Étranger

Alex Ferguson, bye-bye and thank you !

Après plus de 26 ans de très bons et très loyaux services sous la bannière des Red Devils, Alex Ferguson a décidé de tirer sa révérence. C’est un monstre sacré et consacré qui s’en est allé. Remember.

Il était un peu plus de 9 heures du mat’ le 8 mai quand la nouvelle est tombée laconiquement sur le compte Twitter de Manchester United : « Sir Alex Ferguson prend sa retraite ». Une heure après l’annonce, 1,5 million de tweets (!) avaient été postés sur le sujet. Plus tôt dans la journée, l’intéressé avait pris soin d’avertir son staff puis ses joueurs de sa résolution. Qu’il expliqua ainsi, via un communiqué : « Il ne s’agit pas d’une décision prise à la légère. J’y ai beaucoup réfléchi. C’est le bon moment. Il était important pour moi de laisser le club dans la meilleure situation possible et je crois que c’est le cas. La qualité de cette équipe, vainqueur du championnat, et l’équilibre entre les âges dans le groupe sont de bon augure pour continuer à rencontrer le succès au plus haut niveau, tandis que notre centre de formation permettra au club de rester l’un des plus brillants qui soit sur le long terme. Nos conditions d’entraînement sont parmi les plus performantes qui existent et notre maison, Old Trafford, est regardée comme l’une des plus belles dans le monde. » « Fergie » n’a pas oublié de remercier tous les joueurs, staffs et collaborateurs qui l’ont accompagné durant ses 26 ans et demi.

Pendant ses 26 ans et demi de règne à MU, le Real Madrid a consommé 26 entraîneurs !
Oui, 26 ans et demi au sein de la Maison Rouge ! Alex Ferguson s’était installé dans le Nord de l’Angleterre voilà plus d’un quart de siècle – précisément le 5 novembre 1986, pour prendre la succession de Ron Atkinson. Sa longévité à un poste aussi exposé, surtout au plus haut niveau, s’apparente à une anomalie de l’histoire. Il y a là quelque chose d’irrationnel, complètement hors normes. A titre de comparaison, dans le même laps de temps, les Espagnols du Real Madrid ont consommé la bagatelle de 26 entraîneurs !
Ferguson peut s’enorgueillir d’avoir décroché 38 titres à la tête des Red Devils, dont la plus prestigieuse des épreuves de clubs, la Ligue des champions, remportée deux fois. Ajoutez la Coupe des vainqueurs de Coupe, aujourd’hui disparue, la Coupe Intercontinentale ou encore le Mondial des clubs. On continue ? Treize titres de champion d’Angleterre et cinq succès dans l’emblématique Cup, sorte de raout du foot anglais. On pourrait aussi évoquer la dizaine de trophées raflés précédemment, alors qu’il dirigeait les Ecossais d’Aberdeen. A la tête de ce club, il remporta la Coupe des vainqueurs de Coupe et mit entre parenthèses la domination des deux grands teams de Glasgow, les catholiques du Celtic et les protestants des Rangers. En un mot, c’est un dinosaure qui s’en va à 71 ans.
« Fergie », comme on le surnomme, est né à Glasgow en 1941. Dans cette ville reconstruite après guerre (suite aux bombardements allemands) de manière totalement chirurgicale, à grands coups de rues se croisant de façon tristement linéaire, le jeune Alexander s’est forgé une carapace. Il grandit dans le quartier plombé de Govan, près de la rivière Clyde, où son père travaillait comme ouvrier sur les chantiers navals. Lui-même y a bossé jusqu’à 23 ans, en tant qu’apprenti, alors qu’il était déjà semi-professionnel. De cette période de jeunesse, le bonhomme a gardé quelques certitudes et autant de convictions : le goût de l’effort – on n’arrive à rien sans rien – et un soutien indéfectible au Labour Party qui a toujours incarné, à ses yeux, les valeurs qu’il défendait.
Aujourd’hui encore, c’est l’un des principaux donateurs du Parti Travailliste, bien qu’immensément riche, avec une fortune qui le met à l’abri des plus cruelles dévaluations de la livre sterling. Le jeune retraité est propriétaire de plusieurs chevaux de course – l’une de ses grandes passions – et notamment du fameux Rock of Gibraltar, vainqueur des réputés « 2000 Guineas Stakes » en 2002. Ferguson est proche de l’ancien Premier ministre Tony Blair. Celui-ci l’aurait encouragé à se présenter aux élections municipales de Manchester en 2000. Alex, devenu « Sir Alex » l’année précédente après avoir été anobli par la Reine pour services rendus au football anglais, préféra continuer à œuvrer dans le domaine qu’il connaissait le mieux. Le ballon rond.

Capello : « Je le considère comme le plus grand coach de l’histoire du foot »
Parce que c’est son univers. A la suite d’une honnête carrière d’attaquant dans le championnat écossais, Ferguson trouva définitivement sa voie en devenant coach. Et pourtant, rien ne fut simple. D’East Sterling, modeste club scottish où il était payé 40 livres par semaine (environ 47 euros), jusqu’à Manchester United, énorme machine du foot des temps modernes, il lui fallut se battre pour apposer sa patte en tant que manager. Traverser les épreuves, surmonter les échecs, avant de s’imposer comme le big boss qu’il est devenu. Son secret ? « Le travail, toujours le travail. Que voulez-vous ? Moi, je suis un laborieux, un besogneux », aimait-il dire, lui qui était souvent le premier arrivé et le dernier parti du centre d’entraînement de Carrington. Stakhanoviste, d’accord, mais sans une once de talent – et même beaucoup plus -, la meilleure volonté du monde ne saurait suffire à s’inviter parmi les géants et surtout à durer, en traversant le temps et les générations. Un jour, le maestro italien Fabio Capello, roi de la tactique, bardé de titres avec le Milan, le Real et la Roma et actuellement en charge de l’équipe de Russie, trancha : « Personnellement, je le considère comme le plus grand entraîneur de l’histoire du football. »
Chez ce drôle d’Ecossais, œnologue averti, amateur des vins français et plus particulièrement des grands crus de Bordeaux, il s’est vite avéré que le nez était aussi fin un verre à la main qu’un carnet de notes dans la pogne, à la recherche des jeunes pousses les plus talentueuses. C’est lui qui, voilà plus de vingt ans déjà, lança la génération dorée qui allait conduire la Maison Rouge vers les succès les plus prestigieux. Ces mômes sortis de nulle part s’appelaient Ryan Giggs, Paul Scholes, David Beckham, Nicky Butt et les frères Neville, Gary et Phil. C’est lui, plus récemment, qui découvrit au Portugal le talent d’un jeune attaquant prometteur du nom de Cristiano Ronaldo. Illico engagé et cédé, quelques années plus tard, au Real Madrid pour la somme record de 94 millions d’euros. Un transfert faisant de sa règle d’or une loi mancunienne : « Aucun joueur n’est plus grand que le club. »
Ferguson s’est révélé, surtout, un formidable meneur d’hommes, sachant galvaniser et transcender ses troupes pour en obtenir la quintessence. Avec le choc de ses mots, le poids de ses idées et la foi de ses convictions. Il devint Alexandre le Grand lorsque, extraordinaire stratège au cours d’une partie mal engagée, il déplaça ses pions, poussa ses fous, lança sa dame à l’attaque pour chambouler la donne. Roi des renversements les plus improbables alors que tout semblait jouer. On a appelé ça le « Fergie Time ». L’exemple le plus marquant reste, bien sûr, l’inoubliable finale de Ligue des champions 1999 contre le Bayern Munich. Les Allemands mènent 1-0 à la fin du temps réglementaire, les Red Devils profitent des quatre minutes de temps additionnel pour planter deux terribles banderilles par leurs « substitutes » Teddy Sheringham et Ole Gunnar Solskjaer – coaching super gagnant – qui leur offrent le trophée tant convoité face à des adversaires incrédules et K.-O. debout.

Un hommage unanime
Mais « nobody is perfect ». Lui pas plus qu’un autre. « Fergie » peut avoir la rancune franchement tenace. Après la diffusion, en 2004 sur la BBC, d’un reportage qui laissait entendre que son fils Jason, agent de joueurs, aurait profité de la position du paternel pour faire fructifier ses affaires, Ferguson décida, pendant des années, de boycotter la radio-télévision publique. Pas un mot, rien. Le bonhomme est sanguin. A l’époque où il drivait Aberdeen, certains l’avaient surnommé « Furious Fergie ». C’est qu’il pouvait vite lâcher les chevaux. David Beckham, qui prit une chaussure en pleine tronche un jour de défaite face à Arsenal en Cup, en sait quelque chose. D’autres, également, ont essuyé le fameux « hairdryer effect » (l’effet sèche-cheveux). La température montait très vite dans le vestiaire quand le boss poussait une gueulante. Pourtant, la quasi-totalité des joueurs qu’il a dirigés en parle, longtemps après, avec respect. A commencer par Cantona, Eric le Terrible, l’éternel rebelle, qui lui voue une profonde admiration. Tous lui ont rendu un hommage unanime après l’annonce de son départ.
The end. Pour de bon ce coup-ci. Car ce n’est pas la première fois que l’Ecossais a fit ce type d’annonce. En 2002 déjà, il avait déclaré qu’il songeait très sérieusement à tirer le rideau sur ce long pan de sa vie. Avant de réfléchir et de se raviser. « Rien que le fait de m’imaginer regarder les matches de MU à la télé, dans le salon, avec ma femme Cathy m’a convaincu de continuer », confia-t-il pince-sans-rire. En 2008, il fixait une nouvelle échéance : « J’arrêterai tout dans trois ans maximum, c’est sûr. » Avant de s’offrir, quelque temps plus tard, une nouvelle volte-face. « Finalement, je n’en ai pas envie. Tant que ma santé me le permet, je reste. La retraite, c’est bon pour les jeunes qui ont des idées pour faire autre chose. Et puis il y a tellement de challenges excitants à relever ici. »
Aujourd’hui, la dernière page de ce roman de 26 ans et demi est bel et bien tournée. Sir Alex va devenir directeur et ambassadeur de Manchester United. « Je suis heureux de prendre ses fonctions. Avec ces activités et d’autres centres d’intérêt, j’ai hâte d’envisager le futur. Pour finir, je souhaiterais rendre hommage à ma famille. Leur amour et leur soutien ont été essentiels. Ma femme Cathy a été le personnage-clé tout au long de ma carrière. » Choix entériné par Ferguson en personne, David Moyes, l’entraîneur d’Everton, a la très lourde tâche de lui succéder. Bye-bye and thank you, Sir !

Ses 48 trophées
• 1 Mondial des clubs avec Manchester United en 2008
• 1 Coupe Intercontinentale avec Manchester United en 1999
• 2 Ligues des champions avec Manchester United en 1999 et 2008
• 2 Supercoupes d’Europe, 1 avec Aberdeen en 1983, 1 avec Manchester United en 1991
• 2 Coupes des vainqueurs de Coupe, 1 avec Aberdeen en 1983, 1 avec Manchester United en 1991
• 13 championnats d’Angleterre avec Manchester United
• 3 championnats d’Ecosse avec Aberdeen
• 5 Coupes d’Angleterre avec Manchester United
• 4 Coupes d’Ecosse avec Aberdeen
• 4 Coupes de la Ligue anglaise avec Manchester United
• 1 Coupe de la Ligue écossaise avec Aberdeen
• 10 Community Shields avec Manchester United

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