Étranger

Alain Traoré, bons baisers du Burkina

Il a fait la nique aux meilleurs buteurs du championnat depuis son poste de milieu. Le jeune Burkinabé (23 ans) nettoie toutes les lucarnes grâce à son pied gauche dévastateur. L’AJA compte sur Alain Traoré pour assurer son maintien en Ligue 1.

En Bourgogne, le tube de l’été a duré. Plus d’une dizaine de semaines en tête des charts. Les feuilles sont tombées mais lui restait bien accroché à sa branche, sur les cimes. Meilleur buteur du championnat de France en début de saison, il n’a pas traîné, claquant lors des trois premiers actes de la saison (à Montpellier, contre Marseille et à Bordeaux). Cinq buts en 4 rencontres (7 aujourd’hui après 17 matches, 9e de Ligue 1), des lauriers sur la tête et pourtant… « Je ne suis pas Moussa Sow ! Moi, mon poste, c’est plutôt meneur de jeu. Là, j’ai une vision globale du jeu, je peux orienter. Franchement, finisseur, ce n’est pas ma tasse de thé. Quand on regarde mes buts, on comprend assez vite que je ne suis pas un avant-centre. »
Malgré tout, Alain Traoré – car c’est de lui qu’il s’agit – a pris un malin plaisir à nettoyer les lucarnes. Toutes. Aussi bien à l’Abbé-Deschamps qu’en déplacement. C’était le nouveau « Monsieur Propre » de la Ligue 1. Sa lessive ? Une frappe du pied gauche terrifiante, ultra-compacte. Sauf pour les gardiens de but. Avec adoucisseur aussi, tant sa palette technique et sa souplesse de cheville lui permettent de varier les plaisirs. A sa guise. Il enroule, intérieur du pied, comme il frappe, pointe tendue et orteils bien serrés dans la chaussette. Il mitraille, le père Alain, et ça pétarade dans les chaumières.

Chipé à Manchester UTD
Repéré par Daniel Rolland, le responsable du recrutement du club, lors de la CAN des U17 en 2005 en Gambie, Traoré est le dernier bon coup de l’AJA. Une maison un peu décriée ces dernières années, attaquée sur la qualité de son légendaire centre de formation mais qui a quand même chipé le gamin à Manchester United ! Fallait-il oser ? Non, seulement viser juste. « C’est ma maman qui m’a convaincu de venir à l’AJA. Moi, j’avais opté pour Manchester. Quand MU vient, vous ne réfléchissez pas. Mais les dirigeants auxerrois se sont déplacés jusqu’au Burkina et ils ont su trouver les mots. Ils nous ont expliqué que je parlais déjà la langue, qu’Auxerre était un club formateur et qu’à Manchester, je n’aurais peut-être jamais ma chance. Ma mère m’a dit : « Auxerre », j’ai répondu « OK ». »
Banco en Bourgogne. Le jackpot tombe donc en début de saison. Libéré sur le terrain par Laurent Fournier, Traoré joue sans se poser de questions. Et ça change tout. Comme l’an passé face au Real Madrid en Ligue des champions. Un dépucelage dans la cour des grands. « Je m’échauffais sur la touche quand l’entraîneur adjoint est venu me chercher. Je l’ai fait répéter : « Vous êtes sûr, c’est bien moi qui rentre ? » Il m’a répondu « Oui ». Puis Jean Fernandez m’a dit : « Tu y vas, tu défends bien et tu joues comme tu sais faire ». Sur le terrain, il y avait Cristiano Ronaldo, Benzema, toutes les stars du Real Madrid. C’était extraordinaire ! Le week-end suivant, je suis titulaire pour la première fois et je marque mon premier but en L1. Le coach a changé de regard sur moi. »
Aujourd’hui, c’est le coach qui a changé. Laurent Fournier a remplacé Jean Fernandez mais Alain poursuit sa marche en avant. « Tous les matins, je me réveille en me disant : « Tant que tu n’es pas dans un grand club européen, ne t’arrête pas ». » La marge est encore importante mais le potentiel aussi. « J’ai la chance, en tant que gaucher, de pouvoir me servir de mon pied droit. Frapper, jongler, jouer… Je sais que c’est rare pour les gauchers, j’essaie d’en profiter. De toute façon, pour progresser, il faut savoir accepter ses défauts pour mieux les corriger. »
Pas fou, Gérard Bourgoin, le président bourguignon, a réussi le joli coup de le faire prolonger jusqu’en 2014 (tout comme Delvin Ndinga). A Auxerre, on sait que gouverner, c’est prévoir. Avec Traoré, c’est le grand retour de la gauche caviar. Et y goûter, c’est l’adopter.

PROFIL
■ Né le 1er janvier 1988 à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso)
■ 1,76 m, 72 kg
■ Milieu
■ Roadbook : Auxerre (2007-déc. 2008), Brest (prêt, jan. 2009-2009), Auxerre (depuis 2009)

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