Basket

Sarunas Marciulionis, le pionnier venu de l’Est

Après la médaille d’argent de la Lituanie lors de l’Euro en Slovénie, nous vous proposons un hommage à l’un des plus illustres représentants du basket balte : Sarunas Marciulionis. Drafté au 6e tour par les Warriors en 1987, « Rooney » (son surnom aux USA) passa cinq saisons à Golden State avant de transiter par Seattle, Sacramento et Denver. Au même titre que le regretté Drazen Petrovic, ce fut un pionnier pour tous les basketteurs européens de NBA.

Saison 1994-95. Sarunas Marciulionis est aux lancers francs. Les Sonics sont à égalité avec Dallas. Ils ont besoin des 2 points de « Rooney » (son surnom aux Etats-Unis) pour remporter le match. L’Allemand Detlef Schrempf et Gary Payton viennent le chambrer. Sarunas rigole avant de marquer. Jamais il n’aurait dû participer à cette rencontre. Le bonhomme est simplement heureux. Et on le comprend. A Barcelone, en 1992, avec la Lituanie, le n°30 des Sonics avait connu le paradis. A son retour aux Etats-Unis, c’est l’enfer qui l’attendait. Deux ans sans jouer quasiment. Rupture des ligaments du genou droit. De quoi briser une carrière. Mais pas la sienne. Car Marciulionis est un roc. Dans son vocabulaire, le mot « Abandon » n’existe pas. Cela fait trop longtemps qu’il roule sa bosse sur le circuit.

Repéré par Donnie Nelson
En 1988, alors que la Lituanie faisait encore partie de l’U.R.S.S. et qu’il évoluait à Vilnius, Sarunas s’imposa comme le chef de bande de la sélection soviétique pour les Jeux Olympiques de Séoul. A la clé, un exploit monumental avec une victoire 78-61 sur les USA en demi-finales. La sélection de John Thompson réunissait quelques noms connus (David Robinson, Mitch Richmond, Stacey Augmon, Danny Manning, Dan Majerle, J.R. Reid, Hersey Hawkins…). Le gamin de Kaunas, étudiant en journalisme à Vilnius, fila le bourdon à l’Amérique entière. Puis à la Yougoslavie. Battus 76-63, les Drazen Petrovic, Vlade Divac, Toni Kukoc et autres Dino Radja durent se contenter de l’argent.

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Les larmes séchées, le business reprend son cours. Et l’or fait briller la cote de Marciulionis. Un an plus tôt, les Warriors l’avaient retenu au 6e tour de la draft, en 127e position. Une découverte de Donnie Nelson, fils et assistant du papa, coach de Golden State à partir de 1988. « Je me trouvais en Union Soviétique pour observer plusieurs joueurs. Un jour, je suis tombé sur un match à la télé. Je ne sais pas combien de points Sarunas a marqué mais à chaque fois qu’il avait le ballon, il prenait la direction du panier. Son agressivité était incroyable ! Les défenseurs n’avaient que deux choix : les 2 points ou la faute. » La rencontre Donnie-Sarunas marque le début d’une longue amitié. Marciulionis obtient un contrat garanti en Californie en juin 1989. A 25 ans, le surdoué balte devient le premier joueur de l’ex-Union Soviétique à rejoindre la NBA. Pour son bizutage, le 3 novembre, le n°13 des Warriors foule le parquet des Suns. Le ballon du match et son maillot iront directement au musée du Hall of Fame.

Dauphin de Schrempf dans l’élection du 6e homme
Pendant trois saisons, ce shooting guard de 1,96 m et 98 kg fera un véritable chantier en sortie de banc. 12.1 points de moyenne la première saison. 10.9 points la seconde, sur 50 matches, à une époque où « le Run TMC » (Tim Hardaway-Mitch Richmond-Chris Mullin) met toutes les défenses de la Ligue au supplice. 18.9 points la troisième, après le départ de Richmond à Sacramento. Durant cette saison 1991-92, « Rooney » se classe 3e meilleur scoreur des Warriors derrière Mullin et Hardaway. Sa patte gauche fait un malheur avec 53.8% de réussite aux tirs. Et il plante ses 19 pions par match en moins de 30 minutes, toujours en sortant du banc…

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Don Nelson, qui a demandé à son fils de jouer les interprètes – car l’anglais de Sarunas était très approximatif -, est tout simplement admiratif. « Quand il n’a pas de pépin physique, il peut tout faire sur un parquet. Il n’a pas de limites. Il joue comme un All-Star. » En 1991, Marciulionis termine 2e dans l’élection du Meilleur 6e homme de la Ligue derrière un autre Européen, Detlef Schrempf (Pacers). En 1992, rebelote. Le secret de sa réussite ? « Je ne suis jamais totalement satisfait de mon jeu. Je sais que je peux faire mieux à chaque fois. Quand on perd, je me dis toujours que c’est de ma faute. Si je suis content de moi, j’exprime ma joie le plus discrètement possible. Je n’aime pas me mettre en avant. »

Il paie tout pour que la Lituanie aille à Barcelone
Sauf pour que la Lituanie puisse participer aux J.O. de Barcelone après la proclamation de son indépendance en mars 1990. En 1992, Sarunas démarche les joueurs, les sponsors, l’équipementier et finance tout : les hôtels, les billets d’avion, l’achat des maillots… Le Joueur européen de l’année 1988 sait investir son argent. A Vilnius, il possède un hôtel de 26 chambres – le Sarunas Hotel -, le plus grand bar des sports avec toutes les chaînes américaines par satellite, une fondation pour aider les gamins lituaniens, la plus grande école de basket – la S.M. Basketball Academy -, un journal de basket et une marque de boisson sans alcool ! Son obsession : jouer contre la « Dream Team », celle de son pote des Warriors Chris Mullin. Pari réussi. En demi-finales, la Lituanie prend une leçon face aux stars NBA (127-76). Elle remportera le bronze devant la C.E.I., les frères ennemis de l’ex-République Soviétique (82-78).

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Mais le bonheur de Sarunas ne dure pas longtemps. Quand il retrouve son n°13 dans la baie de San Francisco, la guigne s’en mêle. Il ne disputera que 30 matches en deux saisons. L’équipe a changé de visage avec la prise de pouvoir du duo Latrell Sprewell-Chris Webber. Le second se brouille avec Don Nelson et obtient son transfert à Washington. Pour Sarunas aussi, l’heure du départ a sonné. Lorsque George Karl, en poste à Seattle, propose un échange Ricky Pierce-Marciulionis, les Warriors n’hésitent pas un seul instant. Sarunas est resté sur la touche trop longtemps. Chez les Sonics, Karl a une idée derrière la tête : « Sarunas sera notre leader du banc. Celui qui déboule sur le parquet pour remettre les pendules à l’heure. Je lui garantis un minimum de 15 minutes par match. A lui de nous convaincre. »

Avec les secours après le tremblement de terre de 1989
Flanqué du n°30, Sarunas refait surface. Il aime les défis et relève celui-là en rapportant plus de 9 points sur 18 minutes. Même le turbulent Gary Payton salue l’apport de l’un des premiers Européens à avoir eu un temps de jeu et un impact significatifs dans la Ligue. « Ici, tout le monde avait un ego démesuré. Sarunas sait remettre chacun à sa place. Il parle juste. Tout le monde l’écoute. » Sarunas savoure sa nouvelle vie : « Quand j’évoluais à Golden State, je trouvais le jeu des Sonics un peu fou. Ça se vérifie. On court partout, on recherche systématiquement l’interception, on joue à un rythme d’enfer pour étouffer l’adversaire. Maintenant que je suis avec eux, je me rends compte que c’est un système diabolique qui fonctionne à merveille. »

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Sorti de l’enfer, Marciulionis veut désormais y envoyer tous ses adversaires. Mais l’histoire s’achèvera en queue de poisson avec une élimination 3-1 au 1er tour des playoffs contre les Lakers, alors que les Sonics possédaient le deuxième meilleur bilan de la Pacific (57-25) derrière les Suns. Sarunas ne participe pas à cette campagne. L’aventure NBA dure encore deux saisons. A 31 ans, le Lituanien est cédé à Sacramento où il rapportera 10.8 points sur moins de 20 minutes. En juin 1996, il prend la direction de Denver. Les Kings l’échangent contre Mahmoud Abdul-Rauf. Dernière année limitée à 17 matches (6.8 pts). Les Nuggets le couperont en juillet 1997.
En 1993, Marciulionis créa la Ligue de basket lituanienne, dont il devint président. Le 17 octobre 1989, après un tremblement de terre de magnitude 6,9 sur l’échelle de Richter qui fit 63 morts et 3 700 blessés dans la région de San Francisco, il se présenta en tenue des Warriors pour aider les secouristes à évacuer des gens prisonniers d’un train de banlieue…

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