Cyclisme

Planète Cyclisme 69

Janvier – Février 2017

Par Thomas Voeckler, Rédacteur en chef exceptionnel

© Armel Le Bescon

«Vous êtes peut-être surpris de me retrouver à cette place dans Planète Cyclisme. Mais je vous rassure immédiatement : je reste toujours coureur cycliste. Quelques mois encore. Après avoir annoncé ma retraite pour 2017, et ce sera bien le cas à l’issue du Tour de France, j’avoue que je me suis laissé tenter par une première expérience dans un média. J’interviens sur l’ensemble des sujets avec les journalistes de la Rédaction dans ce hors-série du magazine qui couvre l’année écoulée. Ce fut enrichissant de revisiter ainsi ce qui a été ma dernière saison complète dans le peloton. Il y a une vie après le vélo, et, travailler comme consultant est une voie que j’aimerais explorer. On verra bien. Chaque chose en son temps. Ce livre d’or de la saison, que j’ai concocté avec la Rédaction, m’a permis d’aborder tous les sujets qui me tiennent à coeur. Et s’ils sont importants pour moi, ils le sont sûrement à différents degrés aussi pour vous. Prenons l’exemple du champion du monde. Comment ne pas être admiratif d’un coureur comme Peter Sagan ! Ce double champion du monde est une chance pour le cyclisme, car il apporte à la fois son enthousiasme, sa fougue et le panache qui font la race des coureurs d’exception. J’aime son tempérament de bagarreur, cet esprit qu’il incarne pour redonner ses lettres de noblesse à notre sport. Ma crainte serait que Sagan se lasse à l’épreuve du temps. Des stéréotypes de nos courses notamment, qui l’ont éloigné des sentiers plus funs du VTT qu’il avait connus dans sa jeunesse ! Je note qu’il n’a pas hésité à s’aligner sur l’épreuve de “mountain bike” aux Jeux Olympiques de Rio l’été dernier, comme s’il éprouvait déjà le besoin de respirer ailleurs ! Hélas pour notre sport, il n’y a pas des petits “Sagan” en stock. En tout cas, je n’en vois pas pour le moment, car ce coureur est unique et l’homme, dans le fond, toujours imprévisible. En cyclisme, quel que soit l’échelon, la variété des parcours, la nature des équipes et des coureurs, quand bien même l’année fut riche en exploits, je remarque aussi qu’il y a trop souvent un manque de générosité, de folie pour tout dire, qui me laisse circonspect dans le déroulement de nos courses. Alors oui, je peux comprendre votre ennui devant l’attentisme des uns et des autres, car j’entends vos reproches ici et là. On aime ou on n’aime pas Christopher Froome, le débat n’est pas là. J’avoue quand même que la manière dont il a attaqué Nairo Quintana sur le Tour de France à l’amorce d’une descente de col était gonflée. Quelle maestria dans sa technique de descente ! Mais c’est pourtant le vélo comme je l’aime, avec un scénario improbable qui fonctionne au bout du compte, car il crée un écart et marque le coup psychologiquement. Dans le même registre, j’ai adoré la prise de risques de Romain Bardet avec son coéquipier Mikaël Chérel pour aller chercher une 2e place sur le Tour à Paris, alors que tout le monde avait les mains sur les cocottes de freins dans l’étape périlleuse de Saint-Gervais. “Just do it” pour reprendre le slogan d’une marque américaine, car c’est exactement ce dont le cyclisme a besoin aujourd’hui pour le rendre plus jouissif chez les acteurs et plus fun pour vous spectateurs et téléspectateurs.

La nouvelle génération française m’apporte du bonheur, car elle a ce goût du risque qui a été la caractéristique de ma carrière.

Les histoires sont ainsi toujours plus belles à raconter. L’exploit, l’audace nourrissent le vélo qui a besoin d’être magnifié et romancé pour agrandir la famille cycliste. Une famille en révolte aussi avec une nouvelle fois des vies perdues sur les routes d’entraînement et en compétition. Le risque 0 n’existe pas, mais 2016 est une année noire et la disparition du jeune Romain Guyot chez nous au Vendée U nous a mis une nouvelle fois à l’épreuve et rappelé la triste réalité que nous exerçons toujours un métier terriblement dangereux. Quelles que soient les routes, les courses et nos entraînements. J’aurai 38 ans quand je vais raccrocher en juillet prochain, mais je partirai en homme libre avec le sentiment du travail accompli, car le passage de témoin est réussi. La nouvelle génération française m’apporte du bonheur, car elle a ce goût du risque, qui a été la caractéristique de toute ma carrière. Elle est riche dans sa diversité, avec des sprinteurs, des grimpeurs, des rouleurs et me donne de l’espoir pour demain. Je suis convaincu que l’on gagnera bientôt à nouveau le Tour de France avec l’un d’eux.
Tous nos jeunes et moins jeunes ont été à bonne école, comme je l’ai été moi-même à mes débuts avec ceux qui transmettent leur passion dans les clubs. C’est un peu bateau de dire ça, mais le cyclisme est bien l’école de la vie. Au crépuscule de ma carrière, je me rends compte qu’il m’a fallu persévérer tout en remettant le coeur à l’ouvrage. Je ne parle même pas de sacrifices, car mes victoires m’ont fait oublier cette notion qui écarte toute frustration au moment de raccrocher. La route, le peloton, les différents sponsors de mon équipe, plurielle dans sa composition mais singulière dans la structure, car toujours au coeur de la Vendée, ce qui n’a pas manqué d’intriguer sur ce dernier point – je m’en explique plus loin dans le magazine – m’ont permis de vivre les plus grandes émotions de ma vie. Le parfum des victoires comme l’essence des rencontres les plus diverses m’ont enrichi humainement. C’est sûrement pour ça aussi que je quitterai cette scène heureux de plonger dans la vraie vie, plus en confiance en tout cas pour aborder un nouveau départ. »

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