Équipe de France

XV de France : Yoann Maestri, le feu sous l’armoire à glace

L’ex-Toulonnais au sang chaud a mué en Toulousain au sang-froid. Une transfusion qui lui vaut aujourd’hui d’être la grande révélation des avants bleus. Portrait de la nouvelle artère du pack.

La scène est cocasse. Devant un peu plus de 7 millions de téléspectateurs, Yoann Maestri reçoit le Talent d’or récompensant sa performance contre l’Irlande (17-17) pendant le Tournoi des VI Nations 2012. L’homme du match semble surpris et balance : « Je m’en fous ! Qu’est-ce que vous voulez que je vous réponde ? C’est toujours surprenant qu’un joueur du cinq de devant soit honoré. » Le journaliste de France Télévisions a beau insister pour lui soutirer un sourire, le gaillard de 2,02 m renvoie son vis-à-vis dans ses 22. « A domicile, tout autre résultat qu’une victoire est décevant. » Le deuxième ligne du Stade Toulousain n’aime pas, en fait, parler de lui. Et il a pour habitude de se remettre en question à chaque match.
Pourtant, les compliments pleuvent. La France tient a priori le successeur de Lionel Nallet, parti à la retraite. Une éclaircie dans un Tournoi 2012 glacial. Paul O’Connell, la référence mondiale au poste, sortait du combat épuisé : « Je l’avais vu à la télé. J’avais été frappé par la capacité d’un joueur avec un tel gabarit à se relever aussi vite. Il plaquait et se rendait disponible immédiatement sur l’action suivante. Je pense qu’il est là pour un bon moment. »

Une réputation sulfureuse
Le maestro Maestri garde une fois de plus les pieds sur terre : « Ça fait plaisir de recevoir des compliments d’un tel rugbyman mais je sais aussi que les journalistes lui ont posé la question, il ne s’est pas présenté devant eux pour parler de moi. » Et v’lan… Les pieds sur terre, disions-nous. Ça, c’est la patte Guy Novès, le grand manitou du Stade Toulousain. Le bonhomme s’y connaît pour calmer les ardeurs. Et puis si Yoann Maestri reçoit aujourd’hui les éloges du gratin mondial, c’est parce qu’il a bien mûri…
Capitaine du pôle France promo 2008 (Morgan Parra, Wesley Fofana, Mathieu Bastareaud, Raphaël Lakafia), le natif de Hyères est contraint de s’acheter une conduite avant de rejoindre ses petits camarades de classe sous le maillot frappé du coq. L’armoire à glace vient du Var. Et là-bas, Monsieur, on naît sanguin ! Le rugby de ce Sud-là vous forge le caractère. Rugby rugueux pour hommes virils. Entre Hyères-Carqueiranne et le Racing Club Toulonnais, qu’il rejoint en 2003, le garçon gagne une réputation sulfureuse. « C’est le rugby de chez moi, je ne le renie pas », explique-t-il calmement, fier de ses racines. « Il ne te fera jamais un enfant dans le dos », tient à souligner Jean Bidal, responsable des Espoirs de Hyères.
A 19 ans, Yoann est lancé dans le grand bain de la Pro D2 avec Toulon. Il évolue aux côtés des stars mondiales qui composent cette équipe programmée pour une inéluctable montée. Maestri partage son poste avec la référence Victor Matfield, le Sud-Africain champion du monde, mais n’arrive pas à canaliser son agressivité et sa violence qui lui valent quelques biscottes jaunes du plus mauvais effet. S’il veut progresser – et c’est un bosseur -, il doit couper le cordon.

Il a édulcoré son jeu
Du côté de Toulouse, le grand Fabien Pelous a rangé ses crampons. Nous sommes en 2009, Yoann fête ses 21 printemps. La succession est forcément un peu lourde à assumer mais Guy Novès et Yannick Bru, l’entraîneur des avants, vont trouver les mots justes pour le faire progresser. « C’est une belle machine athlétique, souligne Yannick Bru, et un très bon pro pour son âge. Avec Guy, nous voulions qu’il enchaîne les performances, qu’il fasse preuve de discernement et évite d’aller à l’excès dans les zones de combat. »
Yoann bosse au milieu des deuxièmes lignes toulousaines – Patricio Albacete, Grégory Lamboley, Romain Millo-Chluski – et trouve peu à peu sa place, décrochant au passage une H Cup (2010) et un bouclier de Brennus (2011). « Mama » est devenu un garçon rigoureux et vigilant. En l’absence des internationaux retenus pour la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, ses prestations séduisent. Ses performances en tant que titulaire depuis août ont fini de convaincre Philippe Saint-André qui lui a donné sa chance pour une demi-heure contre l’Italie puis comme titulaire par la suite.
Yoann Maestri est de tous les combats. Mêlées, touches, rucks, placages : il avance dès que l’occasion s’y prête. Il a édulcoré son jeu, s’est responsabilisé. « La discipline peut coûter très cher, dit-il, alors il faut être lucide dans les zones de combat. L’accent est mis dessus avant chaque rencontre. Il faut essayer de travailler dans l’intérêt de l’équipe et ne pas tomber dans l’excès d’engagement. Surtout nous, deuxièmes lignes, qui sommes beaucoup exposés dans les rucks. Il faut avoir le plus de maîtrise possible. »
Capable de casser les attaquants sur ballons portés tout comme de nettoyer les zones de rucks, Yoann a gommé ses petits défauts. Tout juste reste-t-il quelques stigmates de son passé varois comme l’explique son compagnon toulousain Maxime Médard : « C’est le dernier à Toulouse à mettre des coups de tête dans les murs du vestiaire ! » Le feu sous l’armoire à glace…
Yoann Maestri a été retenu pour la tournée du XV de France en Argentine (11-25 juin).

Populaires

Les marques de presse dédiées au sports collectifs : Planète Foot, Mondial basket, Univers du Rugby, Planète Cyclisme.

© 2017 Editions Le Nouveau Sportif / SESIMS

To Top