Équipe de France

Rugby : Les 6 glorieuses (fin)

Depuis ses débuts en 1987 avec le succès fracassant des All Blacks jusqu’à l’édition 2007 et le deuxième sacre de l’Afrique du Sud au Stade de France, la Coupe du monde a écrit en accéléré l’histoire du rugby moderne. Cela méritait bien un arrêt sur images… Retour sur les moments les plus forts de la compétition. Frissons garantis !

2007, LES SPRINGBOKS VOIENT DOUBLE

• Le contexte
Deux dossiers sont en lice pour l’organisation de la Coupe du monde 2007. L’un conduit par l’Angleterre, déjà organisateur de l’épreuve en 1991, l’autre par la France qui a accueilli quelques matches délocalisés lors du Mondial 1991 en Angleterre et lors de l’édition 1999 au Pays de Galles. Le projet anglais propose une refonte complète de la compétition avec un tournoi élite, dit « Super Eight », qui regrouperait les seize meilleures nations de l’ovalie et un autre comprenant vingt pays de niveau moindre et les éliminés du 1er tour du Super Eight.
La proposition française, plus traditionaliste, s’inspire du format en vigueur depuis 1999 avec vingt équipes réparties en quatre poules de cinq, les deux premiers de chaque groupe étant qualifiés pour les quarts de finale. Pas de suspense : le 10 avril 2003, à une très large majorité de 18 voix contre 3, l’IRB opte pour le dossier bleu parce qu’il est « le meilleur pour le développement du rugby ». Que quatre rencontres, dont un quart de finale, se disputeront à Cardiff et deux autres matches auront lieu à Edimbourg. Le Portugal, qui a arraché sa qualification en repêchage, devient le 24e pays à participer à la phase finale de l’épreuve.

• Le match
Le pire des scénarios. Après avoir perdu le match d’ouverture contre l’Argentine, la France termine 2e de son groupe et doit disputer le quart de finale de « sa » Coupe du monde au Millennium de Cardiff… Et pas contre n’importe qui puisque ce sont les grands favoris néo-zélandais qui se dressent sur la route des Bleus. Les Blacks ont traversé la phase de poule en alignant les cartons (309 points marqués en quatre matches, ce qui est un record). Ils n’ont plus perdu face aux Coqs depuis novembre 2000 et restent sur quelques fracassants succès : 47-3 à Lyon en no­vembre 2006 puis 42-11 et 61-10 (plus large défaite de l’histoire de l’équipe de France) lors de la tournée des Tricolores en Nouvelle-Zélande deux mois avant le début de la Coupe du monde. Bref, c’est un Everest qui se dresse devant la bande à Ibanez.
Et sans surprise, les joueurs de Graham Henry attaquent la rencontre pied au plancher. Dès la cinquième minute, un terrible tampon de Joe Rokocoko laisse K.-O. Serge Betsen (remplacé par Imanol Harinordoquy). Deux pénalités de l’inévitable Dan Carter et un essai transformé de Luke McAlister donnent un avantage conséquent aux « visiteurs ». Et si, juste avant la mi-temps, un coup de pied de Lionel Beauxis permet de réduire le score, c’est tout de même avec un handicap de dix points (13-3) que les Frenchies regagnent les vestiaires.
Au retour sur le terrain, c’est un tout autre scénario qui commence à s’écrire. Une nouvelle pénalité de Beauxis sonne l’heure de la révolte. Thierry Dusautoir, l’appelé de la dernière heure (il a rejoint le groupe après la blessure d’Elvis Vermeulen), est énorme depuis le début de la rencontre. Le plaqueur fou et défenseur indestructible y va de son numéro. Après plusieurs attaques au large où les Bleus font voltiger le ballon d’un côté à l’autre du terrain, c’est lui qui aplatit l’essai de la rédemption. 13-13 après la transfor­mation. Le combat a changé d’âme. Même l’essai du troisième ligne Rodney So’oialo n’éteint pas les ardeurs françaises.
Les Bleus repartent à l’assaut. Ils reviennent dans la partie grâce à une percée chirurgicale de Damien Traille et Fred Michalak conclue victorieusement par Yannick Jauzion et prennent, pour la première fois, l’avantage à la marque (20-18 à la 69e) après la transformation de Jean-Baptiste Ellisalde. La suite, la fin ? C’est une défense héroïque des hommes de Bernard Laporte qui protègent chaque parcelle de terrain comme si leur vie en dépendait. Magnifiques de courage dans une atmosphère de plus en plus suffocante sous le toit fermé du Millennium, jusqu’au coup de sifflet final et libérateur. L’exploit, digne de celui réalisé lors du Mondial 1999 contre ces mêmes All Blacks, sera hélas sans lendemain puisque les Tricolores s’inclineront en demi-finales contre l’Angleterre puis face à l’Argentine, une nouvelle fois, dans le match pour la 3e place.

• La star
2007 est son année. En club, l’ailier sud-africain Bryan Habana a remporté le Super 14 avec les Bulls de Pretoria. Cherry on the cake, c’est lui qui a planté l’essai victorieux en finale face aux Sharks. Il va traverser la Coupe du monde 2007 comme dans un rêve. Ou plutôt comme un ouragan. Ultra-rapide – il a été chronométré en 10”5 sur 100 m -, super puissant – 1,80 m pour 94 kg -, le joueur aux allures de sprinter bodybuildé donne le ton dès l’entame de la compétition. A coups de crochets dévastateurs, d’accélérations foudroyantes et de feintes étourdissantes, il fait exploser la défense des Samoa et inscrit quatre essais pour son compte personnel. Un quadruplé qui participe largement à la large victoire des Springboks (59-7).
Il fait encore le show face aux Etats-Unis (deux nouveaux essais) et, plus encore, contre l’Argentine en demi-finales. A la clé, deux réussites supplémen­taires – l’une toute en technique, l’autre toute en puissance -, ponctuées d’un plongeon dans l’en-but adverse aussi majestueux… qu’inutile. Aérien, théâtral mais aussi terriblement efficace, Habana a bien mérité le titre de Meilleur joueur de la Coupe du monde 2007 que l’IRB lui décerne à l’issue de la compétition. Avec huit essais, il termine meilleur marqueur de ce Mondial et égale le record établi en 1999 par Jonah Lomu. C’était bien son année.

• La finale
Comme on se retrouve ! Cinq semaines après s’être affrontées en poule, l’Afrique du Sud et l’Angleterre remettent ça, toujours au Stade de France de Saint-Denis, mais avec un tout autre enjeu : les deux équipes sont en finale et c’est le titre suprême qu’elles se disputent. Lors du premier épisode, il n’y avait pas eu de match. L’armée britannique, en totale déroute, fut rincée, vidée, écrasée par le bulldozer sud-af qui lui infligea un humiliant 36-0. Beaucoup ne s’en seraient jamais remis. Pas les joueurs à la Rose.
Piqués au vif, ils ont, au fil de la compétition, retrouvé des couleurs, jusqu’à écarter l’Australie et la France en quarts de finale et en demi-finales. L’Angleterre a ainsi décroché un improbable billet pour la finale. Depuis la première confrontation, la donne a changé. C’est une rencontre autrement plus serrée et terriblement verrouillée que Sud-Africains et Anglais nous proposent. On assiste à une guerre des packs avec un engagement physique féroce. Chaque ballon est disputé avec âpreté.
Pas de grandes envolées dans ce match d’hommes, comme on dit, mais un furieux combat. Pas d’essai non plus. Celui de l’Anglais Mark Cueto en début de deuxième mi-temps est refusé : il a passé un pied en touche. C’est donc les coups de pied qui vont faire la différence. Percy Montgomery face à Jonny Wilkinson. Dans cet exercice, le buteur sud-africain – qui termine meilleur réalisateur du tournoi avec 105 points – ne tremble pas. Les Springboks s’imposent 15-6. Pour la deuxième fois de leur histoire (en quatre participations seulement puisqu’ils avaient été privés des deux premières éditions, apartheid oblige), ils offrent le William Webb Ellis Trophy à leur pays.

• L’image à retenir
Douze ans après le premier sacre des Boks at home, le pilier Os du Randt devient le premier joueur sud-africain à remporter deux titres mondiaux. Sur cette note glorieuse, le mastodonte de 35 ans décide de mettre un terme à sa carrière. Un final en forme d’apothéose.

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© 2015 Editions Le Nouveau Sportif / Blue Ride

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