Basket

Panagiotis Fasoulas, du parquet à la mairie

Complexé par sa taille, Panagiotis Fasoulas découvrit le basket grâce à sa sœur. Militaire, conseiller municipal, président du syndicat des joueurs grecs et capitaine du PAOK Salonique, ce fut l’homme de tous les challenges. La preuve : il est devenu maire du Pirée.

« Ce mec est incroyable. Il peut vous ridiculiser sans avoir l’air de se sentir concerné. » Ce constat désabusé est signé du pivot espagnol Antonio Martin Espina. Entre la victoire 65-63 de son club, le Real Madrid, en finale de la Coupe d’Europe (future Coupe Saporta) 1992 et la mauvaise soirée qu’il a passée, Antonio est partagé. Partagé entre sourires et grimaces. Il vient de croiser, à Nantes, la route d’un certain Panagiotis Fasoulas. Le pivot grec est grand (2,13 m). Quand il déploie ses deux grandes mains au-dessus de votre tête, vous assistez à la première éclipse humaine. Le panier disparaît de votre horizon. Le style baba cool et les faux airs de grande perche fragile de Fasoulas disparaissent à la vue d’un parquet. Là, on retrouve Fasoulas le râleur, l’éternel révolté.
« Le basket, je l’ai découvert par nécessité. J’ai grandi très vite. A 14 ans, j’étais déjà le plus grand de ma génération. Dans la vie de tous les jours, c’était parfois très difficile à vivre. » Le jeune homme dégingandé va trouver du réconfort auprès de sa famille et surtout de sa sœur. « Elle m’a encouragé à faire du sport. »
Le choix était simple : ce fut le basket. Le jeune homme habite Salonique. La ville abrite les deux clubs phares de Grèce : l’Aris, le club riche, et le PAOK, rival, moins aisé. Fasoulas n’oublie pas ses origines. Celles d’une famille modeste. « Pour moi, le basket était une distraction, pas une affaire d’argent. J’aime les challenges. Aller au PAOK en était un. »
L’aigle à deux têtes, symbole du PAOK, veut planer au-dessus du basket hellène. Seulement, l’Aris truste tous les titres. A 17 ans, Panagiotis attend patiemment son heure, couvé par Fedon Matheou, son coach. « En venant au basket, il a perdu le complexe lié à sa taille. C’est devenu un atout pour lui », résume Matheou.
Pour progresser, Fasoulas va émigrer. Le temps d’une saison universitaire, du côté de North Carolina State, sous la baguette du légendaire Jim Valvano. Une expérience profitable. « Je ne jouais pas assez mais je travaillais avec des gars qui en voulaient, Chris Washburn et Charles Shackleford. »

On le surnomme « L’Araignée »
La NBA lui fait les yeux doux lors de la draft 1986 – Portland le sélectionne en 37e position, dix rangs après Dennis Rodman – mais celui que l’on surnomme « l’Araignée » rentre rapidement au pays pour terminer la saison régulière dans le club où il avait débuté en 1981. « J’aimais trop mon pays et son ambiance. J’avais envie de jouer, pas de faire banquette aux Etats-Unis. Et puis c’est le plaisir qui me guidait sur un parquet, pas la gloire. »
Pourtant, la gloire, Fasoulas va la prendre en pleine tête avec l’équipe nationale. Champion d’Europe à Athènes en 1987 (victoire 103-101 en finale contre l’URSS avec un grand numéro de Nick Galis) et vice-champion d’Europe en 1989 à Zagreb (défaite 98-77 contre la Yougoslavie en finale), « Fasou » est reconnu et redouté. Il excelle dans sa spécialité : le contre. Pour Dusan Ivkovic, son coach au début des années 90, « c’est le joueur qui a le plus de talent en Europe pour sécuriser ses partenaires en permanence ». A présent, le PAOK peut récolter le fruit de sa grande plante.
En 1991, les Noirs et Blancs remportent pour la première fois de leur histoire un trophée européen, Ia Coupe des Coupes (76-72 contre Saragosse en finale). Ils peuvent récidiver à Nantes face au Real Madrid mais s’inclinent 65-63. Auteur d’une gaffe monumentale, Fasoulas offre la balle de match à un Espagnol à la dernière seconde. Un échec vite effacé par le deuxième titre de champion de Grèce du PAOK, après 33 ans d’attente.
Quand il le faut, le président du syndicat des joueurs grecs sait monter au créneau. « Dans notre pays, on doit essayer de changer les rapports entre joueurs et dirigeants. Nous appartenons à vie à nos clubs. Alors que pour moi, un joueur doit avoir une certaine liberté. »
Dans ce discours, on trouve la conviction d’un homme politique. Fasoulas est conseiller municipal de la ville de Salonique. Le basket grec se met au garde-à-vous devant lui et lui fait de même face au drapeau. Car il est aussi soldat. A chaque fin de rencontre, il regagne la caserne. Sa spécialité : le contrôle aérien et le détournement de missiles.
En 1993, au lendemain d’une 3e place en Euroleague (défaite de 2 pts contre le Benetton Trévise), Panagiotis quitte le PAOK pour l’Olympiakos, avec lequel il sera sacré quatre fois champion de Grèce et remportera deux fois la Coupe de Grèce. Sous les ordres de Giannis Ioannidis, Le Pirée dispute deux fois le Final Four de l’Euroleague. Défaite 59-57 contre Badalone en finale en 1994 à Tel-Aviv. Défaite 73-61 contre le Real Madrid d’Arvydas Sabonis en finale en 1995 à Saragosse.
En 1997, enfin, c’est la consécration. Les hommes de Dusan Ivkovic sont sacrés champions d’Europe à Rome en dominant Ljubljana 74-65 en demi-finales puis Barcelone 73-58. Parmi les coéquipiers de Fasoulas, une vieille connaissance : l’ex-Antibois David Rivers. Cette année-là, l’Olympiakos réussit un incroyable triplé titre européen-titre national-Coupe de Grèce.
Après son retrait des parquets en 1999, celui que l’on considère comme l’un des meilleurs pivots défensifs de l’histoire du basket européen se lança dans une carrière politique au sein du PASOK. Il fut maire du Pirée de 2006 à 2010. Il s’impliqua par ailleurs dans l’organisation des Jeux d’Olympiques d’Athènes en 2004.
La sélection grecque termina 4e du championnat du monde 1994 à Toronto. Elle fut sortie par les USA en demi-finales (97-58).

Constant NEMALE / MONDIAL BASKET

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