Équipe de France

On a posé les 12 questions qui fâchent (6)

C’est un peu subjectif, volontairement engagé ou simplement d’actualité. Avant de plonger dans les soirées froides de l’hiver, on a décidé de tirer certaines choses au clair, histoire de vraiment sortir couvert. Alors, Pogba est-il surcoté ? Zidane chanceux ou talentueux ? Ben Arfa n’est-il qu’un feu de paille ? Et McCourt à l’OM, fera-t-il pire ou mieux que « MLD » ? Wenger ne serait-il pas devenu un has been ? Et Varane, trop gentil ? Et Aulas, mauvais joueur ? Il y en a d’autres, il y en a douze. Accusés, levez-vous !

11. Thierry Henry est-il un adjoint crédible en sélection belge ?

L’arrivée du Français dans le staff des Diables Rouges, en tant qu’adjoint du sélectionneur espagnol Roberto Martinez, pose question. On chuchote déjà une réponse : l’ancien Bleu reste un mystère.

La nouvelle est tombée au lendemain de l’annonce de Didier Deschamps pour les deux matches de rentrée des Bleus, début septembre en Italie (amical) et en Biélorussie (première journée des éliminatoires de la Coupe du monde 2018). Dans l’absolu, c’est normal. C’était aussi l’annonce de la première liste de Robert Martinez, nouveau sélectionneur espagnol de la Belgique, successeur de Marc Wilmots qui a laissé la place pas très nette d’ailleurs au lendemain de l’Euro. C’était normal mais hautement symbolique. Parce qu’on ne s’y attendait pas du tout et parce que ça a interpelé un peu tout le monde.
Thierry Henry, le meilleur buteur de l’histoire d’Arsenal, le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France, objectivement l’un des cinq meilleurs joueurs de l’histoire des Bleus, devenait le troisième homme du staff des Diables Rouges. Si la question du « Pour qui » est assez défendable, puisque « Titi » retrouve, avec la Belgique, l’un des potentiels offensifs les plus puissants et les plus denses du plateau actuel – Eden Hazard, Kevin De Bruyne, Romelu Lukaku, Dries Mertens, Yannick Ferreira-Carrasco, Christian Benteke, Michy Batshuayi et tous les autres -, la question du « Pourquoi » reste sans réponse.
Sur le banc des U19 d’Arsenal, la saison passée, Henry avait traversé la Youth League comme on l’imaginait, dans ses premiers pas dans le métier, dans la maison d’Arsenal, un peu la sienne. Oui mais avec un contrat en or massif sur SkySports, le Gunner touchait les deux côtés du manche. Et Arsène Wenger a fini par lui dire qu’il fallait choisir : soit défendre les couleurs de l’intérieur, soit les critiquer de l’extérieur. La cassure a eu lieu entre les deux hommes, confirmant d’ailleurs qu’Arsène faisait rarement dans le sentiment (Patrick Vieira, qui entraîne New York et qui est payé par Manchester City, peut en témoigner).
Mais Thierry Henry, alors ? Entre la cassure Arsenal et la Belgique, il y a quand même plus qu’un tunnel sous la Manche, un fossé, un grand écart avec, accessoirement, la France entre les deux. « Sauf qu’entre la France et lui, il y a le Grand Canyon ! », réagit Robert Pirès. Côté belge, on semble ravi, surtout Romelu Lukaku. « Il m’apprend beaucoup de choses. Il est très honnête avec moi. Il me dit ce que je fais de bien et ce que je fais de moins bien. Je suis donc très content qu’il soit là pour nous aider. Il est important pour nous, les attaquants, mais aussi pour toute l’équipe. »
C’est un appel-contre-appel comme « Titi » les aimait tant. Une première expérience qui rappelle aussi tout le malaise qui entoure sa fin de carrière en Bleu, lui le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France, caché derrière un rideau dans un bus en Afrique du Sud, puis convoqué par le président de la République à l’Elysée, où il se rendra en voiture officielle, dès le retour de Knysna. Lui qui n’a jamais digéré, finalement, les soutiens très light qu’il a reçus après sa main volontaire, ou sa main réflexe, lui seul le sait, mais sa main salutaire, en tout cas, contre l’Irlande en 2009. Oui, il y a comme un malaise, un mauvais goût dans le gosier. Et voilà qu’il se retrouve adjoint en Belgique. Avant de devenir entraîneur ? En Angleterre ? Il reste une énigme.

12. Raphaël Varane est-il trop gentil ?

L’autre « Rapha » de Madrid – sans « F », contrairement au tennisman – est paradoxalement plus dans sa zone de confort en équipe de France qu’au Real Madrid. Trop gentil ? Ça le gonfle un peu, à force. Mais est-ce légitime ?

Les étiquettes, comme les emmerdes, arriveraient-elles en escadrilles ? Pas forcément, il en suffit d’une, parfois, pour vous pourrir la vie, ou du moins la changer. Raphaël Varane est depuis qu’il est tout petit, pardon, tout jeune, parce qu’il a très vite été grand, considéré comme un monstre de précocité, le prototype du défenseur moderne, qui va vite, qui coupe et qui voit juste, doté d’une qualité de premier relanceur hors pair, leader malgré lui. Il s’agit de quelque chose d’épais et lourd à porter. Un phénomène, quoi.
Et au fil des matches maîtrisés, des interventions soignées et des absences coupables, un autre petit papier est sorti du chapeau. Surtout depuis le quart de finale de la Coupe du monde 2014, quand il s’est laissé battre dans l’agressivité et le vice aussi, un peu, par Matts Hummels. « Pas assez méchant. » « Trop tendre. » « Trop gentil. » Le papier devient même buvard, il en bave jusqu’à Madrid, où la concurrence à trois pour les deux postes de la charnière centrale se joue entre lui, l’esthète, et deux guerriers avec un grand « G », Pepe et Sergio Ramos. A leurs côtés, c’est un peu comme si Varane passait pour le tendron. Un jeune veau entre deux taureaux de corrida. Est-ce que ce monde est sérieux ?
En mars, alors qu’il se trouvait en difficulté dans l’arène du Real, il lâchait : « Il faut arrêter avec tous ces clichés. Etre gentil, ça ne veut pas dire ne pas avoir de caractère. Demandez à mes proches, j’ai un caractère bien affirmé, ils pourront vous le confirmer. Je ne me laisse pas marcher sur les pieds. Même si je suis quelqu’un de discret, je ne crois pas être une personne effacée. Je sais aussi l’ouvrir. »
Promu vice-capitaine par Didier Deschamps, plus jeune capitaine des Bleus de l’après-guerre : il doit bien y avoir des raisons. « Nous avons plusieurs capitaines dans le groupe, plusieurs leaders, explique Blaise Matuidi qui peut lui aussi porter le brassard à l’occasion. Mais Raphaël fait partie de ceux qui parlent et qu’on écoute dans le vestiaire. » Il n’y aurait donc pas d’âge. « Sans caractère, c’est difficile, voire impossible de durer au Real Madrid. Cela fait bientôt six ans que je suis en face des meilleurs chaque jour et je ne me suis jamais dégonflé. Je peux même dire que je me suis affirmé. »
Absent à l’Euro pour cause de blessure, il a accusé le coup puis est venu supporter les Bleus, notamment à Lille (près de la famille) contre la Suisse, ou encore en finale. Là, il se trouvait carrément sur la pelouse, au milieu des potes, solidaire dans la tristesse. Leader partout, tout le temps, et leader qui assume, comme en zone mixte, au Maracana, après le but d’Hummels en 2014. « Il me pousse avec son bras, il y a une petite faute qui n’est pas sifflée, donc… C’est le foot, c’est comme ça. »
Assumer, c’est un peu son quotidien depuis qu’il a 16 ans. Il sait faire. Alors, question qui fâche ou étiquette qui colle ? A 23 ans et après avoir manqué la première phase finale d’une carrière qui s’annonce à rallonge, l’occasion est peut-être venue de faire tomber les papiers collants. Quand on s’appelle « Don Limpio » à Madrid (Monsieur Propre), c’est aussi une question de principe.

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