Étranger

A fond, Romeu !

Barré au Barça, l’ancien pensionnaire de la Masia a explosé à Chelsea où on l’a comparé à Claude Makelele, référence ultime au poste de sentinelle chez les Blues. Découverte.

Jusqu’à l’été dernier, la carrière d’Oriol Romeu au plus haut au niveau se résumait à un match de Supercoupe d’Espagne en début de saison dernière – et, par la même occasion, une première ligne à son palmarès chez les pros – et dix petites minutes en championnat, lors de l’avant-dernière journée de Liga 2010-11 face au Deportivo La Corogne. Et puis c’est tout ! Ceux qui le connaissaient étaient plutôt des habitués de la Masia, le fameux centre de formation catalan, où le gamin était arrivé à 13 ans pour faire toutes ses classes. Ou alors les aficionados des équipes de jeunes espagnoles : il remporta le championnat d’Europe des U17 en 2008 avant d’atteindre la finale (battu 2-1 par la France), deux ans plus tard, en U19.
Une exposition confidentielle pour un talent pourtant incontestable. Fran Sanchez, entraîneur des jeunes du Barça depuis 15 ans et qui l’a cornaqué en cadets, se souvient. « Il incarnait à merveille ce nouveau profil de joueur très fort défensivement et très difficile à passer mais aussi capable de prendre l’organisation du jeu à son compte. Le milieu défensif moderne par excellence. » L’Arsenal d’Arsène Wenger et le FC Porto, alors entraîné par André Villas-Boas, en étaient tout aussi convaincus. Ils tentèrent de l’attraper dans leurs filets. Refus des Catalans qui envoyèrent un signe fort en prolongeant son contrat.
Le hic, c’est que son compte en banque gonfle mais pas son temps de jeu en équipe première. Toujours abonné à la réserve (49 matches), en réserve de la République. Du coup, Villas-Boas, passé à Chelsea et qui a de la suite dans les idées, revient à la charge durant l’été 2011. Bingo ! Cette fois, le Barça se laisse convaincre moyennant un transfert de 5 M€ pour un contrat de 4 ans, avec une clause (jurisprudence Fabregas oblige) précisant que les Catalans gardent une option pour le récupérer, lors de ses deux premières saisons anglaises (contre 10 M€ en 2012 et 15 M€ en 2013). C’est avec une belle franchise que l’intéressé explique son choix. « J’ai toujours dit que ma première option était le Barça. Mais il est arrivé un moment où je me suis aperçu que la concurrence était trop forte. Quand les Blues se sont manifestés, je ne pouvais pas laisser passer cette chance. Même si c’est difficile de quitter un club où j’ai passé tant d’années, mon ambition est désormais de réussir à Chelsea. »

Pep Guardiola voulait le récupérer
Ce n’était quand même pas gagné d’avance. Parce que, à Londres aussi, la concurrence s’annonce féroce. En dépit de la blessure longue durée de Mickaël Essien – victime d’une rupture du ligament croisé antérieur et absent toute la première moitié de saison -, Romeu n’est que le deuxième choix, derrière John Obi Mikel, pour tenir le rôle crucial de sentinelle. C’est d’ailleurs sur le banc qu’il démarre la compétition, disputant quelques petits bouts de match par-ci, par-là. A peine mieux qu’en Catalogne. Mais le fier Espagnol n’a jamais lâché. Au sein d’une formation en manque d’équilibre, Obi n’est pas parvenu à s’imposer comme le stabilisateur espéré. Oriol, lui, n’a pas laissé échapper l’opportunité quand elle s’est présentée.
Dès sa première titularisation en championnat (le 26 novembre contre Wolverhampton, victoire 3-0), il en a impose par son abattage et sa présence. Il totalise aujourd’hui 15 matches en Premier League et 3 en Ligue des champions. L’hiver dernier, il fut question de son retour en Catalogne. Option finalement écartée. C’est donc dans les rangs de Chelsea que Romeu a atteint les demi-finales (puis la finale) de la Ligue des champions. Aucun sentiment de revanche chez le jeune Espagnol. « Peut-être que je n’ai pas saisi ma chance ou que je n’ai pas été au niveau pour pouvoir rester au Barça. Je ne reproche rien à Pep Guardiola. J’ai eu ma chance et peut-être que je n’ai pas fait tout ce qu’il fallait », confiait-il.
Les Blues espèrent avoir déniché le digne héritier de Claude Makelele (joueur du club de 2003 à 2008), la référence ultime à son poste chez les Londoniens. Romeu, qui n’a pas été formé à la Masia pour rien, a une idée précise de sa tache. « Je me vois comme une sorte de balancier pour l’équipe. J’équilibre la défense et l’attaque. Il faut sentir les choses, anticiper, être très rapide dans la prise de décision, faire les bons choix et ensuite, donner ou récupérer le ballon proprement. Quand la balle est perdue, presser l’adversaire le plus haut possible. Voilà ce qu’on m’a appris à Barcelone et dans les équipes de jeunes d’Espagne. C’est ce que j’essaie d’appliquer. »
En Catalogne, on suivait de près ses prestations, mélanges de puissance, de technique et de sens tactique aigu. Quand Pep Guardiola (qui vient d’officialiser son départ du Barça) évoqua son retour chez les Blaugrana, l’agent de Romeu, Javier Diaz, calma rapidement le jeu. « Son rêve a toujours été d’être un joueur du Barça mais nous devons respecter Chelsea. C’est le club qui lui a donné sa chance. Oriol s’est fait une place en Premier League. Il serait sans doute pertinent qu’il reste ici un an de plus avant, pourquoi pas, de retourner en Espagne en 2013. » Tout ça ressemble aux contours d’un plan de carrière parfaitement maîtrisé. Et l’animal n’a que 20 ans…

Oriol Romeu Vidal en short
■ Né le 24 septembre 1991 à Ulldecona (Espagne)
■ 1,82 m, 82 kg
■ Milieu
■ Roadbook : FC Barcelone (ESP, 2009-11), Chelsea (ANG, depuis 2011)
■ Palmarès :
• Champion d’Europe des U17 en 2008 avec l’Espagne
• Vainqueur de la Supercoupe d’Espagne 2010 avec le FC Barcelone

Finaliste malheureux face aux Bleus
30 juillet 2010. Finale du championnat d’Europe des U19 entre l’Espagne et la France. Si Romeu échappe aux griffes de Gaël Kakuta, ce sont bien les jeunes Bleus qui finissent par s’imposer (2-1) et remportent le titre. L’Espagnol, sacré deux ans plus tôt avec les U17, est passé tout près du doublé.

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