Étranger

Tableau noir : Ah, les beaux petits diables !

Gros plan sur les Novak Djokovic du foot mondial : la Belgique, numéro 1 du classement FIFA. Et pas qu’une fois.

Il y a une légitimité à tout et la victoire 4-3 sur la pelouse du Stade de France face aux Bleus en fin de saison dernière ne s’inscrira pas là en faux. Le classement FIFA a beau rester ce qu’il est, une photographie, et trimballer ses incohérences (certaines nations ne jouent pas pendant que d’autres enchaînent les matches, comme en juillet, par exemple, des années impaires – celles de la Copa America – et des bissextiles, réservées à l’Euro), il n’en reste pas moins un intéressant révélateur des forces en présence. Et depuis quelques mois, c’est la Belgique qui est assise sur le trône. Numéro un.
Une génération en or, symbolisée par son gardien de but, Thibault Courtois, considéré à juste titre comme l’un des meilleurs du monde et son Eden, Hazard, un Ballon d’or dans le placard à en croire José Mourinho ou Zinédine Zidane. Et une équipe qui s’élève, presque sans le demander, au rang des favoris de l’Euro. Alors, info ou intox ? La Belgique est-elle vraiment taillée pour la route ? Début de réponse avec Jean-Marc Ghéraille, le rédacteur en chef de la « Dernière Heure des Sports » et, accessoirement, un suiveur avisé des beaux petits diables.

Sur le statut de numéro 1 au classement FIFA
« Si Lewandowski ou Dzeko étaient belges… »
« Cela procure une certaine fierté, c’est sûr, mais nous ne sommes pas dupes non plus. On sait qu’on n’a pas battu grand monde. Au Brésil, lors du quart de finale de la Coupe du monde contre l’Argentine, on s’est rendu compte qu’il manquait encore quelque chose à cette équipe. On s’est retrouvé face à des joueurs roublards, pleins d’expérience, comme Javier Mascherano ou d’autres, et nos joueurs ont eu le sentiment de ne pas avoir montré toutes leurs qualités. Le résultat est apparu logique. Mais nous avons enchaîné quatre victoires lors d’une phase finale quand même, ce qui ne s’était jamais vu. Tout le monde sait que nous disposons d’une génération exceptionnelle mais nous n’avons rien gagné. On n’avait participé à aucune phase finale depuis la Coupe du monde 2002. La Belgique a un gardien de niveau mondial (Courtois) et cinq joueurs de classe internationale, voire mondiale. Mais il nous manque un killer. Si Robert Lewandowski ou Edin Dzeko étaient belges, je pense que l’on pourrait devenir champion d’Europe. Mais ce tueur devant, on ne l’a pas. »

Sur le jeu des Diables
« Beaucoup de mal face à un mur »
« Nous avons connu une campagne qualificative pour l’Euro assez difficile. Après la Coupe du monde, Marc Wilmots s’est tourné vers un jeu résolument plus offensif, il a voulu marquer chaque match de son empreinte. Or, on s’est rendu compte que l’équipe avait énormément de mal à imposer son jeu face à des formations hyper regroupées. Quand l’adversaire joue au ballon, on peut rivaliser avec n’importe qui. Dans le cas contraire, c’est encore très difficile. L’équipe a énormément de mal quand elle se retrouve face à un mur, avec dix joueurs regroupés derrière le ballon et dans leurs trente derniers mètres. Cette campagne de qualification pour l’Euro est venue le souligner de manière criante.
Wilmots est très attaché aux hiérarchies établies. Pour lui, le numéro un devant est Christian Benteke, le numéro deux Romelu Lukaku et le trois Michy Batshuayi. Pour l’Euro, on va partir sur un schéma classique avec Benteke en pointe, parce qu’il est le plus adapté à ce système. C’est le meilleur de la tête et Lukaku ne sait pas jouer dos au but. Dans le système de jeu de l’équipe, Lukaku est en difficulté. Ce n’est qu’un joueur d’espaces. Au milieu, Axel Witsel est incontournable. Il s’agit du relais de Wilmots. Il dit souvent de lui :
« Witsel, ce sont mes yeux sur le terrain. » A ses côtés, il y aura Radja Nainggolan, la révélation depuis un an et demi, et peut-être Marouane Fellaini si Kevin De Bruyne joue sur un côté. Sinon, Fellaini sera remplaçant. Mais quoi qu’il advienne, Fellaini reste incontournable. Même s’il ne joue pas tout le temps, c’est un indispensable du groupe, dans lequel il est omniprésent. En défense, il y a toujours l’interrogation Vincent Kompany (blessé à Manchester City). Mais on a l’habitude avec lui. En fait, avant chaque match, on se demande s’il va être apte ou pas. On sait qu’on est plus fort avec un bon Kompany. On sait aussi qu’il est en cristal. Avec, en plus, des problèmes inhérents au dos. Ça le poursuit depuis très longtemps. Mais au Stade de France, contre les Bleus, on a vu une très belle paire de centraux, Jason Denayer-Nicolas Lompaerts. Il y a Thomas Vermaelen aussi, qui ne joue pas assez à Barcelone. Tout va dépendre de la préparation. Certains vont s’imposer, d’autres non. Et puis à chaque phase finale, tu commences le tournoi avec une équipe et tu le termines avec une autre. »

Sur la patte Wilmots
« Le bon sens près de chez vous »
« Déjà et c’est son grand succès, il a su faire de ce groupe très talentueux une équipe. Ce n’était pas évident. On sent bien que tous les joueurs sont concernés. Ils ont envie de venir, ce qui n’était pas toujours le cas auparavant. Envie de se retrouver et de jouer ensemble. C’est incontestablement la première grande réussite de Wilmots. Il existe un véritable esprit de groupe. La vie interne se passe plutôt bien. Je dis « plutôt » parce que nous n’avons vraiment pas beaucoup accès à ce qui se passe à l’intérieur, il n’y a pas d’histoires croustillantes à rapporter. A la limite, c’est bon signe ! Là encore, Wilmots les tient bien. Il a rapporté la discipline, sur comme en dehors du terrain. Peut-être un peu trop, d’ailleurs, si l’on revient à ce goût de la hiérarchie établie et des principes de base auxquels il ne touche pratiquement pas. Wilmots, c’est un Belge qui a été éduqué à Schalke. Il ne faut pas l’oublier. C’est la rigueur allemande. Et puis il est issu d’une famille de fermiers. Il est longtemps monté sur les tracteurs. Il a ce côté très terrien. C’est un peu le bon sens près de chez vous. »

Sur Eden Hazard
« Il lui manque LE gros match »
« On aimerait qu’il fasse du Lionel Messi ou du Franck Ribéry pas blessé. On attend peut-être un peu trop de lui. Mais c’est difficile aussi pour Eden dans le système de jeu mis en place par Wilmots. Il doit respecter certaines consignes. Et s’il doit donner, un jour, les clés à un seul joueur, Wilmots les confiera à De Bruyne. Eden a longtemps pâti de la mauvaise image qu’il renvoyait en sélection. Ce n’est pas qu’il était mauvais mais les gens en attendent, depuis le départ, monts et merveilles. Et puis longtemps, il s’est fait massacrer par la presse flamande qui le flinguait après chaque rencontre internationale. Heureusement, ça s’est calmé. Cela aurait même plutôt tendance à se retourner. C’est peut-être un signe. Mais il manque à Eden LE gros match face à un cador. Il nous a sortis du piège contre la Macédoine, c’est très bien, bravo. Mais on attend qu’il nous fasse ce truc contre l’Espagne ou une autre formation de ce calibre en quart ou en demi-finale. Ça, il ne l’a pas encore réalisé. »

Sur l’Euro 2016
« J’ai peur qu’on s’épuise »
« Déjà, il y a ce tirage au sort qui n’est vraiment pas simple dans la perspective d’un tournoi complet. On débute contre l’Italie, qui est souvent une machine de guerre en compétition. Il va falloir être prêt tout de suite, dès début juin. Et ça, ce n’est jamais très bon dans l’idée d’aller loin. Après, bien sûr, on ne va pas dire qu’on a peur de l’Irlande et de la Suède mais je le répète, la perspective de jouer l’Italie n’est pas très enthousiasmante. Pour la suite, on n’a pas hérité d’un tirage favorable. On peut croiser l’Espagne et l’Allemagne. J’ai un peu peur qu’on soit très bien en début de compétition et qu’on s’épuise. Mais objectivement, nous avons les moyens d’aller en demi-finale. Après, ça dépend de tout. Les blessés, les suspendus, jouer à Lille ou Toulouse, dans la chaleur… Les garçons veulent montrer qu’ils méritent d’aller en demi-finales. Les gens n’ont pas été déçus de l’élimination contre l’Argentine en quarts de finale de la Coupe du monde. C’était contre le futur finaliste et puis il y avait ce côté folklorique chez nous. C’était la Coupe du monde, au Brésil, cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu les Diables Rouges en phase finale… L’attente est plus forte pour l’Euro. Maintenant, il faut le faire. C’est important parce que le sport est l’un des derniers bastions qui réunit notre nation, coupée en deux, entre les Wallons et les Flamands. Ça aussi, les joueurs le savent. »

Marc Wilmots, no future ?
Sous contrat avec la Fédération belge jusqu’en 2018, Marc Wilmots touche entre 1 et 1,2 million d’euros par an. Le plus gros salaire jamais versé par la Fédé belge mais des émoluments encore loin des contrats les plus lucratifs des grands clubs européens. Après la Coupe du monde 2014, le sélectionneur des Diables Rouges a décidé de tout miser sur l’Euro. Pour mieux partir après ? « C’est une hypothèse crédible, explique Jean-Marc Ghéraille, dans le sens où un grand club européen peut venir taper à sa porte. Mais les relations sont très courtoises entre Wilmots et la Fédération et il n’y aurait pas de gros problèmes. » Poussons l’hypothèse plus loin, ne faudrait-il pas un nouveau coach à la tête des Diables pour franchir ce palier supplémentaire ? Si le postulat est un poil (très) dur pour Wilmots, la réflexion s’arrête là. « Un grand coach étranger ? Mais la Fédération n’a pas les moyens d’attirer un Fabio Capello comme a pu le faire la Russie ! » Si Wilmots venait à partir, un nom revient avec insistance dans le pays. Celui de Michel Preud’homme, à la tête du FC Bruges depuis septembre 2013.

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