Équipe de France

Transferts : ça peut faire du bruit ! (4)

Entre les coaches qui connaissent déjà leur futur club (Pep Guardiola à Manchester City, Carlo Ancelotti au Bayern Munich), les stars en fin de contrat (Zlatan Ibrahimovic à Paris) et les OPA d’envergure internationale (« CR7 », Paul Pogba, Robert Lewandowski…), il n’y a pas que l’Euro qui annonce un été torride. Entre les premiers bruits de couloir, les rumeurs qui se confirment, les indiscrétions et les vraies infos, premier tour d’horizon avant le début des hostilités. Attention, dossier brûlant !

Ces agents qui font les transferts
Chez eux, les verres des lunettes sont comme les vitres de la voiture. Teintés. Ils sont les hommes de l’ombre qui font la lumière. Derrière leur opacité de façade, leur jet privé ou leur cinq téléphones portables, ils sont les agents les plus puissants du foot mondial. Ils font rêver, fantasmer, jaser. Mais ils font surtout la loi et l’ordre du marché. Jorge Mendes, Mino Raiola, Jean-Pierre Bernès, Nelio Lucas : zoom sur les 4 Fantastiques.

Jorge Mendes, le rocke­feller
Lui, c’est le number one. Ma vie pour un empire. Pour son mariage, Cristiano Ronaldo, « LE » joueur autour duquel il a essentiellement bâti sa fortune, lui a offert une île. Un cadeau comme un autre, après tout, quand on a négocié un transfert de Manchester United au Real Madrid pour 94 millions d’euros en 2010. Mais Mendes, c’est aussi José Mourinho, plus des deux tiers des transferts du FC Porto sur ces quinze dernières années, plus de 500 millions d’euros d’actifs joueurs. Jorge Mendes, c’est le transfert de James Rodriguez de Monaco au Real Madrid (un an après avoir organisé l’arrivée du Colombien sur le Rocher, en provenance de Porto bien sûr), ce qui a eu le don de pousser Angel Di Maria vers la sortie. Heureusement que l’agent de Di Maria, Jorge Mendes, a réussi à transférer l’Argentin à Manchester United. Chez les Red Devils, l’arrivée d’Angel poussait Nani vers la sortie ? Pas grave, l’agent du Portugais, un certain Mendes, s’est occupé de tout pour le rapatrier au pays, au Sporting. Un exemple comme un autre et comme chaque mercato nous en offre. Un exemple comme une habitude. Aujourd’hui, c’est un peu comme si l’Europe n’était plus assez grande pour lui. Alors, pour continuer encore son business, Jorge Mendes, 50 ans depuis janvier, regarde vers l’Orient. La Chine. Avez-vous remarqué l’incroyable mercato chinois en janvier dernier ? Même Jackson Martinez a quitté l’Atlético Madrid pour y goûter. Vous avez déjà deviné le nom de son agent. Du grand Mendes. ●

Jean-Pierre Bernès, le boss
Même sans Blaise Matuidi, avec qui la rupture a été violente et douloureuse (quand le Parisien a rejoint Mino Raiola, le litige s’est réglé devant les tribunaux), l’ancien bras droit de Bernard Tapie à l’OM reste l’agent le plus puissant du foot français. Une revanche éclatante pour celui qui avait été condamné à deux ans de prison avec sursis (il aura passé trois semaines derrière les barreaux), une interdiction d’exercer toute activité liée au football et qui a traversé une dépression longue et douloureuse, en 1995, au moment de l’affaire VA-OM. Mais ladite interdiction a été levée en 1996 et « JPB » a obtenu sa licence d’agent en 1999. En une dizaine d’années, il s’est construit un portefeuille de premier plan, pour devenir l’agent le plus influent de la scène française. Au point de susciter le fantasme, voire d’alimenter la rumeur du conflit d’intérêt, puisqu’il représente à la fois les meilleurs joueurs français (Ribéry par exemple) mais aussi Laurent Blanc et Didier Deschamps, autrement dit l’ancien et l’actuel sélectionneur des Bleus. Mais Jean-Pierre Bernès est aussi l’agent de Christophe Galtier, Michel Der Zakarian et d’internationaux à la pelle, de Samir Nasri à Jérémy Ménez, de Mathieu Valbuena à Nabil Fekir. A 59 ans, il est considéré comme le patron des agents français. ●

Mino Raiola, la grande bouche
L’histoire ne dit pas s’il a parfois regretté une de ses phrases. Mais on a une idée de la réponse. Dans le désordre, on peut rappeler un onirique « Ibrahimovic est une œuvre d’art. Je ramène la Joconde à Paris ! » Inoubliable. Ou peut-être une prophétie : « J’ai promis à Mario Balotelli qu’il serait Ballon d’or trois fois. » Celle-là, on l’avait oubliée. Mais on préfère encore les amabilités diplomatiques, qui reviennent à intervalles réguliers dans son périple : « Hubert Fournier est un connard » a succédé il y a peu au mythique : « J’ai dit à Pep Guardiola : « Tu es une merde ! » » Mino Raiola est arrivé sur la planète Ligue 1 avec Zlatan Ibrahimovic, avec qui il travaille depuis quinze ans maintenant. Il a connu Zlatan à Amsterdam, où il a grandi (il est né en Italie) et où il a démarré sa petite affaire. Avec Grégory Van der Wiel, Maxwell, Ibra, c’est à l’Ajax que Mino a mis un pied dans le pré. C’est avec Dennis Bergkamp qu’il a réussi son premier gros coup international, réalisant le transfert de l’attaquant néerlandais de l’Ajax à l’Inter Milan en 1993. Il a aussi été l’agent historique de Pavel Nedved, à l’origine du transfert du Tchèque de la Lazio à la Juventus, où il est devenu Ballon d’or. Aujourd’hui, c’est un poids lourd du marché qui représente notamment Mario Balotelli, Edinson Cavani, Blaise Matuidi, Paul Pogba et tellement d’autres. Mino Raiola était un homme très fort en bouche. A 48 ans, il est devenu un homme très riche, qui se déplace en jet. Le sien. ●

Nelio Lucas, le trader
Il est l’un des nouveaux hommes forts du milieu. Le Portugais Nelio Lucas, issu d’une famille modeste de Coïmbre et à la tête de la société Doyen Sports, est devenu en quelques années l’un des agents les plus influents. Enfin, « agent »… Lucas a construit son business sur la carte du toutes options : tour à tour agent, recruteur, banquier… C’est lui, le roi du « TPO » (la tierce propriété des joueurs), interdite par la FIFA en décembre 2014 (« Une décision de fou ! » pour Lucas), qui n’empêche pas les fonds de toujours spéculer autant sur les joueurs. La tierce propriété, couramment usitée au Brésil ainsi qu’en Espagne et au Portugal, offre la possibilité à des clubs de recruter des joueurs qui sont normalement hors de portée financière. Ces joueurs sont en copropriété entre le club et l’investisseur, qui est intéressé financièrement à la revente.
En 2014, Doyen Sports (le fonds d’investissement présidé par Lucas) a réussi le coup du siècle avec le transfert d’Eliaquim Mangala à Manchester City. Après avoir acquis 33,3% des droits économiques sur le joueur contre 2,65 millions d’euros, le fonds a récupéré 17,9 millions lors de la vente record (54 millions) du défenseur français à City. Celui que Vincent Labrune surnomme « Jerry Maguire » (l’agent des stars de NFL incarné par Tom Cruise au cinéma) s’est rapproché de l’OM depuis la saison dernière. Giannelli Imbula à Porto, c’est lui. Mauricio Isla, Rolando, Lucas Silva, Michel, c’est lui. « Vincent a eu plein de propositions d’entraîneurs quand Marcelo Bielsa est parti, explique Nelio dans un français parfait (il parle cinq langues couramment). Il a rencontré Mariano, l’agent de Michel, qui est mon ami. Ma mission, c’est de les aider. J’essaie de faciliter la vie des clubs. Quand l’OM a eu besoin d’un défenseur, j’ai négocié ça en deux minutes avec Porto et ils ont eu Rolando. » Parfois, ça aide, oui. Parfois, ça peut faire peur. ●

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