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Paul-Georges Ntep : « Je ne suis pas un rêveur »

Il est au moins aussi explosif sur les pelouses que calme et posé en dehors. Quand il démarre, ça griffe fort mais quand il fait pause, ça cause tout bas. C’est l’interview de la grosse révélation de la saison, peut-être le joueur le plus rapide du championnat. Nom : Ntep. Code : « PG ».

PLANETE FOOT : Tu as débuté en Ligue 1 le 2 février 2014 contre Lyon. Dix-sept mois plus tard, comment juges-tu cette arrivée ?
Paul-Georges NTEP :
 C’est une très bonne année. Une grande expérience en même temps qu’une découverte totale. Parce que c’est un univers complètement différent de la Ligue 2. Tout est différent. C’est au moins deux fois plus fort que ce que j’ai pu connaître avec l’AJ Auxerre. Aujourd’hui, quand je regarde un match de L2, je vois tout de suite l’écart. Il s’agit d’un tout, c’est incomparable.

PF : Paradoxalement, la Ligue 1 ne serait-elle pas plus facile pour toi ?
P.-G.N. :
Ce n’est pas plus facile mais j’y prends davantage de plaisir. Le niveau est supérieur, c’est plus dur mais ça permet de progresser beaucoup plus vite. Je suis convaincu, par exemple, d’avoir plus progressé en quelques matches de Ligue 1 qu’en une saison de Ligue 2.

PF : Cette progression, comment la perçois-tu ?
P.-G.N. :
Je n’y prête pas particulièrement attention. Je travaille différemment. Sur le terrain, je dois prendre les décisions plus rapidement. Mais mes capacités étaient déjà là à Auxerre. Les qualités, je les avais. J’ai progressé dans mes choix, dans mon travail.

PF : Evoluer à ce poste de joueur de couloir exige une somme d’efforts importante. C’est aussi dans leur gestion que les choix sont importants ?
P.-G.N. :
A Rennes, on fait beaucoup d’exercices de fractionné. Cela permet de répéter les efforts à haute intensité. Je n’ai jamais eu une grosse capacité en foncier. Aux tests de VMA, je ne suis pas le meilleur. Sur les fractionnés, j’ai toujours été bien. Aujourd’hui, je les travaille souvent. J’ai encore des périodes de creux au cours d’un match, où j’ai besoin de souffler. Mes accélérations me demandent beaucoup d’énergie et la contre-accélération fait souvent très mal. Mais on compense collectivement. C’est un autre type d’effort.

PF : Un peu plus d’un an après, donc, on t’imagine très satisfait ?
P.-G.N. :
Non, ce n’est pas vraiment une grosse satisfaction parce que je ne me satisfais pas de mes stats. Je regarde mes matches, je note ce qui a bien marché, ce que j’ai moins bien réussi. Je ne suis pas un mordu de stats mais, au final, pour analyser le rendement d’un joueur, ce sont elles qui parlent le plus. Je voudrais faire mieux, je sais que je le peux. C’est là-dessus que je travaille.

PF : Devant le but ?
P.-G.N. :
Non, dans l’intensité que je mets à l’entraînement. On dit souvent que quand on s’entraîne bien, on joue bien. Reproduire en match ce que l’on a fait durant la semaine, ce n’est pas un cliché. Je mets beaucoup d’engagement dans tout ce que j’entreprends durant les séances, parfois même un peu trop. Mais plus la saison avance et mieux je me sens, plus les sensations sont bonnes.

PF : Tu fais partie des joueurs capables de réaliser des différences aussi bien du pied gauche que du pied droit. As-tu conscience de ce potentiel et as-tu la sensation de t’en servir assez ?
P.-G.N. :
Je considère que j’ai un bon pied gauche, pas un très bon pied gauche. C’est bizarre parce que dans mon évolution sur les côtés, j’ai fait toute ma formation à droite. Là, je débordais pour centrer pied droit mais si je rentrais, je tentais une frappe du gauche. Et maintenant, c’est l’inverse. Ça me permet de frapper du droit lorsque je rentre dans l’axe, ce droit qui reste mon meilleur pied, mais je suis capable de délivrer de bons centres du gauche.

PF : Comment te définirais-tu ?
P.-G.N. :
Je suis un joueur qui aime les espaces. Un joueur de rupture, qui aime les un contre un. Un vrai ailier, en somme, qui peut rentrer dans l’axe pour faire des différences ou déborder pour centrer. Qui peut prendre la profondeur et partir dans le dos de la défense.

PF : C’est le modèle à l’ancienne du 4-3-3 auxerrois, ça ?
P.-G.N. :
C’est exactement ça. L’école auxerroise.

PF : Pour toi, une saison réussie, c’est quoi ?
P.-G.N. :
Une saison au cours de laquelle tu as remporté un titre. Ce qui ne m’est jamais arrivé. Avec Brétigny-sur-Orge, on avait terminé 2e derrière le PSG, en 16 ans fédéraux.

PF : Elle ne serait pas un peu réussie, celle-là ?
P.-G.N. :
Elle est bonne, j’en ai fait des bonnes mais à la fin d’une carrière, que retient-on ? Le palmarès.

PF : Et un match réussi, c’est quoi pour toi ?
P.-G.N. :
Quand l’équipe a gagné grâce à toi et que tu as gagné ton duel face à ton adversaire direct.

PF : Quel style de défenseur te pose le plus de problèmes 
P.-G.N. :
Les petits. Ils sont plus toniques, plus emmerdants et plus accrocheurs. Les grands costauds ? Je n’ai pas peur des duels et ceux-là ont tendance à se jeter plus facilement. C’est normal, le gars a conscience de ses qualités et il joue sur ses points forts. Mais s’il est par terre et que tu es passé, il est éliminé.

PF : A quel niveau places-tu le curseur dans ta progression de carrière ?
P.-G.N. :
Je suis au tout début. J’ai livré de bons matches mais je n’ai pas encore connu de grands matches. C’est un bon début. Je regarde la Ligue des champions, ça fait forcément envie. Mais pour y arriver, l’important, c’est ce que tu donnes le lendemain matin à l’entraînement.

PF : Quand tu vois des matches comme Barça-PSG, que regardes-tu en particulier ?
P.-G.N. :
Surtout les joueurs qui évoluent à mon poste. Comment ils éliminent, comment ils se déplacent…

PF : Tu as vécu les soirs de C1 avec l’AJA (tu avais intégré le groupe pro et disputé 11 minutes à l’Arena d’Amsterdam contre l’Ajax en 2010). Un grand moment ?
P.-G.N. :
C’était fort. Ce sont des souvenirs qui restent et qui resteront mais je n’y repense pas quand je suis chez moi. Je suis très terre-à-terre. Je ne suis pas un rêveur.

PF : Comment vit-on terre-à-terre à Rennes ?
P.-G.N. :
J’ai mes potes, ma famille. Ça me suffit. Je suis casanier. Rennes, c’est tranquille, c’est aussi pour ça que j’ai fait le choix de venir ici. Je me considère toujours en apprentissage. Ce n’est que ma première saison complète en Ligue 1.

PF : Tu es donc parti pour rester en Bretagne ?
P.-G.N. :
Je ne suis pas du genre à faire des plans. Je ne suis pas un rêveur, je te dis. Je suis bien ici. Et si je dois y rester un long moment, ça m’ira. On essaiera d’aller plus haut à chaque fois. Après, si une opportunité doit arriver, elle arrivera.

PF : Quelle relation entretiens-tu avec Philippe Montanier, ton entraîneur ?
P.-G.N. :
Notre relation est très bonne. Il s’agit d’un grand coach. Il fait attention à chaque petit détail, sur comme en dehors du terrain. Il veille à ce que chacun de ses joueurs ne soit pas embêté par tout ce qu’il y a en dehors du terrain. Il sait gérer un groupe. On se parle beaucoup tous les deux. Il a appris à me connaître, j’ai appris à le connaître. Aujourd’hui, on se comprend. Cela se passe vraiment très bien.

PF : Y a-t-il eu un déclic, un moment qui a tout changé dans ta carrière ?
P.-G.N. :
(Il réfléchit) Oui. Ma première sélection avec l’équipe de France U20 au tournoi de Toulon. C’était la fin d’une bonne saison pour moi avec 9 buts et 4 passes décisives, je crois, à Auxerre. Et je me retrouve au milieu de joueurs qui vont me bluffer. Je repense encore à Giannelli Imbula. Fort, très fort. Là, je me dis que c’est l’équipe de France. Le gratin, comme on dit. Et moi, je fais partie du gratin. Donc, je ne suis pas si loin. J’ai pensé : « Pourquoi ne pas réussir quelque chose chez les grands ? »

PF : Y a-t-il une personne qui a compté plus qu’une autre dans ton parcours ?
P.-G.N. :
Tous les entraîneurs que j’ai eus ont compté. Si une personne a compté plus qu’une autre, c’est Willy Boly à Auxerre. Il était toujours là pour m’aider, toujours là pour moi.

PF : Si tu n’es pas un rêveur, avais-tu un rêve de gosse ?
P.-G.N. :
Oui, jouer en pro comme les grands.

PF : Fais-tu attention à ton image ?
P.-G.N. :
Forcément, un petit peu. Mais il ne s’agit pas d’une fixation. Je suis moi. Après, les gens m’apprécient ou pas, je n’y peux rien. Il y a obligatoirement une image de moi sur le terrain et une autre en dehors. Je ne triche pas. Je sais que plus tard, une fois que tout sera fini, il n’y aura plus les caméras partout autour. Le plus important, c’est l’image que j’aurai laissée auprès de mes partenaires, du coach, du staff, de toutes les personnes que j’aurai côtoyées au quotidien. Qu’eux retiennent une bonne image de moi, voilà ce qui compte.

PF : Es-tu addict aux réseaux sociaux ?
P.-G.N. :
C’est un peu ma génération. Au début, je prenais ça plutôt comme un divertissement, je répondais à tout. Maintenant, je fais davantage attention. Je sais à peu près ce qu’il faut mettre et ne pas mettre.

PF : Quel est pour toi le meilleur joueur de Ligue 1 ?
P.-G.N. :
Zlatan Ibrahimovic.

PF : Pourquoi ? Il a moins joué cette saison, non ?
P.-G.N. :
Parce qu’il y en a beaucoup qui aimeraient avoir ses stats en ayant joué moins, comme lui. Il a 33 ans, c’est un monstre de compétition, un monstre de professionnalisme. Il est toujours aussi performant. Il fait des gestes… …Il y en a d’autres mais c’est lui le numéro un.

PF : Et toi, où te trouves-tu sur l’échiquier ?
P.-G.N. :
Très loin.

PF : Tant que ça ?
P.-G.N. :
Bah, disons que j’ai été dans le Top 10 des buteurs et le Top 10 des passeurs. Ce sont les chiffres qui le disent. Et c’est déjà beau. Au bout d’une saison. Bon, après, il faut le répéter chaque année.

PF : Quelle est ta journée type ?
P.-G.N. :
Entraînement le matin. Toujours un peu à la bourre, d’ailleurs. Disons que je ne suis pas celui qui arrive une heure avant le début d’une séance. Après, retour à la maison, repas, sieste. Réveil, un peu de Playstation ou de télé. Le soir, je regarde un film et dodo.

PF : Tu ne déjeunes jamais en ville ou au centre d’entraînement ?
P.-G.N. :
Si, si, ça m’arrive mais tu m’as demandé ma journée type…

PF : L’ambition, c’est quoi, quand on n’est pas un rêveur ?
P.-G.N. :
Je suis bien à Rennes aujourd’hui. Je n’imagine rien. L’ambition, c’est de progresser. J’espère que demain, je serai meilleur qu’aujourd’hui. Après, j’ai un programme dans ma tête.

PF : Ah, on y vient…
P.-G.N. :
Je n’en parle pas mais il est bien là, dans ma tête. Je sais jusqu’où je veux aller.

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