Équipe de France

Wesley Fofana, à la poursuite du diamant bleu

Un petit bijou ! Wesley Fofana est tout simplement la nouvelle perle qu’attendait le XV de France. Au centre de l’attaque tricolore, le joueur de Clermont apporte le coup de fraîcheur tant désiré. Zoom sur un petit Parisien qui n’aurait pas dû faire parler de lui avec un ballon ovale…

– Le Parigot aux origines africaines
Le père de Wesley est d’origine malienne. Footballeur amateur, il emmenait souvent le fiston au Parc des Princes. Maman est conseillère sociale. La petite famille vivait dans le Sud de Paris, dans le XIIIe arrondissement, près du stade Charléty. Wesley a un frangin. Ses racines sont indissociables de l’Afrique. A 10 ans, il effectua le voyage à Bamako. « Un moment exceptionnel ! Je rêve d’y retourner. »

– Le footeux doué
« A la base, j’aimais faire du sport pour être avec les copains. Pendant longtemps, je ne me suis pas projeté plus loin. Je n’avais pas envie à 100% que cela devienne mon métier. » A 8 ans, Wesley intègre le centre de formation de football de Paris. Défenseur central surclassé, Fofana joue à l’époque avec Jérémy Ménez, l’attaquant du Paris SG et de l’équipe de France. « Il était impressionnant ! On lui donnait le ballon et il allait marquer. » Sur les conseils de son professeur de sport, Fofana s’oriente vers le rugby. Il est en 4e et approche de ses 15 printemps. Pour son premier entraînement, sa mère lui achète toutes les protections possibles. Son père, qui aurait aimé le voir pratiquer le foot comme lui, s’incline…

– Il a failli tout plaquer
« Au lycée, j’ai failli arrêter le rugby pour le basket. » Membre de la génération des petits prodiges (Morgan Parra, Raphaël Lakafia, Yoann Maestri), Wesley est barré au centre, dans les équipes de France de jeunes, par Yann David et Mathieu Bastareaud. « Comme Ménez au foot, c’était Bastareaud, la vedette du rugby », sourit-il. Fofana met du temps à intégrer les exigences du rugby professionnel. Il n’a pas forcément envie de cette vie-là. « Je me suis posé pas mal de questions… Jean-Luc Arnaud, le préparateur physique du pôle France, m’a dit : « T’es fou ? » J’ai continué et j’ai bien fait. » Tous ses entraîneurs – au PUC, au pôle France de Marcoussis, à Clermont – lui reconnaissent des qualités rares en termes de tonicité et d’appuis. Elles lui ont beaucoup servi dans le rugby à VII où il fut également international.

– La métamorphose physique
« Je me rappelle de son arrivée à Clermont, raconte Aurélien Rougerie. Ce n’était pas du tout le joueur qu’il est aujourd’hui. Il a fait beaucoup d’efforts sur le plan physique. C’était le challenge le plus dur. Il était arrivé grassouillet. Quand tu le vois torse nu aujourd’hui, c’est Wesley… Snipes ! Il a connu une transformation surprenante. Si on m’avait dit qu’il évoluerait ne serait-ce qu’en équipe une à Clermont, j’aurais fait la moue… L’équipe de France ? Je pense que j’aurais rigolé ! » Wes avait précisément quitté le PUC, son club entre 2003 et 2008, pour se sculpter un corps d’athlète. « On me chambre encore avec ça. Il y a peu, notre préparateur physique avait placardé en salle de musculation deux photos de moi : avant, quand je suis arrivé, et après. J’étais à 102 kg avec 21% de masse grasse. Je suis maintenant à 94 kg et 9,8%. »

– Un mental atypique
On l’a dit atypique, déconcertant, voire j’m’en-foutiste… « Nonchalant, plutôt », corrige-t-il. Son caractère lui a joué des tours à ses débuts, difficiles (à partir de 2008), à Clermont. Quand on est un Parisien pas forcément très respectueux de l’hygiène de vie d’un sportif professionnel et qu’on débarque en Auvergne, quand on passe du PUC à Clermont, du pôle France à l’équipe première jaunarde, on connaît forcément des galères. « Il ne savait pas travailler et il est arrivé dans le club où on ne pense qu’à ça », se souvient Fabrice Ribeyrolles, son entraîneur de l’époque. « Au début, le staff pensait que je prenais tout par-dessus la jambe. Ils se sont aperçus du contraire. Je suis très carré dans ma vie et j’arrive à garder les idées claires. Et puis je ne me prends pas la tête facilement », relativise Wesley.

– Le joueur de demain
« Avec le travail que j’ai accompli physiquement, j’arrive à récupérer beaucoup plus facilement. J’ai vraiment appris à aimer ça. J’aime courir et faire de la musculation mais je ne contrôle pas ça. Quand je suis sur le terrain, je cours partout et sans arrêt. Parfois, je pourrais me canaliser. On me charrie parce que je suis accro au chronomètre. Je prends les vrais temps de récupération. Je suis devenu limite maniaque. » A Clermont, le champion de France 2010 parcourt en moyenne 7 kilomètres par match. Julien Deloire, le préparateur physique des Bleus, y voit le résultat d’un boulot acharné et d’une volonté de fer. « C’est un athlète qui arrive vraiment à maturité après trois années à l’ASM où il a énormément travaillé. Je n’oublie pas son passage dans les filières à Marcoussis. A l’instant T, Wesley est prêt. Il présente déjà un socle d’endurance et des qualités de vitesse et d’explosivité importantes. Et puis il n’est jamais rassasié car il a compris, en plus, qu’il n’était pas encore arrivé. » Philippe Saint-André, le sélectionneur de l’équipe de France, s’inquiétait de « l’athlétisation du rugby moderne ». « Si ça continue comme ça, avec autant de jeu effectif, il faudra prendre des athlètes avec une VMA (ndlr : vitesse maximale aérobie) énorme et seulement après leur apprendre à jouer au rugby. » S’il est un joueur qui préfigure ce rugby de demain, c’est bien Fofana.

Clermont s French center Wesley Fofana (L) runs with the ball during the French Top 14 rugby union match Clermont-Auvergne vs Castres on December 3, 2011 at Marcel Michelin stadium in Clermont-Ferrand. AFP PHOTO / THIERRY ZOCCOLAN

Clermont s French center Wesley Fofana (L) runs with the ball during the French Top 14 rugby union match Clermont-Auvergne vs Castres on December 3, 2011 at Marcel Michelin stadium in Clermont-Ferrand. AFP PHOTO / THIERRY ZOCCOLAN

– L’attaque
« Il est capable de jouer en pénétration et en évitement. Il n’y a pas beaucoup de rugbymen qui peuvent faire ce qu’il sait faire. Il possède une technique de sortie de plaquage que les autres n’ont pas », analyse son coach, Vern Cotter. Mais sa vitesse, son explosivité et la qualité de ses appuis ne font pas tout. « J’aime me fier à mon instinct et ne pas rester figé dans une stratégie, explique Wesley. Je n’ai pas envie de perdre cela. J’aime beaucoup les intervalles. Si je vois un trou, je fonce dedans. Il faut que j’arrive à canaliser mon jeu pour pouvoir faire la passe qui ouvre une brèche. » Ses partenaires aimeraient parfois le freiner. « Quand il part, il faut arriver à le suivre… », sourit Aurélien Rougerie. Il est souvent trop tard, « Wes » est déjà derrière la ligne, comme en témoigne chacun de ses essais dans le Tournoi 2012 (4 en tout). Et aussi l’absence de passes ! « Beaucoup de centres jouent d’abord sur leur physique, donc j’essaie de rester un peu atypique en évoluant davantage sur mes appuis. C’est une qualité que je n’ai pas besoin de beaucoup travailler car c’est un peu naturel. » Mais la force de Wesley, comme aime le rappeler Philippe Saint-André depuis qu’il l’a « dépucelé » dans le Tournoi, c’est « sa capacité à casser la ligne ». Sa polyvalence peut se révéler précieuse en cours de match, entre l’aile et le centre. Il l’a prouvé en changeant de poste contre l’Angleterre et le Pays de Galles.

– La défense
Si ses attaques flashy régalent les fans de rugby, Wesley a aussi su progresser en défense. « Ça fait deux ans que je travaille beaucoup dans ce secteur. Quand tu viens de Paris et d’un club comme le PUC, ce n’est pas forcément ta qualité principale. Le jour où tu changes de niveau en intégrant un club comme Clermont, il faut savoir défendre. » Alors, le garçon s’y met et redouble de vigilance. « Maintenant, j’aime bien plaquer. Avant, je ne m’y risquais pas, je n’en avais pas besoin. Mon coach, Vern Cotter, m’a recadré. Si je voulais jouer centre, je devais plaquer. » Un domaine où « Wes » doit encore progresser au niveau international. Quelques plaquages ratés contre l’Irlande et l’Angleterre ont été payés cash.

– Il s’est entraîné avec son chien
« Wes » s’est préparé l’été dernier en ajoutant des doses supplémentaires à la préparation effectuée en club. Un travail de fond partagé avec… son chien, un boxer nommé Laser. « Au début, c’est lui qui faisait le beau. Après, c’est moi qui étais devant… » Côté loisirs, Wesley n’est pas trop réseaux sociaux mais plutôt console de jeux, cinéma et poker. Il a tenté de gommer le mot « Facilité » de son vocabulaire. Fini les sorties, place au sommeil, à la récupération et à une alimentation adaptée.

– Il bat des records
Chasseur d’essais (« J’essaie d’être au bon endroit au bon moment »), Wesley avait rejoint Jérôme Gallion en inscrivant un troisième essai pour sa troisième sélection, face à l’Irlande (17-17). Auteur d’une quatrième réalisation lors de sa quatrième apparition en bleu face à l’Angleterre (22-24), il a signé un exploit unique en équipe de France. Cette performance, seul l’Anglais Carston Catcheside l’avait réalisée… en 1924 ! Le record absolu d’essais consécutifs pour des débuts en sélection reste la propriété du Néo-Zélandais Doug Howlett. Le All Black en avait inscrit au moins un lors de ses sept premières capes.

– Il a prolongé à Clermont
Wesley (24 ans) a prolongé son contrat avec le club auvergnat de deux saisons, plus une année optionnelle. « Il incarne cette génération montante qui s’est illustrée avec les Espoirs. C’est un pur produit de la formation clermontoise qui confirme depuis maintenant plusieurs saisons avec l’effectif premier. Il a prouvé que nous pouvions compter sur lui au plus haut niveau et cette prolongation est un prolongement logique de la route qu’il a su se tracer à l’ASM », souligne Jean-Marc Lhermet, le directeur sportif des Jaunards.

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