Équipe de France

XV de France : Jubilé de mars pour les grognards

Avec le départ de ces trois-là, le paquet d’avants tricolore a perdu gros. William Servat, Lionel Nallet et Julien Bonnaire pèsent près de 200 sélections à eux trois. Finalistes du dernier Mondial, ils ont tiré leur révérence à l’issue du Tournoi des VI Nations 2012. Leurs adieux après la défaite contre l’Angleterre au Stade de France étaient tristes. « Ils ne méritaient pas cette sortie, déclara Imanol Harinordoquy. Nous ne savons pas encore ce que cela représente d’arrêter sa carrière internationale mais nous connaissons tous le bonheur de porter le maillot bleu. » Ce maillot, les trois gaillards l’ont étrenné fièrement. Ciao et merci pour tout.

William SERVAT
« La Bûche » a fait du petit bois

Sa fin de carrière avec les Bleus était la moins attendue. Longtemps annoncé sur la rade de Toulon alors qu’il lui restait une année de contrat chez les champions de France, William Servat a fait le choix du cœur : il devient l’entraîneur des avants du Stade Toulousain. « C’était une grande chance pour moi de pouvoir choisir seul la date de la fin de ma carrière, affirmait-il après l’annonce de son retrait, programmé au terme de l’exercice 2011-12. On dit que c’est une petite mort quand on arrête. Si on finit blessé, fatigué, usé au point de ne plus pouvoir jouer, on peut le vivre comme cela. Aujourd’hui, je ne suis pas dans cette position. J’ai la chance d’être bien physiquement. »
La saison prochaine, « Monsieur Indestructible » succédera à son ancien concurrent au poste de talonneur, Yannick Bru, qui passera entraîneur des avants du XV de France à temps plein (un accord entre la FFR et le Stade Toulousain lui a permis de cumuler les deux fonctions pour le Tournoi des VI Nations 2012). « Un honneur » pour le Commingeois, présent au club depuis 20 ans. Le manager des Rouges et Noirs, Guy Novès, est au moins aussi touché : « C’est le leader de son équipe en tant que joueur, il sera le leader de son équipe en tant qu’entraîneur. C’est un mec qui n’a jamais triché et c’est encore ça le plus important. »
A 34 ans, « la Bûche » met un terme à une carrière hors normes, marquée par les titres mais aussi par les blessures. En bleu, William Servat aura tout connu au cours de ses 49 sélections, des plus grandes joies à la désillusion d’une finale de Coupe du monde perdue d’un rien face aux All Blacks (8-7 le 23 octobre dernier). Il se révèle au grand public en 2004, année de sa première sélection contre l’Irlande dans le Tournoi. Premier Grand Chelem. Titulaire devant son coéquipier de club Yannick Bru après la première retraite internationale de l’indéboulonnable Raphaël Ibañez, il ne tarde pas à démontrer ses qualités de perce-muraille. Solide sur les impacts, Servat met ses adversaires au supplice en mêlée fermée, en faisant souvent du petit bois grâce à sa puissance et sa tonicité.

« Je ne suis pas sûr qu’à 37 ans, l’équipe de France aurait toujours eu besoin de moi »
Une grave blessure aux cervicales met sa carrière en suspens en 2006. Suivront deux années blanches et l’éventualité d’une reconversion au poste de troisième ligne centre, celui-là même où il avait été formé à Mazères avant de rejoindre le Stade Toulousain. Finalement, c’est bien au poste de talonneur qu’il retrouve les terrains en janvier 2007. Trop tard malheureusement pour postuler à une place dans le groupe appelé à disputer la Coupe du monde en France. Mais suffisamment tôt pour porter à nouveau le maillot bleu à l’occasion du Tournoi 2008. A son explosivité et ses qualités de combattant, William Servat ajoute une grande précision dans ses lancers en touche. De quoi en faire l’un des meilleurs spécialistes de l’exercice avec le Néo-Zélandais Keven Mealamu, voire le n°1 de ces dernières années. Et un indiscutable titulaire en bleu, ses charges dévastatrices permettant régulièrement à ses coéquipiers de jouer en avançant.
A l’heure de tirer sa révérence, le Toulousain affiche un palmarès plutôt fourni sous le maillot frappé du coq. Deux Grands Chelems en 2004 et 2010 embellissent la médaille d’argent obtenue l’automne dernier en Nouvelle-Zélande. En club, la liste de ses trophées est encore plus impressionnante. On trouve là deux titres de champion de France et trois Coupes d’Europe. Un palmarès qu’il aurait sans doute pu enrichir tant il paraissait incontournable à son poste. Mais William Servat a finalement choisi de se retirer alors que le contrat proposé par Toulon s’étendait jusqu’en 2015. « Je pouvais toujours espérer, avouait-il, mais je ne suis pas sûr qu’à 37 ans, l’équipe de France aurait toujours eu besoin de moi. On parle dans le vide. On ne le saura jamais. »
Ce qui est certain, c’est qu’il aurait préféré des adieux plus glorieux sous le maillot de l’équipe de France. Servat s’en est allé sur une courte défaite au Stade de France face à l’Angleterre (22-24).

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Lionel NALLET
Le géant silencieux

L’heure de la retraite internationale a définitivement sonné pour Lionel Nallet. Ecarté du groupe appelé à participer au Tournoi 2012, l’ancien capitaine du XV de France semblait avoir déjà dit adieu au maillot bleu à l’issue d’une finale de Coupe du monde bien cruelle. Mais la blessure de Romain Millo-Chluski en a décidé autrement. Aussi, le deuxième ligne de 35 ans s’est vu offrir une tournée d’adieux qui s’est terminée, malheureusement pour lui, par une défaite face au XV de la Rose devant le public du Stade de France (22-24). « C’est le pire des scénarios pour ma dernière en France, déclarait-il à chaud sur Twitter. Perdre contre les Anglais ! »
Un véritable crève-cœur pour ce vétéran qui vouait un attachement sans bornes au maillot frappé du coq. Pour le sélectionneur Philippe Saint-André, « c’est un peu une page qui se tourne. On aurait aimé que les anciens aient droit à un jubilé exceptionnel à Cardiff (ndlr : pour le dernier match du Tournoi 2012 face au Pays de Galles). Ce ne sera pas le cas. Lionel savait qu’on avait passé une sorte de deal : si on jouait une « finale » à Cardiff, il continuait l’aventure. Hélas, l’aventure s’est achevée avant. Je voudrais remercier vivement Lionel pour son état d’esprit et son professionnalisme. »
Pascal Papé se montrait particulièrement déçu pour son ancien coéquipier à Bourgoin et Castres. Il imaginait une meilleure fin. « Il l’aurait mérité. Les deux autres aussi. Vraiment, ça fait ch… Certes, ce n’est pas la fin du monde, ça ne reste qu’un match de rugby mais nous avions tous à cœur de donner le maximum pour eux. » Le Racingman n’avait pas abordé ses dernières sélections en dilettante. « Une fois que tu te retrouves ici, tu te prends au jeu. Le côté compétiteur reprend le dessus », expliquait-il avant le rendez-vous contre l’Italie (30-12) lors de la 1ère journée du Tournoi. Avant d’avouer : « C’est mon dernier, je l’aborde d’une manière particulière. Je prends peut-être plus le temps d’en profiter que les autres fois. Les Bleus, c’est un privilège, alors je veux déguster chaque instant. »

Philippe Saint-André : « Il a une attitude dont beaucoup devraient s’inspirer »
Ce privilège, Lionel Nallet l’aura connu à 74 reprises depuis sa première sélection, le 28 mai 2000 contre la Roumanie, alors qu’il évoluait à Bourgoin, son club formateur. Son histoire avec l’équipe de France s’est écrite en pointillé jusqu’en 2006. A partir de cette date, il n’a plus quitté le groupe, héritant même du capitanat pour le Tournoi des VI Nations 2008 (sous l’ère Marc Lièvremont), quelques mois après un Mondial français vécu la plupart du temps en costume. Nallet transite par Castres avant de rejoindre le Racing Métro et enfile le brassard à 15 reprises avant de céder l’étoffe à Thierry Dusautoir. Un honneur pour lui. « Débuter les matches et avoir un certain rôle dans une équipe nationale, c’est toujours gratifiant. »
« Nalluche » ne faisait pas partie des joueurs les plus bavards mais c’était l’un des plus exemplaires sur le terrain. Apre au combat, il aimait le travail de l’ombre dans les rucks, les déblayages. Il faut dire que Lionel Nallet, c’est une carcasse de 1,96 m pour 115 kg. « PSA », qui fut son entraîneur à Bourgoin, louait également ses qualités humaines à l’issue de la défaite contre l’Angleterre. « Il a une attitude dont beaucoup de joueurs devraient s’inspirer. Les jeunes qui étaient autour de lui ont appris énormément en termes d’investissement dans un groupe et de professionnalisme. C’était valable aussi bien comme titulaire que comme remplaçant. »
Lionel Nallet restera comme l’un des leaders du XV qui a failli priver les All Blacks de « leur » Coupe du monde à domicile.

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Julien BONNAIRE
L’homme d’airain

« Endurant, mobile, technique, intelligent… » Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le troisième ligne polyvalent qu’est Julien Bonnaire. En un mot, « incontournable » au sein du XV de France. Souvent promis à un rôle de doublure, le Clermontois a été régulièrement propulsé titulaire en cours de compétition. Ce fut d’ailleurs le cas lors du dernier Tournoi. Au fil des ans et des performances majuscules, Julien Bonnaire s’est imposé comme l’un des rugbymen les plus doués de sa génération. Il totalise 75 sélections en bleu. « Au début, je me disais : « Si j’arrive à 50 sélections, ce sera beau. » Après, j’ai dit 60. Puis 70… Si je peux atteindre 75, ce sera très bien, avouait-il avant le match contre l’Irlande. J’ai connu une belle carrière avec de très bons moments et d’autres plus difficiles. »
Formé à Bougoin-Jallieu comme de nombreux avants qui ont fait les beaux jours de la sélection (Nallet, Papé, Milloud, Chabal…), Nallet connaît sa première cape lors du Tournoi des VI Nations 2004, alors qu’il travaille encore au service des espaces verts de la mairie de Bourgoin, sa ville natale. C’est l’un des derniers Bleus amateurs. Très rarement blessé, il va enchaîner les rencontres comme titulaire sous le maillot du coq (28 en 3 ans), sous les ordres de Bernard Laporte. Ses prises de balle en touche et sa polyvalence (en 8 ou en flanker) sont des atouts indispensables pour n’importe quelle formation, tout comme son efficacité en défense. Son association avec Imanol Harinordoquy et le capitaine Thierry Dusautoir donnera naissance à l’une des troisièmes lignes les plus redoutées au monde.

Jo Maso : « Julien Bonnaire, c’est 8/10 à tous les matches »
Si une phrase devait résumer la carrière de Julien Bonnaire, ce pourrait être la formule de Jo Maso pendant la Coupe du monde 2007 en France. « Julien, c’est 8/10 à tous les matches », avait déclaré le manager des Bleus. Voilà qui souligne bien la régularité du bonhomme. Quatre ans plus tard, Marc Lièvremont dira de lui qu’il est le meilleur joueur de l’effectif. Discret en dehors des terrains, l’Isérois au regard bleu acier se montrait très présent dès qu’il entrait sur le pré. « Les gens le voient comme un suiveur alors que c’est un meneur, assurait son coéquipier Morgan Parra. C’est quelqu’un capable de prendre à la fois des décisions et ses responsabilités. »
Bonnaire possédait une vision du jeu au-dessus de la moyenne et sa couverture de terrain était remarquable. Il était également doté d’un jeu au pied efficace en dernier recours, souvenir d’une formation d’ouvreur dans les équipes de jeunes de Saint-Savin. A 33 ans, Julien a choisi de tourner la page. Il avait envisagé de se retirer après le Mondial néo-zélandais en cas de victoire. Il avait finalement prolongé pour un dernier Tournoi, en espérant lui aussi une fin plus glorieuse. Un nul 17-17 face à l’Irlande et une défaite 22-24 face aux Anglais ont gâché ses adieux au public français. Pas très causant, il s’est forcé pour s’exprimer en conférence de presse. « J’ai essayé de faire abstraction du contexte, a-t-il souligné. J’avais simplement envie de bien faire. »
Et l’infatigable travailleur de revenir sur sa performance. « Je m’en veux encore de ce plaquage raté sur le deuxième essai », pestait-il. Typique de ce joueur extrêmement lucide et humble. « Je me suis toujours remis en question, je n’ai pas attendu qu’on me dise de le faire. J’ai rarement été satisfait de mes matches et je pense que c’est aussi ça qui a fait que j’ai duré. Quel que soit l’âge, il y a toujours des choses à améliorer. » Aujourd’hui, Julien souhaite se consacrer davantage à sa famille. « Ça devenait de plus en plus dur de partir de la maison avec les enfants qui pleuraient à la fenêtre. Ma femme a sacrifié énormément de choses depuis le début de ma carrière. A moi de renvoyer l’ascenseur. » On lui souhaite tout le Bonnaire du monde.

Paul PERIE / UNIVERS DU RUGBY

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