Étranger

Roberto Pereyra, la forte tête d’Argentine

Sans faire de bruit et en quelques mois, le milieu argentin Roberto Pereyra s’est imposé à la Juve, aux côtés de Paul Pogba et Carlos Tevez. Tout sauf le fruit du hasard pour le gringo au parcours cahoteux mais gagnant. Entre polyvalence et vivacité, ses deux plus forts atouts. Portrait !

Il joue avec le numéro 37 dans le dos mais ce n’est pas un appel aux dons. Roberto Pereyra n’a eu besoin de personne pour s’imposer au cœur de la Juve, qu’il avait rejointe l’été dernier. Prêté par l’Udinese (prêt payant de 1,5 million d’euros assorti d’une option d’achat de 14 millions), il n’a même pas eu à réclamer son numéro fétiche. Il était libre. « J’ai toujours joué avec celui-là et notamment, à River où tout a commencé. Le 37, depuis le début. Pourquoi changer ? »
A 24 ans, l’Argentin s’est d’abord fondu dans le moule turinois avant de s’affirmer comme un titulaire en puissance aux yeux de Massimiliano Allegri. L’été dernier, quand les dirigeants piémontais étaient allés le chercher à l’Udinese Calcio, pensaient-ils rafler une telle mise ? Pas sûr. Roberto était surtout là pour faire le nombre. Gonfler l’effectif, élargir le champ des possibles, surtout dans le champ des doublures. Voilà ce qu’il disait lors de sa présentation officielle à Vinovo, au Sud de Turin, le centre névralgique des Bianconeri, lors de son arrivée : « Je connais tous les champions qui jouent au milieu du terrain. J’arrive, je suis à la disposition de l’entraîneur et j’attendrai qu’il me fasse jouer. Je sais qu’au début, ce sera difficile pour moi. Je m’entraînerai dur pour être prêt. » On était à mi-chemin entre la pondération du diplomate et la lucidité du « rookie » sachant que le milieu en question, triple champion d’Italie en titre, était alors composé de Andrea Pirlo, Arturo Vidal (néo-Munichois), Paul Pogba et Claudio Marchisio.

Ecrémage post-Coupe du monde
Mais la bête n’avait pas peur. « Je suis vraiment heureux de faire partie d’une grande institution du foot mondial, reprenait Roberto. J’ai fait beaucoup de sacrifices pour arriver à ce niveau et c’est vraiment une fierté d’évoluer sous le maillot bianconero. Je veux progresser aux côtés de joueurs comme Andrea Pirlo, Paul Pogba et Carlos Tevez. » Le ton est donné dès la première journée du Calcio, lors d’un déplacement au Chievo Vérone en forme de symbole : il entre à la place de Vidal à quatre minutes de la fin.
Les saisons post-Coupe du monde sont toujours difficiles pour les meilleurs joueurs. Enfin, les joueurs concernés par le tournoi. Dans une sorte de décompensation post-traumatique, la Juve n’est pas épargnée. Arturo Vidal, qui était déjà enquiquiné par son genou lors du Mondial au Brésil, commence à sérieusement tirer la patte. Kwadwo Asamoah, le Ghanéen, rejoint lui aussi l’infirmerie pour une durée indéterminée. Coup de massue dans le Piémont : Pirlo doit également lever le pied et tout le reste. Absence prolongée du maestro…

Titulaire contre son ancien club
Allegri, qui avait succédé à Antonio Conte sur le banc turinois, était arrivé avec certaines convictions bien à lui. Mais il va peu à peu faire confiance à l’Argentin. Le 3-5-2 immuable de Conte, ce système qui avait fait de la Juve une véritable machine de guerre sur la scène italienne, injouable pendant trois ans (mais qui n’avait jamais passé le cut sur les greens de la Ligue des champions…), s’efface peu à peu devant un 4-4-2. Allegri était aussi venu pour faire en sorte que la « Vieille Dame » retrouve son allure d’antan en C1. Il en est convaincu : cela ne sera pas possible en évoluant à trois derrière.
Pereyra, qui a joué 4 minutes à Vérone lors de l’ouverture officielle de la saison, se retrouve titulaire dès la 2e journée. Hasard du calendrier, ironie de l’histoire ou les deux, peut-être, c’est contre l’Udinese qu’il fête sa première titularisation avec les Bianconeri. Victoire 2-0 et un match presque plein, où il fait parler sa vivacité et sa polyvalence au milieu, deux choses que les Monégasques ont vues de près en quarts de finale de la Ligue des champions. Son entraîneur apprécie tout particulièrement la seconde caractéristique. Il commence à le trimballer de poste en poste, match après match. Car le Mister n’a pas remisé au fond du tiroir le 3-5-2 si efficace en championnat. Au contraire. Ses joueurs l’ayant assimilé de façon presque automatique, il jongle entre plusieurs systèmes de jeu, un luxe auquel aucune autre équipe dans la Botte ne peut prétendre.

Drogue et criminalité
Dans cette adaptation en accéléré, Roberto enchaîne avec, à chaque fois, un goût prononcé pour l’option multifonctions. Un coup devant la défense, en lieu et place de Pirlo, un coup à droite, dans ce rôle si spécial et si harassant d’homme de couloir du 3-5-2. L’homme qui doit défendre à son poteau de corner puis créer le décalage et délivrer un bon centre dans la foulée, à l’autre bout du terrain. « Il faut dire toute l’importance d’Allegri, témoigne Pereyra. Elle est énorme ! D’abord, il m’a fait confiance. Quand je suis arrivé, je me suis retrouvé au milieu de joueurs qui avaient remporté trois fois le Scudetto consécutivement. J’ai eu une opportunité, je l’ai saisie. J’ai simplement fait mon devoir. Je suis comme ça, je m’entraîne dur, je ne lâche jamais. » De l’argentin dans le texte.
Car il faut préciser que la vie du bonhomme n’a jamais été un long Pô tranquille. « Lorsque je revois mon parcours, je me dis que ç’a été vraiment très dur… On ne m’a rien offert. A la maison, mon père était le seul à travailler. Quand c’était trop dur, on ne mangeait pas. S’il n’y avait pas d’argent, je n’allais pas m’entraîner, parce que je ne pouvais pas m’acheter le billet du bus. Je serai toujours reconnaissant envers mes parents. Sans eux, je ne serais allé nulle part. Dans mon quartier, il y avait la drogue, la criminalité… Le football m’a sauvé. Il a fait de ma vie un conte de fées. »

15 heures de bus pour aller jouer
Roberto a d’abord tâté le ballon sur le même terrain que les autres. « Dans la rue, comme tous les autres garçons en Argentine qui ont grandi avec le mythe du foot. A 10 ans, je cherchais à imiter mes idoles, à marquer le but ou à faire le geste technique de Diego Maradona. » Mais alors, depuis le trottoir jusqu’au terrain en herbe, il s’est passé quoi ? « Un voisin m’a amené jouer avec son fils à Uta (ndlr : à San Miguel, un quartier au Nord de Buenos Aires). Ça s’est bien passé. Tout a commencé là-bas. J’y suis resté cinq ans. Cinq années de travail, d’entraînements et de sacrifices. Entre Tucuman et Buenos Aires, il y a plus de 1 000 kilomètres. Pour jouer, au début, je prenais le bus pendant 15 heures. Ça prenait presque 20 heures pour aller à Mar del Plata. L’avion coûtait bien trop cher. Il n’y avait même pas d’argent pour manger. »
Un jour, le grand club voisin de River Plate remarque le talent, la grinta ou un peu des deux de ce gamin déjà fort en tête. « Quand ils m’ont vu, les dirigeants m’ont proposé mon premier contrat professionnel. J’avais 17 ans, j’ai tout de suite appelé mon père et ma mère pour leur demander ce qu’ils voulaient comme cadeau. J’ai acheté une maison à ma mère pour qu’elle sorte de ce quartier. Les choses sont encore pires aujourd’hui que lorsque je suis né… »

« Au bout d’une semaine, je voulais rentrer »
Le monde pro. Le Monumental. Le maillot rouge et blanc. Forcément, ça vous change la vie. Mais ce n’était que le début. « Un jour, Sergio Furlan, mon ami et mon agent, est venu me dire qu’il y avait des observateurs de l’Udinese. Nous sommes allés les voir. Sergio m’a expliqué : « Tu seras mieux là-bas qu’ici. » » Les débuts du jeune Argentin n’obéiront pas franchement aux prédictions. « Ç’a été l’enfer… Au bout d’une semaine, je voulais rentrer chez moi. Je ne parlais pas, je ne me sentais pas bien. Mais heureusement, Sergio et Carolina, mon amie, m’ont soutenu. Je leur dis encore merci aujourd’hui. Ils sont restés près de moi, m’ont poussé. Grâce à eux, je me suis accroché et je suis parvenu à sortir de cette période noire. » Qui durera six mois, quand même. « Jusqu’à ce que Mauricio Isla se blesse. J’ai commencé à jouer avec une certaine continuité et je ne me suis plus arrêté. »
Depuis ? C’est comme une courbe linéaire, qui part d’en bas et ne finit pas de monter. Roberto est devenu un titulaire à part entière au sein de cette Juve qu’il voyait si grande à son arrivée. « El Tucumano » (un surnom qu’il doit à ses amis proches) a même découvert l’Albiceleste à l’automne, quand Tata Martino l’a intégré aux côtés de Javier Mascherano et Angel Di Maria, face au Brésil. Un match amical qui a laissé des traces sous sa coiffe d’Iroquois. « J’ai beaucoup fêté ma première sélection. C’était un rêve dans le rêve. Je n’arrivais pas à y croire mais c’est bien arrivé. C’est trop beau ! Maintenant, je ne veux plus m’arrêter. C’est une fierté sans bornes d’être en sélection mais aussi de faire partie de la Juve. Mauro Camoranesi est né près de chez moi, en Argentine, mais je ne l’ai jamais rencontré. C’était un grand monsieur qui a remporté beaucoup de trophées ici, à Turin. Je m’inspire de ce genre de joueurs. Etre dans le vestiaire aux côtés de Carlos Tevez, wow… »
« L’Apache » avait une furieuse envie de finir sa carrière à Boca Juniors, son club de cœur. Son vœu a été exaucé. Aurait-il pu convertir l’ancien de River ? « Ah non ! On se chambrait beaucoup à propos de cette rivalité… J’étais souvent chez lui et lui chez moi. » Pereyra a encore pas mal de choses à régler avant de penser à un retour au bercail. En Europe, en général, et à la Juventus en particulier.

Vu par… Gerardo Martino, sélectionneur argentin
« Roberto est à la fois un véritable ailier, un vrai joueur de rupture et un milieu relayeur. Il peut évoluer à tous les postes du milieu en donnant toujours satisfaction. Je l’ai intégré à la sélection en début de saison et il était comme un poisson dans l’eau au milieu des autres. »

Roberto au sujet de la « machine » Paul Pogba
« C’est un super joueur et un super coéquipier. Paul est tellement fort ! Il est encore très jeune mais il fait déjà partie des meilleurs joueurs du monde à son poste. Il est énorme à la récupération et possède une qualité technique largement au-dessus de la moyenne. C’est une machine ! »

Profil
■ Né le 7 janvier 1991 à San Miguel de Tucuman (ARG)
■ 1,84 m, 74 kg
■ Milieu de terrain
■ International argentin. Première sélection : le 11 octobre 2014 à Pékin (Chine), Brésil-Argentine 2-0
■ Roadbook : River Plate (ARG, 2010-11), Udinese (ITA, 2011-14), Juventus Turin (ITA, depuis 2014)

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