Cyclisme

Piste, la tradition française

Toujours la même chose ! Aux JO, judo, escrime, équitation et cyclisme sur piste deviennent soudainement intéressants aux yeux du public, faisant invariablement monter les stats du nombre de médailles. Durant le XXe siècle, la piste française n’a pas dérogé à la règle. Petit tour d’horizon des rois du pignon fixe français.

Edmond Jacquelin, l’homme qui fit chuter Major Taylor
Boule de muscles, coup de taureau, torse de minotaure, Edmond Jacquelin fut le premier sprinter français à élever la piste au rang d’institution. Ses duels avec Paul Bourillon, Constant Huret et George Banker remplissent les vélodromes de Buffalo, Roubaix, du Parc des Princes et de Berlin. A cette époque, on court plusieurs fois la semaine, les francs coulent à flot et le dernier grand chic des élégantes et des mondains est d’envahir les gradins entourant les pistes et de parier sur les champions. Champion du monde, champion de France, multiple vainqueur de grands prix, Jacquelin inscrit son nom dans l’histoire en devenant le premier Européen à faire tomber le monstre américain Marshall Walter Taylor, dit Major Taylor. Après deux ans de négociations, le 16 mai 1901, les deux hommes s’affrontent pour le match du siècle dans un Parc des Princes complet mais qui aurait pu accueillir trois fois plus de spectateurs. Henri Desgrange, organisateur du futur Tour de France, qui a négocié le contrat de l’Américain, peut se frotter les mains, les caisses sont pleines. Le contraste physique est saisissant. Au colosse français, l’Américain oppose sa musculature souple comme une liane. En deux manches, le Français domine facilement Major Taylor d’un pneu, puis de plusieurs longueurs pour la revanche. Cette victoire fera grand bruit. Jacquelin devient l’idole de tout un peuple. Ce qui n’empêchera pas Taylor, traité comme un « Nègre » aux USA et comme une star en Europe, de multiplier les exploits jusqu’en 1910, année de sa retraite.

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Michel Rousseau, le costaud de Vaugirard
Débonnaire, inventeur, hargneux comme personne, Michel Rousseau s’est construit l’un des plus beaux palmarès français avec une décontraction incroyable. Arrivant un quart d’heure avant la course, plaisantant entre deux manches, « le Gros » empocha deux titres mondiaux en amateurs et devint champion olympique à Melbourne en 1956, rendez-vous dont il fut l’un des héros avec Alain Mimoun. Cet éternel inventeur qui se présenta au Mondial 64 avec un vélo cadre plongeant et des pédales automatiques (quel précurseur !) avait besoin d’un ennemi pour donner le meilleur de lui-même. En France, ce fut Roger Gaignard avec lequel il domina la piste française pendant 12 ans. Au niveau mondial, ses affrontements avec l’Italien Antonio Maspes restèrent dans les annales et firent s’arracher les cheveux aux premiers responsables de chaînes télé. Spectaculaires, les matches de vitesse avaient les honneurs des commentateurs vedettes comme Claude Darget et Léon Zitrone. Ce fut une belle pagaille en régie lorsqu’en 1961, les deux hommes imposèrent aux spectateurs et téléspectateurs un interminable surplace de plus de 45’ à l’avantage de l’Italien. Ce fut le chant du cygne de la carrière de ce fantasque coursier qui, ensuite, parcourut le monde pour faire fortune. Il eut moins de succès qu’en vélo.

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Trentin-Morelon, le duo gagnant
Louis « Toto » Gérardin a pris en main les destinées de l’équipe de France sur piste. L’ancien champion de France de vitesse, successeur de Marcel Cerdan dans le cœur d’Edith Piaf, a sous sa coupe deux coureurs d’exception : le longiligne Daniel Morelon et Pierre Trentin, boule de nerfs râblée. Depuis 1963, leur première rencontre, c’est « Je t’aime moi non plus ». Classe de Morelon, volonté inébranlable de Trentin : leur union fut telle qu’aujourd’hui encore, leurs noms sont indissociables. Comme ce 21 octobre 68. Dans le sillage de Colette Besson, ils font résonner une troisième Marseillaise à Mexico. Quelques jours avant, Trentin s’est effondré à l’issue d’un kilomètre départ arrêté pendant lequel le manque d’oxygène (dû à l’altitude) a autant participé à sa performance qu’à son épuisement. A Morelon de gagner aisément le sprint avant les retrouvailles en tandem, point culminant de l’épopée de nos pistards qui glanent une quatrième médaille d’or (en poursuite) avec Daniel Rebillard. Morelon récidivera en 1972 et bouclera sa carrière avec 8 titres mondiaux, 3 titres olympiques et 14 maillots nationaux. Il en rajoutera quelques dizaines comme entraîneur de l’équipe de France. Après Mexico, Trentin engrangera 3 titres mondiaux, 5 GP de Paris et 7 records du monde. Ils représentent presque 50% du palmarès de l’US Créteil (6 titres olympiques, 13 mondiaux, 7 européens, 50 français), le club de leur carrière.

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Félicia Ballanger, le plus beau palmarès
Pour avoir le plus beau palmarès français, il faut se tourner vers les filles. Tout le monde connaît Jeannie Longo. Quel serait le résultat d’un micro-trottoir concernant la popularité de Félicia Ballanger ? Cette native de La Roche-sur-Yon, prénommée Félicia en hommage à Felice Gimondi, possède l’un des plus beaux palmarès de la piste française. Sous la houlette de Daniel Morelon, coach rêvé pour une pistarde, elle domine le sprint mondial pendant les années 90, laissant les miettes à ses rivales. Son tableau de chasse ? Trois médailles d’or aux J.O., 10 titres mondiaux, 7 titres français et 6 records du monde ! Pas étonnant qu’elle figure dans la promotion des « Gloires du sport français » 2010.

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Rousseau-Tournant, l’histoire continue
Le successeur de Morelon, c’est lui. Le plus rapide de tous les temps sur 200 m (au niveau de la mer), c’est encore lui. Florian, c’est une volonté de fer derrière un visage angélique encadré par une chevelure blonde, éternel sourire en bandoulière. Sous la houlette de Gérard Quintyn, il va, comme Ballanger, écraser la décennie sur piste. C’est aux J.O. 1996 d’Atlanta qu’il installe sa domination en remportant l’or du kilomètre arrêté. Il rajoutera 2 médailles d’or (keirin et vitesse par équipes) à Sydney et 10 titres mondiaux à son palmarès. Dans cet âge d’or, il serait injuste d’oublier Arnaud Tournant, troisième larron de cette incroyable équipe, recordman absolu (14 titres mondiaux de 1997 à 2008 dont un triplé unique en 2001). Intelligemment, afin d’augmenter les chances de l’équipe, il se consacra au kilomètre arrêté, laissant la vitesse à Rousseau. Engagé par Cofidis, il devint le premier sous la minute au kilomètre en 58’’875 à La Paz, le 10 octobre 2001. Après 14 ans chez Cofidis où il avait créé une structure piste, il s’est engagé auprès du Conseil général du Nord pour l’assister dans la construction du vélodrome de Roubaix.

Jean-Jacques VOISIN / PLANETE CYCLISME

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