Équipe de France

Rugby : Les 6 glorieuses (3)

Depuis ses débuts en 1987 avec le succès fracassant des All Blacks jusqu’à l’édition 2007 et le deuxième sacre de l’Afrique du Sud au Stade de France, la Coupe du monde a écrit en accéléré l’histoire du rugby moderne. Cela méritait bien un arrêt sur images… Retour sur les moments les plus forts de la compétition. Frissons garantis !

1995, SAGA SOUTH AFRICA

• Le contexte
La désignation de l’Afrique du Sud comme pays organisateur de cette troisième Coupe du monde est l’un des moments les plus forts de la toute jeune compétition. Pour cause d’apartheid, les légendaires Springboks ont en effet été privés des deux précédentes éditions. Et voilà donc qu’un an après les premières élections multiraciales au suffrage universel qui ont porté Nelson Mandela à la présidence, l’Afrique du Sud revient sur le devant de la scène internationale du rugby dans le rôle phare d’organisateur. L’instant est historique et chargé de symboles qui dépassent largement le cadre du sport…

• Le match
C’est un déluge d’eau qui tombe sur Durban ce 17 juin, donnant au King’s Park des allures de piscine plus ou moins olympique. L’orage a éclaté avec une violence inouïe et on s’interroge pour savoir si la demi-finale devant opposer l’Afrique du Sud, pays hôte de cette Coupe du monde, à la France pourra effectivement avoir lieu. Les conditions sont extrêmes. A trois reprises, l’arbitre repousse le coup d’envoi tandis que des femmes de ménage et des hommes de la sécurité essaient, à grands coups de raclettes, d’évacuer l’eau qui gorge la pelouse.
Finalement, la rencontre débute avec 90 minutes de retard sur l’horaire initial. Sur ce terrain qui ne favorise pas les grandes envolées et alors que la pluie continue d’asperger les joueurs, on assiste à un rude affrontement entre les deux packs. Tout pour plaire aux mastodontes Springboks, au jeu diablement physique. Cela n’empêche pas les Bleus de Pierre Berbizier de faire largement mieux que se défendre. Dans la nuit apocalyptique de Durban, les 15 Coqs restent debout, ne lâchent pas un mètre, magnifiques de courage, de volonté et de talent.
« Ce match, dira plus tard le capitaine et futur sélectionneur du XV de France Philippe Saint-André, dépassait le rugby. Nous étions bien meilleurs qu’eux mais il fallait que, d’une façon ou d’une autre, l’Afrique du Sud soit en finale. »
Et dans cette partie à la dimension irréelle, l’arbitrage du Gallois Derek Bevan laisse dubitatif le camp tricolore. C’est que le sieur accorde un essai au troisième ligne Ruben Kruger très loin d’être évident. Il prend d’autres décisions surprenantes. Refuse un, deux, trois essais aux Frenchies. Et puis à quelques instants de la fin du match, alors que les Sud-Afs mènent 19-15, il y a cette improbable percée d’Abdelatif Benazzi, porté par toute son équipe et qui se plante dans l’herbe de Durban, sous une forêt de joueurs. Avant ou après la ligne fatidique ? Avant, décide l’inénarrable referee. Cette fois, c’est définitivement fini. Ces Bleus-là, extraordinaires de panache et tellement pleins d’allant, méritaient probablement beaucoup mieux. Mais pouvaient-ils aller contre l’histoire ?

• La star
Jonah Lomu a à peine 20 ans et tout juste deux sélections derrière lui lorsqu’il vient bouleverser l’univers de l’ovalie. Il s’agit d’un trois-quarts à l’impressionnant physique qui annonce l’ère du professionnalisme, un sacré bonhomme approchant les deux mètres sous la toise et pas loin des 120 kg sur la balance. Puissant mais aussi terriblement véloce puisque « Big Jonah » vaut moins de 11 secondes sur 100 m. En Afrique du Sud, il va se révéler aux yeux du monde. Sept essais tout au long de la compé­tition et surtout un incroyable quadruplé contre l’Angleterre en demi-finales l’élèvent au rang de première star planétaire du rugby.
Lancée dans les quartiers difficiles du South Auckland, la fusée Lomu va, ce 18 juin 1995 dans le Newlands Stadium du Cap, approcher les étoiles. Jonah affole, effraie et finalement atomise les Anglais. Avec, comme un symbole, son premier essai juste après le coup d’envoi. L’ailier black récu­père la balle d’engagement britannique et se lance dans une chevauchée fantastique et solitaire que rien ne peut arrêter. Il déborde Underwood, dépassé, raffûte Carling qui explose en vol, échappe encore au plaquage de Catt qu’il piétine avant d’aplatir victorieusement. L’essai est surréaliste et annonce la naissance d’un géant. La légende est en route.

• La finale
L’Ellis Park de Johannesburg est rempli à ras bord. 63 000 spectateurs, pris d’une douce folie, qui créent une atmosphère indescriptible, des avions à réaction qui passent dans le ciel et le président et ancien prisonnier politique Nelson Mandela avec le maillot sud-africain sur les épaules : tout est réuni pour que cette finale entre les Boks et les Blacks soit la grande fête rêvée par tout un pays. Avec, pour finir, le plus délicieux des happy ends, lorsque le président noir Mandela remet le trophée du vainqueur au capitaine blanc sud-africain François Pienaar.
Le match ? Bon, il n’atteint pas des sommets. Si les Springboks, transcendés par tout un peuple, montrent rapidement qu’ils ne lâcheront rien, les Néo-Zélandais, irrésistibles jusque-là, paraissent d’un coup anesthésiés. Par l’enjeu peut-être, par l’ambiance sans doute. Dans ces conditions, les formations s’en remettent à leurs buteurs. Joel Stransky, héros local, d’un côté, Andrew Mehrtens, de l’autre, pour une égalité longtemps parfaite. Trois pénalités et un drop chacun. Les buteurs et leurs équipes ne parviennent pas à se départager. C’est donc en prolongation que tout va se décider. C’est là que Stransky, au bout de la fatigue mais encore suffi­samment lucide, entre définitivement dans l’histoire en balançant un drop de 30 m qui déchire le ciel de Johannesburg avant de passer entre les poteaux néo-zélandais. Et dire qu’avant ce jour de gloire, il n’avait réussi que deux drops en équipe nationale…

• L’image à retenir
C’est un cliché qui a fait le tour du monde. Si fort, tellement improbable quelques années plus tôt. Nelson Mandela, élu en 1994 à la présidence de l’Afrique du Sud après avoir passé plus d’une vingtaine d’années en prison, au temps de l’apartheid, assiste à la finale de la Coupe du monde entre son pays et la Nouvelle-Zélande avec le maillot vert des Springboks sur les épaules avant de remettre le trophée des vainqueurs, toujours dans cette tenue, au capitaine sud-africain François Pienaar. Une page d’histoire s’écrit sur un terrain de sport et sur fond de réconciliation nationale.

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