Équipe de France

Rétro foot : Le Michel Platini show

Euro 1984, France-Yougoslavie. Viens voir le magicien… Après une première période morne, le capitaine de l’équipe de France décide de prendre les choses en main. Et même des pieds et de la tête. Cela va faire mal. Servi très show !

C’était le dernier match de poule des Bleus, déjà qualifiés pour les demi-finales, après l’âpre bataille contre le Danemark (victoire 1-0) et la formidable balade face aux Belges (5-0), dans un stade de La Beaujoire, à Nantes, flambant neuf pour un incroyable feu d’artifice. C’était la dernière sortie de ce qui s’appelait encore la Yougoslavie, conviée vers la sortie avant ce dernier match. C’était à Geoffroy-Guichard, dans un Chaudron si chaud, qui savait passer du vert au bleu sans état d’âme, avec toujours la même ferveur. Cela aurait pu être une sorte d’apothéose avant d’entrer dans le dernier carré, cela a failli se transformer en couac monumental. Mais heureusement, Michel Platini était là et veillait…
Ce 19 juin 1984, Michel Hidalgo décide de reconduire le 3-5-2 qui avait réalisé tant de merveilles face à la Belgique. Sauf que là, rien ne se passe comme prévu. Les Français, amorphes, comme anesthésiés, traversent la première mi-temps tels des ombres, on aurait envie de dire des zombies. Pas d’engagement physique, pas d’attaque sur le porteur du ballon, pas de rythme. Pas grand-chose, à vrai dire. Dragan Stojkovic et sa bande, qui n’apprécient pas d’être bousculés mais s’adaptent parfaitement quand le train prend des allures sénatoriales, vont profiter de ces étonnantes largesses tricolores. On vient juste de passer la demi-heure de jeu lorsque le moustique Milos Sestic, très remuant, se met, bzzz, bzzz, à piquer. Ça fait mal et surtout, ça fait but ! 0-1. Quel pied-de-nez !

A la mi-temps, Michel Hidalgo, son staff et les joueurs les plus influents ont compris qu’il fallait changer de stratégie.

Adieu le 3-5-2, on revient à un 4-4-2 des familles. Pour faire court, Dominique Rocheteau sort, Thierry Tusseau rentre au poste d’arrière gauche, Patrick Battiston passe latéral droit et Jean-François Domergue, pour sa part, glisse en défense centrale. Luis Fernandez remonte au milieu du terrain, Jean-Marc Ferreri retrouve son côté droit favori et le maestro Michel Platini se positionne en neuf et demi. Une complète réorganisation tactique
La suite de la partition, sans la moindre fausse note, c’est lui, « Platoche », qui va l’écrire, avec ce talent qui n’appartient qu’aux joueurs venus d’une autre planète. La leur, peut-être. Même pas vingt minutes pour régler l’affaire. Un petit coup de patte, là, pour planter un but du gauche. Une tête pleine de détermination – pas son point fort pourtant, la tête – pour offrir l’avantage aux Bleus sur un centre de Battiston et un coup franc, bien sûr, de son pied droit magique, pour faire le break. La totale ! Le hat-trick so perfect : un du gauche, un de la tête, le dernier du droit.
Viens voir le magicien, le musicien, le comédien… Voir le magicien. Un pur régal offert par l’extraterrestre. Show si chaud. Et voilà comment les Bleus ont failli se brûler avant d’enflammer Geoffroy-Guichard, redevenu le Chaudron des plus belles années. Au sortir du vestiaire, Patrick Battiston ne peut évidemment que tresser des louanges à son grand pote. « On a beau avoir l’habitude, Michel nous étonne encore. Il n’a jamais été aussi fort. Avec lui, on ne doute de rien parce qu’il est capable, à tout moment, de nous gagner un match. A le voir aussi sûr de lui, on a simplement envie de tout donner pour tenter de se hisser à son niveau. »
Et l’archange Michel, qu’en pense-t-il ? Il apprécie, forcément. Mais ne cache pas, non plus, quelques inquiétudes d’avant-match. « Oui, confie le héros de la soirée, j’étais un peu anxieux à l’idée de retrouver Geoffroy-Guichard (ndlr : il avait évolué à Saint-Etienne avant de signer à la Juventus Turin en 1982). Pour en revenir à la rencontre, on ne l’a sans doute pas abordée de la meilleure manière, comme si on avait déjà l’esprit aux demi-finales, mais je veux retenir notre réaction d’orgueil. Cet orgueil doit animer l’équipe de France. Quand la technique ne marche pas bien, il faut savoir se battre avec des armes différentes. » Et lui en avait tant dans sa panoplie !

La fiche du match

  • Mardi 19 juin 1984, 3e match de poule de l’Euro.
  • Stade Geoffroy-Guichard à Saint-Etienne, France-Yougoslavie 3-2 (0-1).
  • Arbitre : M. Daina (SUI).
  • Spectateurs : 48 000.
  • Buts : Platini (59e, 61e et 76e) pour la France ; Sestic (31e), D. Stojkovic (80e sur pen.) pour la Yougoslavie.
    • France : Bats – Fernandez, Battiston, Bossis, Domergue – Tigana, Giresse, Ferreri (Bravo, 77e), Platini – Rocheteau (Tusseau, 46e), Six. Sélectionneur : Michel Hidalgo.
    • Yougoslavie : Simovic – Radanovic, N. Stojkovic, Zajec, Miljus – Sestic, Gudelj, Bazdarevic (Katanec, 83e), D. Stojkovic – Susic, Vujovic (Deveric, 60e). Sélectionneur : Todor Veselinovic.

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