Équipe de France

Alexandre Lacazette, le changement, c’est maintenant (1/2)

Freiné par une déchirure à la cuisse, Alexandre Lacazette, meilleur buteur du championnat, bouscule les codes autant que les chiffres. Plus belle promesse hier, référence ultime aujourd’hui. Le changement était espéré, il est spectaculaire. Décryptage.

On jouait la 34e minute à Gerland et l’Olympique Lyonnais menait 1-0, tranquille et à l’abri, déjà, grâce à un penalty de son golden boy. Pour la 21e fois de la saison, Alexandre Lacazette avait frappé. Sur penalty. Pas le plus dur mais toujours aussi sûr. Un appui qui s’arrête et un intérieur du pied tout en maîtrise. Cédric Carrasso pris à contre-pied. Ouverture du score. Un péno comme un tournant dans ce match puisque les Lyonnais étaient mal à l’aise face au bloc équipe messin. Et plutôt pas malheureux sur un ou deux contres des hommes d’Albert Cartier qui auraient mérité meilleur sort. Simple coulée froide dans le dos pour l’OL.
Et puis à la 27e, Alexandre a encore fait parler sa classe. En une touche de balle, à la réception d’une transversale aérienne et venant de l’opposé, bref pas un ballon tout cuit. Alex remet dans la course de Rachid Ghezzal, une balle comme une offrande. Une passe en or, millimétrée et dans la surface, mais pas une passe décisive puisque Ghezzal est déséquilibré sur sa prise d’appuis par Guido Milan, l’Argentin. Penalty et double peine, carton rouge. Un peu cher payé pour les Lorrains mais l’illustration, une nouvelle fois, de l’emprise assez saisissante de l’ami Alex sur les destinées lyonnaises depuis quelques mois.
A 0-1 et à dix contre onze, il aurait fallu un sacré malentendu pour que les Lorrains reviennent dans la partie. Sur une frappe lointaine de Corentin Tolisso, l’OL l’emportera 2-0. Lyon prendra 4 points d’avance en tête du classement sur ce coup. Un matelas. Un peu d’air frais en tête mais un matelas zébré par la mauvaise nouvelle du jour. A la 34e minute, soit sept, exactement, après son offrande pour Ghezzal, Lacazette a quitté la pelouse, la cuisse endolorie et la tête des mauvais jours. Qui voulait tout dire. Il avait déjà compris. Les examens passés le lendemain préciseront la nature de la blessure et la sentence : au moins trois semaines d’arrêt. Mais c’est toujours pareil avec les ischio-jambiers. Les évolutions sont très aléatoires, tout peut relâcher très vite.

Homme de pointe, attaquant de rupture, buteur, passeur
Méfiance et extrême prudence, donc. Trois jours plus tard, l’OL se fendra quand même d’un communiqué : « Alexandre Lacazette présente une petite désinsertion musculo-aponévrotique de l’ischio-jambier sans signe de gravité. Il passera des examens complémentaires en début de semaine prochaine afin de déterminer la date de son retour à l’entraînement. » On est bien sûr que c’est « sans gravité » mais on « passera des examens complémentaires la semaine prochaine ». Toujours cinq étoiles, la communication “Ferme les yeux que j’tembrouille” à la sauce OL, enfin, à la sauce Jean-Michel Aulas. Peu importe, l’essentiel est ailleurs. Et l’essentiel est blessé.
Depuis le début de la saison, l’essentiel de Lyon, c’est Alexandre Lacazette. Homme de pointe, attaquant de rupture, buteur, passeur… Tandis que le club passait son temps à s’inquiéter de l’absence de Clément Grenier, opéré des adducteurs, et de la fragilité chronique de Yoann Gourcuff, plus gros salaire de l’infirmerie de l’histoire du club – et peut-être de France, voire de Navarre -, un leader presque inattendu sortit la tête de l’eau. Puis le tronc. Puis le corps tout entier, pour s’imposer et entraîner l’équipe derrière lui.
On avait deviné le potentiel la saison dernière, notamment à l’approche de la Coupe du monde, quand Didier Deschamps l’avait pris parmi les sept réservistes en mai et que bon nombre d’observateurs l’envoyaient directement dans les 23. « Lacazette, c’est le joueur du championnat qui se crée le plus d’occasions, entendait-on dans les coursives des stades. Personne, aujourd’hui en France, n’est capable de faire autant de différences dans les défenses. » Avec 15 buts au compteur, il finit la saison à une unité du podium des meilleurs réalisateurs, trusté par Zlatan Ibrahimovic, tout seul, tout en haut (26 buts). On trouvait une armée de poursuivants à 16 (André-Pierre Gignac avec l’OM, Salomon Kalou avec Lille, Wissam Ben Yedder à Toulouse, Vincent Aboubakar à Lorient et Edinson Cavani à Paris). Absent du podium mais pas de l’opinion, Alexandre avait marqué son territoire aux côtés de Bafétimbi Gomis, buteur à quatorze reprises. Qui avait largement profité de son travail de sape pour récolter les lauriers. Mais ça, c’était avant.

Une adresse diabolique, pied droit ou pied gauche
Bafé est parti à Swansea, dans une espèce de no man’s land sans solution pour lui. Pendant ce temps, Lacazette a pris la place à l’OL. Leader en chef et un peu plus que ça. Leader naturel en fait. Et, nouveauté cette saison, buteur addict. Le Lyonnais n’est plus seulement « celui qui se crée le plus d’occasions ». Il les met. Et ça change tout. Pour Luis Fernandez, l’attaquant lyonnais est dans une progression constante, « tant dans le contenu que dans le rendement. Il se montre de plus en plus efficace, il s’affirme, il grandit en prenant confiance en lui. C’est un garçon qui a toujours beaucoup travaillé, on le voit bien aujourd’hui parce que c’est le joueur qui cadre le plus dans le championnat de France (ndlr : voir dans la partie 2 à paraître demain). Hier, il se créait beaucoup d’occasions, prenait bien les espaces. Aujourd’hui, il va au bout et il plante but sur but. Très rapide de jambes, il sait se situer très vite dans la surface. Il a une adresse diabolique, pied droit comme pied gauche. Et il peut encore progresser. Quand tu commences à marquer but sur but comme il le fait cette saison, tu ne doutes plus. Et c’est très important pour un attaquant. Une saison comme celle-là change tout dans une carrière. Il est meilleur buteur d’un championnat dans lequel jouent Zlatan, Cavani, Berbatov, Gignac. Ce n’est pas n’importe quoi. Il fait partie des meilleurs buteurs européens. »
L’Olympique Lyonnais, qui a vécu caché pendant les premiers mois de la compétition, n’a plus trop le choix. À force d’être porté par un Lacazette en feu (voir les infographies dans la partie 2, à paraître demain), arrivé à un certain point, c’est physique, c’est chimique, c’est obligatoire : on s’enflamme. A coups de triplé, à force de doublés, à trop marquer, quoi, Alexandre a hissé l’OL jusqu’à la première marche du classement. Ce qui n’est pas pour déplaire, évidemment, à Hubert Fournier, le coach rhodanien, qui loue le talent du bonhomme.
« Alex tire la quintessence de son potentiel et de son talent. Grâce à tout le travail qu’il effectue mais aussi grâce à celui de ses partenaires, qui bossent bien autour de lui. Collectivement, on retire les fruits de ses performances et de son efficacité. On le gère du mieux possible, on l’accompagne dans son évolution, comme c’était déjà le cas l’année dernière avec Rémi (Garde). Moi, j’ai repris le flambeau, c’est la continuité. On est attentif, on le suit de la meilleure des façons, à la fois sur le plan technique et dans son évolution en tant qu’homme. Il a trouvé l’atmosphère dans laquelle s’épanouir. »
Alors forcément, quand on lui parle mercato et toutes ces sortes de choses, l’entraîneur de l’OL préfère la jouer catégorique. « Ce n’est pas à moi de fixer les prix mais Alexandre est l’un des meilleurs attaquants européens à l’heure actuelle. Je vois que l’attaquant de Swansea, Wilfried Bony, est parti à Manchester City pour 40 millions d’euros. Ça donne la fourchette avec laquelle le club peut valoriser son joueur. Après, sachant que le président n’est pas vendeur, on ne va pas parler de chiffres. » Euh… c’est un peu tard, Hubert.

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