Basket

Sam Perkins, le faux cool

Pendant 17 ans, Sam Perkins a trimbalé son flegme sur tous les parquets de la Ligue. Pas toujours compris, cet ailier fort-pivot atypique, très adroit à 3 points, a disputé trois Finales NBA avec trois équipes différentes. Toutes perdues…

C’est un bonhomme tranquille qui est toujours resté dans l’ombre des stars et qui s’en est parfaitement accommodé. Son transfert chez les Sonics, le 22 février 1993, le propulse enfin sur le devant de la scène du basket américain. Samuel Bryce Perkins (2.06 m, 107 kg), 31 ans à l’époque, a passé la moitié de sa vie à jouer au basket mais son talent commence à peine à être reconnu. Il était temps. Dans « l’Emerald City », Perkins impose sa « calming influence ». « La dernière fois que j’ai vu Sam vraiment énervé ? J’attends encore », s’exclame James Worthy, son ancien coéquipier à la fac.
Quatrième choix de la draft 1984 derrière Hakeem Olajuwon, Sam Bowie et Michael Jordan et membre de la All-Rookie First Team 1985, Perkins n’aura pas eu besoin de baratin ni de spots de pub pour crever l’écran. Durant la saison 1992-93, les Lakers débutent le championnat avec 26 victoires pour 23 défaites. Sam est leur ailier fort de choc. Après son départ chez les Sonics, ils perdent 20 des 33 derniers matches de la saison régulière. La franchise de Seattle, elle, se hisse en finale de Conférence. Les Sonics s’inclineront face à Phoenix en sept manches. « Il est très malin, explique son coach chez les Sonics, George Karl. En playoffs, tu gagnes autant avec ta cervelle et avec ton cœur qu’avec ton talent. Et Sam est un winner dans l’âme. Des joueurs comme lui ont une vraie force intérieure. »

Le meilleur intérieur shooteur à 3 points de NBA
En carrière, Perkins ne casse pas la baraque : 12 points et 6 rebonds par match, c’est correct, pas exceptionnel. Mais peu de joueurs ont aussi bien occupé leurs journées. Il fut joueur de l’année de l’Etat de New York au lycée, champion NCAA 1982 avec North Carolina, médaillé d’or aux Panamerican Games en 1983, médaillé d’or olympique à Los Angeles en 1984 (co-capitaine de l’équipe), finaliste NBA en 1991 avec les Lakers, en 1996 avec les Sonics puis en 2000 avec les Pacers… Sur la carte de visite, il n’y a plus de place.

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Peu de temps après l’arrivée de Perkins au Nord-Ouest des Etats-Unis en échange du pivot mollasson Benoit Benjamin et du rookie sans contrat Doug Christie, les fans de Seattle inventent un nouveau cri de guerre : « Sam I am ». Perkins se révèle être le meilleur intérieur tireur à 3 points de la Ligue. Son adresse extérieure fait de Seattle une équipe aussi dangereuse dans le périmètre que dans la raquette. C’est la première fois qu’on lui confie un rôle de shooteur. A star is born.
Lors des playoffs 1993, il fait fort. Contre Utah, il réussit trois tirs primés dans le troisième quart-temps du Game 5, le dernier, au 1er tour. Face aux Rockets en demi-finales de Conférence Ouest (4-3), il inscrit le point gagnant pendant la prolongation du Game 7 d’un tir en pivot en tête de raquette. Puis il offre une première victoire à Seattle en finale de Conférence face à Phoenix avec deux tirs décisifs à 3 points dans les dernières minutes du Match 2, disputé dans l’Arizona (103-99). « Sans Sam, nous ne serions jamais arrivés jusque-là », affirme George Karl. « Je ne suis pas un marqueur vedette mais je travaille dur », commente sobrement l’intéressé.

Il n’a jamais connu son père, mort lorsqu’il avait 1 an
Certains de ses surnoms, tels que « Easy », « Big Smooth », « Le tueur silencieux » ou « Sleepy Sam », reflètent véritablement sa personnalité. Il paraît si cool que certains le croient fainéant et mou. Image trompeuse. Perkins s’est donné à fond chez les Mavericks, l’équipe qui l’avait drafté, pendant six tumultueuses années. Au moment de rediscuter d’un contrat, le propriétaire, Norm Sonju, renonça à concurrencer l’offre des Lakers. Derek Harper, le meneur de Dallas, fut le premier à le regretter : « Sam ne gêne pas le jeu, il fait son boulot, même s’il minimise son rôle. C’est incontestablement le mec qui s’est le plus sacrifié pour l’équipe. »

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En fait, Perkins se sacrifie depuis sa naissance. Il ne connut jamais son père, mort lorsqu’il avait 1 an. Ses trois sœurs et lui furent élevés par sa mère et sa grand-mère à Bedford-Stuyvesant, l’un des quartiers durs de Brooklyn. Sa grand-mère, Martha, était témoin de Jéhovah. Sam passa de longues journées à ses côtés à distribuer « La Tour de Garde », la Bible des Témoins. Son caractère peut s’expliquer en partie par les principes des Témoins, renforcés plus tard par la discipline stricte de North Carolina. Sam haïssait l’école. Sa vie bascula le jour où Herb Crossman, un conseiller financier, l’aperçut dans la rue. « Il devait être le gars le plus grand de son école, se souvient Crossman. Il avait une grosse coupe afro et était hyper maigre. J’ai demandé quel était son nom. Les kids m’ont dit que son surnom était Kareem… Ils m’ont dit qu’ils ne l’avaient jamais vu jouer mais qu’ils le battraient sûrement. »
Herb Crossman devient le père (spirituel) que Sam Perkins n’a jamais eu. Il définit les règles. Son influence est telle que Perkins accuse le coup lorsque Crossman quitte New York. Ses résultats scolaires se détériorent, son comportement se dégrade. Lorsque Crossman suggère l’idée de devenir son tuteur légal, la famille de Sam, séduite, donne rapidement son accord. Perkins boucle ses valises et s’inscrit à la Shaker High School de Latham où il retrouve aussitôt une bonne moyenne scolaire. Herb Crossman fut son premier père. James Worthy sera le second.

Sam a l’air de se foutre de tout et cela lui cause du tort
Durant son année sophomore à North Carolina, Perkins partage sa chambre universitaire avec lui. Ils remporteront un titre NCAA aux côtés de Michael Jordan et seront réunis à nouveau chez les Lakers au début des années 90. Longtemps, Perkins considérera Worthy comme son modèle en basket (plus tard, il citera Hakeem Olajuwon et Chris Mullin parmi les joueurs les plus difficiles à prendre en défense). Une fois dans la Ligue sous le maillot des Mavericks, le jeune diplômé en communication ne fanfaronne pas. Mais en NBA, tout le monde ne comprend pas les vertus de l’humilité. « Tout le monde veut un peu d’attention. Moi, je n’ai jamais voulu que les spotlights m’aveuglent. Je ne peux pas contrôler ce que les gens pensent de moi mais bon, je m’en fous un peu. Lorsqu’on me connaît, on comprend pourquoi je suis ce que je suis. »

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Perkins a l’air de se foutre de tout et cela lui cause du tort. Lorsqu’il rate deux entraînements chez les Lakers (où il signe comme free-agent le 6 août 1990), il explique qu’étant le seul homme de la famille, il a dû s’occuper d’un parent souffrant d’une maladie potentiellement mortelle. Comme il ne veut pas s’étaler sur le sujet, la rumeur court qu’il souffre d’une dépression nerveuse. Au moment de son transfert à Seattle, Perkins explique encore qu’il s’absente pour s’occuper de sa grand-mère malade. « Si je m’étais appelé Charles Barkley, les choses ne seraient jamais allées aussi loin. Les superstars ont la chance de pouvoir s’expliquer. Les mecs d’un niveau plus modeste comme moi ne passent jamais à la télé pour raconter leur histoire. »
Perkins a le sentiment d’être incompris. Peu importe. Sa réponse, il la donne sur un terrain de basket. Dans la vie de tous les jours, en montant des camps – comme le « Big Smooth Coolout » – pour lever des fonds en faveur de services pédiatriques. Ou derrière un micro. Chaque dimanche soir, il anime son propre show sur une radio locale. Il possède un café à Dallas, le « Neo Soul ». Une maison de production à Seattle, « 848 Productions ». Durant cette saison 1995-96 qui voit les Sonics accéder aux Finales, c’est le seul joueur, avec Hersey Hawkins, à se farcir les 82 matches de saison régulière (11.8 pts de moyenne). Il réussit 129 tirs à 3 points (2e de l’équipe) et frôle les 80% (79.3) sur la ligne des lancers francs. Perkins dispute l’intégralité des matches de playoffs – 21 – et continue de planter de loin (32 tirs primés) tout en jouant pivot. Sauf au 1er tour, contre Sacramento. Shawn Kemp suspendu, il doit se décaler en 4. On ne reverra plus jamais Seattle à ce niveau.

Au bon endroit au bon moment
En 1997 et 1998, les Sonics disparaissent en demi-finales de Conférence Ouest (4-3 contre Houston et 4-1 contre les Lakers). Perkins prend la direction d’Indiana où il s’engage comme free-agent le 21 janvier 1999. Il rapporte péniblement 5 points par rencontre derrière le pivot néerlandais Rik Smits. Mais encore une fois, Sam est au bon endroit au bon moment. Sur le banc, Larry Bird réalise des prouesses. Avec la doublette Reggie Miller-Jalen Rose, le meneur vétéran Mark Jackson, l’inamovible pivot batave, quelques travailleurs de l’ombre (Dale Davis, Travis Best, Austin Croshere), un Chris Mullin en bout de course et un jeune talent du nom d’Al Harrington, les Pacers remportent leur division en 2000 (56 victoires-26 défaites) avant d’écarter Milwaukee (3-2), Philadelphie (4-2) et New York (4-2) en playoffs.

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Sam Perkins est en Finales NBA pour la troisième fois de sa carrière, avec un troisième club différent. Pas grand-chose à faire contre le bulldozer Shaquille O’Neal. Indiana réalise déjà un exploit en enlevant deux matches sur six face aux Lakers (les 3 et 5). Le natif de Brooklyn se revoit neuf ans plus tôt contre les Bulls de Jordan. Sans son tir primé à la dernière seconde du Match 1 (victoire des Lakers 93-91 dans l’Illinois), la Finale 1991 aurait été plié en quatre manches. « Big Smooth » disputera une dernière année avec les Pacers (3.8 pts sur 64 matches) avant de tirer sa révérence.
Depuis juin 2008, l’ex-recordman du nombre de tirs primés réussis dans un match sans un échec (8 contre Toronto le 15 janvier 1997, battus par les 9 de Latrell Sprewell en 2003 et Ben Gordon en 2006) est responsable des relations avec les joueurs d’Indiana. En septembre 2008, il a été intronisé au Basketball Hall of Fame de la ville de New York en compagnie de Kenny Anderson ou Rod Strickland.

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