme back-up du Shaq, il lui arrive d’évoluer aux côtés de celui qui l’avait précédé dans la draft 1992. Sur 20 minutes et 65 matches en 2005-06, sa contribution reste appréciable (7.8 pts, 5.5 rbds). Son courage, l’intensité de son jeu et sa défense toujours intraitable lui valent un nouveau surnom, « The ultimate warrior », le guerrier ultime. Shaq, qui fut déjà son coéquipier pour le Mondial 1994, en fait « (son) frère et (son) bodyguard ». En dépit de son temps de jeu limité, Mourning se classera 3e de la Ligue aux blocks (2.66). Porté par un magnifique Dwyane Wade, Miami renverse Dallas en Finales NBA. Dans le Game 6, celui de la victoire, Mourning se fend de 8 points, 6 rebonds et 5 contres.
Approché par San Antonio, il décide, à 36 ans, d’effectuer une 15e et dernière saison dans son équipe de cœur. Courant décembre, quatre ans après sa transplantation réussie, il se blesse au genou droit. Dernière année limitée à 25 matches. En janvier 2009, il annonce sa retraite à 38 ans. « Physiquement, j’ai le sentiment d’avoir donné tout ce que je pouvais à ce jeu. » C’est le premier joueur du Heat dont le maillot sera retiré.
Intraitable sur un parquet, « Zo » était une crème en dehors. Ce fut l’un des joueurs les plus engagés dans la lutte contre les abus touchant les enfants. Il s’est impliqué dans de très nombreuses œuvres caritatives, notamment en faveur des quartiers défavorisés autour de Charlotte. En 1994, il voyagea en Afrique avec Mutombo et Ewing pour diriger des clinics et visiter des écoles. Il se rendit à Haïti au début de l’année 2010 après le tremblement de terre qui fit plusieurs dizaines de milliers de morts. Avec sa femme Tracy, il a eu deux fils et une fille. Il a été engagé par Miami en janvier 2009 pour s’occuper du développement des joueurs.

Alonzo Mourning ID
Age : 41 ans
2,08 m, 118 kg
Draft : 2e choix par Charlotte en 1992
Equipes : Charlotte (1992-95), Miami (1996-02), New Jersey (2003-04), Miami (2005-08)
Moyenne : 17.1 pts, 8.5 rbds, 2.8 pds
Palmarès :
Champion NBA 2006
7 fois All-Star
2 fois Défenseur de l’année
1 fois All-NBA First Team
1 fois All-NBA Second Team
2 fois All-Defensive First Team
Champion du monde 1994
Champion olympique 2000
Médaille de bronze au championnat du monde 1990

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