Étranger

Alexis Sanchez, le piment du Barça

Il a débarqué sur la pointe des pieds mais n’a pas tardé à s’imposer. Normal, il parle la même langue. Au Barça, le Chilien Alexis Sanchez ne dépareille pas. Bien au contraire.

C’était l’été dernier. Le Barça venait, une nouvelle fois, de tout rafler. Lionel Messi avait éclaboussé la finale de la Ligue des champions contre Manchester à Wembley (3-1) et personne, franchement, ne voyait quel joueur venu d’ailleurs pourrait prendre la place d’un des onze illuminés. Encore moins en attaque où, à la limite, il fallait être fou pour changer quelque chose. Non, pas possible, pas la peine d’insister. C’est à ce moment-là que, sur la page d’accueil de son site Internet, le Barça créa le méga buzz. « Udinese et le FC Barcelone ont trouvé un accord pour le transfert d’Alexis Sanchez. L’opération se monte à 26 millions d’euros, agrémentée de divers bonus d’un montant total de 11,5 millions. » Soit plus de 35 millions pour un attaquant de 22 ans, un Chilien qui ne ressemblait ni à Marcelo Salas, ni à Ivan Zamorano.
Un peu buteur, un peu ailier. 1,68 m, pas forcément petit (Messi fait 1,69 m), surtout pas grand. Une somme rondelette en tout cas, pour ne pas dire plus, pour un joueur dont on ne savait pas grand-chose en fin de compte. C’était l’été dernier et Alexis découvrait son nouvel univers, à l’échelle du club, surdimensionné. « J’arrive à Barcelone en ayant conscience du fait que je vais évoluer avec les meilleurs footballeurs du monde. Messi, Xavi, Iniesta et les autres sont tous excellents. Je veux parvenir à ce niveau rapidement. Pep Guardiola est un entraîneur qui aime le jeu. Il veut que son équipe développe un football agréable à voir. Je suis vraiment impatient de jouer avec le Barça. » C’était il y a une éternité.

Un tempérament bouillant
A 23 ans (il les a eus le 19 décembre dernier), c’est tout juste si Alexis Sanchez ne fait pas figure d’ancien dans le collectif catalan. Arrivé sur la pointe des pieds, il n’a pas tardé à poser sa patte. C’est tout juste s’il n’a pas fossilisé ses crampons dans l’eden du Camp Nou. Fallait oser. Mais c’était mal le connaître que de l’imaginer rester en retrait. Depuis toujours, partout où il passe, Alexis en impose. Question de tempérament. « Au Chili, quand j’étais tout petit, je jouais au foot dans la rue. On organisait des matches de quartier. C’était des terrains de fortune entre les murs et les trottoirs. C’est là que j’ai le plus appris. Tout au long de ces années, j’ai joué avec des gars plus âgés que moi. Il m’est arrivé de leur rentrer dedans. Comme ils n’arrivaient pas à me prendre le ballon, ils me donnaient des coups. Ça me motivait encore plus. Et ça m’a endurci. »
Après tout, qu’est-ce que l’immensité du Camp Nou et de son nouveau défi comparée à la micro-jungle urbaine (un peu plus de 20 000 habitants mais une jungle quand même) de Tocopilla, au Nord du Chili, où il est né et où il a grandi ? « Je passais mon temps à jouer. Je ne regardais pas les matches à la télé, je ne prenais du plaisir que balle au pied. » Le bougre n’a pas à se plaindre : il devient pro à 16 ans, brille au championnat d’Amérique du Sud des U17 (un doublé contre le Pérou) et découvre la Roja à 17 ans et 4 mois (le 27 avril 2006, victoire 1-0 contre la Nouvelle-Zélande). « Mais j’ai toujours dû me battre pour avoir ma place sur le terrain », tient-il à préciser.
Devenu le maillon fort du Deportes Cobreloa, Alexis Sanchez attire l’attention de nombreux clubs, curieux de voir un talent si jeune titulaire indiscutable en Première division. Les Italiens de l’Udinese, qui flairent mieux le coup que les autres, le font signer alors qu’il compte à peine une saison pro dans les pattes. Prêté au mythique Colo Colo de Santiago, Alexis découvre la capitale. Nouvelle échelle, même talent. Il participe grandement aux titres 2006 et 2007 et s’installe pour de bon en sélection. C’est le symbole, avec Matias Fernandez et Arturo Vidal, de la nouvelle génération de la Roja, trop longtemps orpheline de Marcelo Salas et Ivan Zamorano.

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Alexis Sanchez hisse Colo Colo en finale de la Copa Sudamericana (l’équivalent de la Ligue Europa) puis participe à la Copa Libertadores (celui de la Ligue des champions) la saison suivante avant de migrer, toujours prêté par l’Udinese, vers Buenos Aires. Cette fois, c’est le mythique maillot de River Plate qu’il enfile (23 matches, 4 buts). A la clé, un succès dans le tournoi de clôture du championnat d’Argentine. Le jugeant à point, les dirigeants de l’Udinese le rapatrient lors de l’été 2008. Alexis découvre la Botte et la Coupe d’Europe (9 matches de Ligue Europa lors de sa première saison). Il claquera 20 buts en trois saisons et 95 rencontres de Calcio.
Belle moyenne pour un attaquant multifonctions qui n’évolue pas seulement en pointe. Le meilleur joueur de Série A la saison dernière a débarqué au Barça après avoir disputé la Copa America (quart de finale, éliminé par le Venezuela 1-2) en juillet. Un an plus tôt, il s’était hissé en 8es de finale de la Coupe du monde en Afrique du Sud (0-3 face au Brésil). Jamais rassasié. « Je veux toujours jouer. C’est sur le terrain que je me vide la tête. »
En Catalogne non plus, Alexis ne perd pas de temps pour trouver sa place dans un collectif pourtant bien léché. Gérard Piqué donne des explications : « Par ses déplacements, sa vitesse et l’attention que lui accorde les adversaires, Alex ouvre des espaces. Cela profite à Leo (Messi), ça lui donne un peu d’air. Avant, les défenseurs se focalisaient souvent sur Leo. Aujourd’hui, c’est moins vrai, ils doivent garder un œil sur un autre joueur presque aussi talentueux. »

Guardiola : « C’est un garçon qui aime faire des efforts »
Dans le jeu si particulier du Barça où l’attaquant de pointe peut mesurer 1,68 m puisque le ballon, aimanté, ne quitte pratiquement jamais le sol, Sanchez offre une alternative plus qu’intéressante. Prioritaire. C’était la priorité de Pep Guardiola au printemps dernier (les négociations avec l’Udinese ont duré plusieurs mois). Le coach catalan se justifie : « Alex nous donne beaucoup de profondeur. Ce n’était pas facile pour lui de s’adapter à notre culture en venant du Chili et du football italien. Mais il a prouvé sa valeur, inestimable, de façon éclatante. Et puis il ne rechigne pas à travailler en défense. C’est un garçon qui aime faire des efforts sur un terrain. »
Si la blessure de David Villa (le meilleur buteur de l’histoire de la sélection espagnole s’est fracturé le tibia lors du Mondial des clubs, contre Al-Sadd, en décembre dernier) a redistribué les cartes, la valeur ajoutée Alexis Sanchez reste la même. Dès le début de la saison 2011-12, Guardiola lui avait ouvert les portes du onze-type au détriment de Villa. Aussi à l’aise en pointe que sur le côté, le Chilien aime autant permuter que percuter, tricoter que provoquer. Comme s’il avait été programmé à la naissance pour le 4-3-3 du Barça. « C’est vrai, j’aime jouer dans les trois positions devant, dans l’axe ou sur le côté. Je peux m’adapter à n’importe laquelle de ces situations. Messi porte le n°10 mais joue comme un avant-centre. Au Barça, peu importe le numéro sur le maillot : tout le monde change tout le temps de position. »
Vu sous cet angle, le garenne de Tocopilla ne pouvait que s’épanouir dans le terrier du Barça. Et si le coût exorbitant de son transfert a tranché avec son apparente timidité et la réserve de ses premiers pas, plus personne ne se souvient aujourd’hui du tarif en question. C’est le prix de l’alternance qu’il offre dans les plans de Guardiola. L’addition de ses talents. Neuf catalan.

Vu par Gérard Piqué
« Alexis crée une étincelle. Il est très rapide, très bon en un contre un. Il participe toujours à l’effort défensif. Ses caractéristiques sont différentes de celles de Léo Messi et Pedro. »

A fond sur la Ligue des champions
Alexis Sanchez cumule les titres depuis son arrivée en Catalogne l’été dernier : Supercoupe d’Espagne, Supercoupe d’Europe, Mondial des clubs (il était blessé pour cette compétition). Et il en redemande. « Je suis très content des trois titres gagnés mais j’en veux plus. Je ne compte pas m’arrêter là et l’équipe non plus. »

Alexis Sanchez en short
■ Né le 19 décembre 1988 à Tocopilla (CHI)
■ 1,68 m, 62 kg
■ Attaquant
■ Roadbook : Cobreloa Calama (CHI, 2005-06), Colo Colo (CHI, 2006-07), River Plate (ARG, 2007-08), Udinese (ITA, 2008-11), Barcelone (ESP, depuis 2011)
■ International A (Chili), première sélection : le 23 avril 2007, Chili-Nouvelle-Zélande (1-0)
■ Palmarès
Vainqueur du Mondial des clubs 2011 avec Barcelone
Vainqueur de la Supercoupe de l’UEFA 2011 avec Barcelone
Vainqueur du Tournoi de clôture du championnat du Chili 2006 avec Colo Colo
Vainqueur du Tournoi d’ouverture du championnat du Chili 2007 avec Colo Colo
Vainqueur du Tournoi de clôture du championnat d’Argentine 2007 avec River Plate
Vainqueur de la Supercoupe d’Espagne 2011 avec Barcelone

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