Équipe de France

XV de France : C’est grave, docteur ?

Pour le premier Tournoi des VI Nations de l’ère Philippe Saint-André, l’équipe de France a terminé 4e. Faut-il s’inquiéter pour le vice-champion du monde ? Que penser des débuts de « PSA » ? Nos impressions.

Le verdict du laboratoire médical est parvenu à la FFR et celui-ci – pourquoi le cacher ? – s’avère des plus préoccupants. C’est écrit en gras : le bilan général de l’équipe de France est « grandement perturbé » suite à la série de cinq examens effectués dans le Tournoi des VI Nations 2012, le premier de Philippe Saint-André en qualité de manager-sélectionneur. Deux succès (devant l’Italie, 30-12, et en Ecosse, 23-17) pour un nul (à domicile contre l’Irlande, 17-17) et deux défaites (à Saint-Denis face à l’Angleterre, 24-22, et à Cardiff, 16-9) ont plongé la France dans le rouge. Les divers prélèvements subis au terme de la première année de mandature de Marc Lièvremont étaient nettement moins alarmants.
Un déficit de plaquettes (placages dans le jargon ovale) et une vitesse de sédimentation (animation) précaire apparaissent criants par rapport à 2008 où, avec trois victoires pour deux revers, les Bleus s’étaient emparé d’une honnête – sans plus – 3e place de la ronde européenne, soit un rang de mieux que la formation commandée par Thierry Dusautoir, le meilleur joueur du monde, une fois encore fidèle à sa réputation.

Pas le pied
Les analyses sont cette fois formelles : l’ensemble souffre d’un taux de cholestérol et de Gamma GT excessif. Ce n’est pas le pied, à l’image de son jeu dans ce secteur, quasiment inexistant. Y aurait-il eu excès, notamment dans la confiance ou l’hygiène de vie après la finale de Coupe du monde injustement perdue (7-8) contre la Nouvelle-Zélande le 23 octobre 2011 à Auckland ? Comment le XV de France a-t-il bien pu passer du rang (honorifique) de vice-champion planétaire – non sans avoir, faut-il le rappeler, fait honte à ses supporters un mois durant – à celui de 4e du Vieux Continent ? Les Bleus n’avaient pas obtenu classement aussi indigne et malvenu depuis 2001. Désastreuse année suivie il est vrai d’un Grand Chelem…
Pour l’heure, foin d’espérances comparatives, il y a là ce recul pour le moins inexplicable qui mérite enquête et analyses approfondies. La marche arrière place logiquement Philippe Saint-André, le neuvième homme porté à la tête du XV de France, sur le banc des responsables. Rien n’est plus comme avant depuis que le « Goret » est devenu, à sa prise de fonctions, « PSA » (en raison de ses initiales). Un sobriquet inquiétant qui met notre prostate dans tous ses états…
Personnellement, je préfère le mammifère rose, surnom dont il s’affubla du temps où il était un grand espoir de tennis – 2/6 à 15 ans, demi-finaliste cadets à Roland-Garros, écarté par Thierry Champion, et ramasseur de balles lors de la victoire de la France contre les Etats-Unis en 1982 à Grenoble – quand un jour, au club de Sainte-Maxime, un pote parla fort à l’apéro pendant les sacro-saints « Jeux de 20h », alors que Maître Capello était en train de mettre une pièce dans le nourrain. Là-dessus, je dis « Ferme ta gueule, Capello » et mon camarade Jaurena me répond : « Et toi le goret. » C’est parti comme cela.

Teigneux et plaisantin
Attardons-nous donc un instant sur la personnalité de ce « Goret », 45 ans aux cerises, totalisant 69 sélections dont 34 en qualité de capitaine, venu au rugby à 16 ans et repéré à Romans par Jean-Pierre Romeu, le « Gaulois » recruteur de l’ASM où le minot passa huit saisons, de 1988 à 96. J’aime ce leader teigneux, jamais battu, 2e marqueur d’essais chez les Bleus (32) derrière Serge Blanco (38), qui fit vibrer la terre d’ovalie avec deux morceaux de bravoure du XV national : « l’essai du siècle » à Twickenham en 1991 et cet autre du bout du monde en 1995 à Auckland. Je raffole de ce plaisantin, d’une autre époque et d’autres mœurs avec les médias qui, un jour, me fit incarner l’arroseur arrosé. Laissez-moi vous conter. J’en avais marre d’être à la traîne des questions en conférence de presse. De sorte qu’un matin, je me suis rebellé, soucieux de remettre la préséance à sa juste place.
« Eh !, dis-je, un peu de calme, les gars ! Pas toujours aux mêmes les questions. Soyez raisonnables, gens de « Midi Olympique » ou de « L’Equipe ». Rappelez-moi votre tirage ? 70 000 et 400 000 ? Sachez que je représente, à l’AFP, 4 milliards de lecteurs potentiels, sans compter d’ailleurs les Chinois. »
Cette anecdote bon enfant n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Quelques temps après, le « Goret » me prend à l’écart de la meute des gratte-papiers alors que nous croupissons à Pretoria. « Tu es au courant ?, me souffle-t-il.
– De quoi ?
– Ta boîte vient d’être rachetée.
– Ah bon ?
– Oui, ça vient de tomber : les Chinois l’ont rachetée. »

Quelques secondes, je reste coi… Mais les rires de mon interlocuteur me ramènent à la réalité. Bien joué !

Une année de perdue
J’adore le côté espiègle de l’homme, à la hauteur de sa détermination en coulisses et sur le terrain. N’est-ce pas à son initiative que toute la troupe des arrières s’était rasé le crâne avant un entraînement dans un pénitencier pendant la Coupe du monde 1995 ? Alors à la tête de la plus grande équipe de France de tous les temps, c’est lui qui avait voulu, contre vents et marées, que la demi-finale contre les Springboks (futurs vainqueurs de la honte) ne soit pas reportée après un déluge nocturne à Durban. « On joue. Les terrains gras, ça nous connaît en France », avait-il imposé. Que n’eut-il la bonne idée, le 17 mars, de faire fermer le toit du Millenium pour une histoire de fonctionnement de GPS accrochés aux épaules des joueurs ?

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Décidément, j’affectionne davantage ce « Goret » d’un autre âge que ce « PSA » qui a raté son entrée en scène. Etait-il légitime d’honorer cette équipe de trentenaires (William Servat et Julien Bonnaire, désormais retraités, Lionel Nallet, Nicolas Mas et Aurélien Rougerie) qui avait déstabilisé la Nouvelle-Zélande chez elle ? Saint-André explique qu’il voulait « récompenser la dernière génération de l’humilité, des gens qui se lèvent tôt et s’entraînent d’arrache-pied midi et soir. Si c’était à refaire, je ne changerais rien. »
De mon point de vue, le « Goret » a surtout voulu inaugurer son règne dans le confort, en misant sur l’expérience, gage le plus sûr d’une figuration de qualité dans ce Tournoi 2012 finalement à oublier. Comme Marc Lièvremont, le Drômois a perdu une année. La première. Celle qui donne le « La ». En n’osant pas – hormis avec Wesley Fofana, Yoann Maestri et Jean-Marcellin Buttin, rares satisfactions – jouer la carte de la jeunesse. Les Anglais, eux, l’ont fait. Les visiteurs évoluèrent avec majesté au pied de la basilique des rois de France. « Un match contre l’Angleterre a toujours un parfum particulier (ndlr : de rose ?) mais quand tu le perds, ça pue », glissait un Philippe Saint-André amer.

Protégé de Jacques Fouroux
Les sens de l’ancien entraîneur de Gloucester et Sales (où il conquit le titre de champion d’Angleterre en 2004) ont ainsi été mis à mal en cette année de classe préparatoire. « Dans ce Tournoi de très haut niveau, on n’a eu que ce que l’on méritait compte tenu de notre faible pouvoir de stratégie et de nos difficiles débuts de match, reconnaissait-il. On ne peut pas se satisfaire de ça au niveau comptable. J’ai une mauvaise saveur au fond de la bouche. » Gageons que notre Dr Jekyll à la française ne muera pas en Mister Hyde. Je n’oublie pas que Saint-André fut le protégé de Jacques Fouroux. Il trouvera les mots (et les méthodes, fortes sans doute) pour remettre des garçons comme Imanol Harinordoquy dans le droit chemin. Celui de la collectivité. Pourquoi le Biarrot n’a-t-il pas passé le ballon à Louis Picamoles pour un retour à niveau contre les Gallois ? En sa qualité de fils spirituel du regretté « petit Caporal », « PSA » saura par ailleurs se mettre la presse dans la poche contrairement à Marc Lièvremont qui bouda notamment l’institution jaune – celle dont le diminutif est en « ol » -, qualifiée dans son ouvrage biographique « Cadrages et débordements » (éditions La Martinière) de « médicament »…

Shocking !
Le « Goret », j’en suis sûr, va rattraper le temps perdu en vue de la prochaine Coupe du monde qui se déroulera, en 2015, outre-Manche. Probablement aura-t-il en tête cette maxime de Saint Jean-Pierre Rives : « Les Anglais ne perdent jamais mais parfois, ils ne gagnent pas. » A bien y réfléchir, les joueurs de Sa très gracieuse Majesté seront-ils les plus redoutables ? Ce serait en effet faire injure aux représentants du Poireau qui viennent de signer face aux Bleus le 11e Grand Chelem de leur histoire… avec la plus calamiteuse des charnières. Ils ont le talent mais surtout la jeunesse (25 ans de moyenne d’âge) pour eux.

Alain GEX / UNIVERS DU RUGBY

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