Étranger

Renato Sanches, l’échappée belle

Le Portugal avance toujours masqué avec un Cristiano Ronaldo qui veut trop en faire en sauveur de la patrie. Heureusement, Renato, le très jeune milieu de la Seleçao, est là pour apporter sa fraîcheur. Et nous offrir ses fulgurances. Attention, phénomène !

Officiellement, Renato Sanches est né le 18 août 1997 si l’on se fie à ses papiers d’identité. Mais personne n’en est complètement sûr. Peu de temps après sa naissance, son père est parti bosser en France sans inscrire le fiston à l’état civil. La faute est rattrapée… cinq ans plus tard, quand la famille rentre au pays. On n’est pas complètement sûr de son âge mais personne ne doute de son talent.
Au sein d’une formation qui passe chaque tour à l’arrache, Renato Junior Luz Sanches, de son nom complet, éclaire le jeu trop souvent sans saveur de la Seleçao. Et il faut rappeler qu’il avait abordé l’Euro 2016 sur un mini-strapontin, comme le vingt-troisième de la liste de Fernando Santos. Retenu pour la première fois en sélection au mois de mars dernier, il a débuté ce tournoi dans la peau d’un « substitute » (20 minutes contre l’Islande, toute la deuxième mi-temps face à la Hongrie). Avant de changer de paletot en huitièmes.
Il était toujours remplaçant mais sa rentrée en deuxième période a – un peu – réveillé une formation plutôt amorphe. C’est d’ailleurs à la conclusion de l’une de ses chevauchées pleines de détermination que Quaresma, au bout de la prolongation et de la nuit, a inscrit le but qui a envoyé le Portugal au tour suivant. Elu homme du match, Renato a surtout fait apprécier ses qualités de joueur box to box avec un énorme potentiel, tant au niveau technique que physique.
Agressif pour récupérer et gratter les ballons, infatigable au pressing, il sait aussi, en phase offensive, ouvrir des brèches, avec cette capacité à vite se projeter vers l’avant à travers ses courses, ses prises de balle ou ses appels. Il a fini par convaincre Santos de le titulariser (une première en sélection) pour les quarts. Une riche idée.
Le Portugal, surpris par la rapide ouverture du score de Robert Lewandowski pour la Pologne, peine à se remettre la tête à l’endroit. Mais voici le petit jeunot. Ses dreadlocks s’agitent au rythme de ses foulées entraînantes. Le garçon qui est né à Lisbonne – mais dont les racines voyagent jusqu’au Cap-Vert – mue en sauveur de la patrie. A l’origine du mouvement, il s’appuie sur Nani avant de déclencher une lourde frappe du gauche, aux vingt mètres, après la demi-heure de jeu. Le ballon s’en va transpercer les filets polonais. Egalisation et instant d’extase. « Oui, c’était un moment très fort, confirme-t-il. Je suis très heureux d’avoir marqué, surtout que je ne m’y attendais pas vraiment. »
Renato Sanches n’est pas du genre à se poser des questions existentielles. L’enfant était paraît-il turbulent. Né dans le quartier un peu pourri de Musgueira, il n’hésite pas à venir chatouiller ses aînés de la sélection à l’entraînement, aussi renommés soient-ils. Il fonce droit devant, toujours. Et se voit désigné une nouvelle fois Homme du match, dans ce quart vraiment à part pour lui. Renato prend ses responsabilités au moment de la séance des tirs au but (puisque le score n’a plus bougé après son égalisation). Il raconte : « Le coach a demandé qui voulait y aller. Cristiano Ronaldo a choisi de s’élancer le premier. Et comme je le sentais bien, je me suis proposé pour frapper après lui. J’avais confiance en moi. » Et c’est sans la moindre petite once d’appréhension qu’il a transformé la sentence. Rappelons que sa carte d’identité indique qu’il n’a pas encore 19 ans…
De toute façon, l’éclair Sanches fait tout plus vite que tout le monde. Passé directement des U19 à l’équipe nationale des « grands », sans cocher la case Espoirs, il est devenu en France le plus jeune joueur portugais à disputer la phase finale d’un tournoi majeur. Et le plus jeune buteur de l’Euro dans un match à élimination directe.
Peut-être plus fort encore : ce grand fan du Néerlandais Clarence Seedorf a débuté la saison avec l’équipe B du Benfica Lisbonne. Quand en novembre, il a rejoint les A, il s’agissait d’un aller sans retour. Championnat (24 matches, 2 buts), Ligue des champions (dont le quart de finale contre le Bayern Munich) : il a tout joué, tout le temps. Et tout aussi rapidement attisé les convoitises.
Une féroce lutte a opposé le Bayern (tiens, tiens) à Manchester United dans la chasse au jeune prodige. Ce sont les Bavarois qui ont décroché la timbale en faisant fonctionner la planche à billets à plein régime. Coût de l’opération : 33 millions d’euros, assortis de bonus qui peuvent faire monter l’affaire à 78 millions ! Le joueur n’a pas encore une saison complète dans les pattes mais les pattes en question valent déjà de l’or. « C’est le meilleur joueur de l’Euro, assurait Carlo Ancelotti, son futur entraîneur en Allemagne. Il s’agit véritablement d’un phénomène. »
Le sélectionneur portugais, Fernando Santos, ne dit pas franchement autre chose. Et promet plus. « Oui parce qu’il dispose d’une belle marge de progression. Il va devenir encore meilleur, j’en suis certain. » Où s’arrêtera-t-il ?

L’insolite
C’est le président Luis Filipe Vieira, déjà en poste à l’époque, qui raconte l’histoire. Il n’a pas fallu plus d’un quart d’heure au Benfica pour se décider à enrôler le tout jeune – il avait 9 ans – Renato Sanches. Pour cela, les dirigeants avaient déboursé quelques centaines d’euros et promis à son club d’Aguias da Musgueira 25 ballons. Pour rappel, le milieu de terrain vient d’être transféré au Bayern Munich pour 33 millions d’euros, une indemnité qui pourrait atteindre au final, avec les différents bonus, 78 millions !

Le chiffre : 97
Le très actif milieu de terrain de la Seleçao a joué 97 ballons au cours du quart de finale contre la Pologne. C’est le meilleur total côté portugais.

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