Équipe de France

On a posé les 12 questions qui fâchent (2)

C’est un peu subjectif, volontairement engagé ou simplement d’actualité. Avant de plonger dans les soirées froides de l’hiver, on a décidé de tirer certaines choses au clair, histoire de vraiment sortir couvert. Alors, Pogba est-il surcoté ? Zidane chanceux ou talentueux ? Ben Arfa n’est-il qu’un feu de paille ? Et McCourt à l’OM, fera-t-il pire ou mieux que « MLD » ? Wenger ne serait-il pas devenu un has been ? Et Varane, trop gentil ? Et Aulas, mauvais joueur ? Il y en a d’autres, il y en a douze. Accusés, levez-vous !

3. Zinédine Zidane est-il talentueux ou chanceux ?

« ­­­Zizou » a longtemps patienté avant de devenir coach au Real Madrid. Il a remporté la C1 quatre mois après son intronisation, cultivant cette image de « golden boy ». Mais tout cela, au fond, est-il vraiment mérité ?

C’est toujours un peu la même chose quand c’est un destin. Celui de Yazid, le gosse de la Castellane, qui allait devenir Zinédine, puis « Zizou » le roi de France, double buteur en finale de la Coupe du monde, Ballon d’or, joueur le plus cher de l’histoire et tout ce qui va avec. C’était écrit. Il est né pour gagner, pour gagner au plus haut niveau. Et quand « Zizou » veut épouser la carrière d’entraîneur, il ne démarre pas à Bordeaux, qui pourtant aurait bien aimé. Nicolas de Tavernost est revenu récemment sur l’arrivée du « Z » en Gironde, il y a deux ans, aux prémices de sa nouvelle vie. « Qui ne rêve pas d’avoir Zidane comme entraîneur ? Mais pour être honnête, Zidane à Bordeaux, ça aurait été un malentendu, parce qu’on n’avait pas les moyens de lui fournir l’équipe qu’il méritait. Je l’ai rencontré, avec Jean-Louis Triaud, il aime bien Bordeaux, on a regardé la question. Mais il convient aussi de se montrer réaliste. Madrid évolue à un niveau qui n’est pas celui des Girondins. Le championnat de France n’est pas la Liga espagnole, les recettes du Real n’ont rien à voir avec les nôtres. » En fait, tout est dit. On rajoute quand même qu’il fallait une certaine confiance en soi, pour ne pas dire autre chose, pour accepter d’emblée le Real Madrid et son poste d’entraîneur, l’un des jobs les plus exposés du monde du foot, pour démarrer. Mais « Zizou » est là. Enfin, là-haut, tout là-haut. Il surfe sur les cimes depuis bientôt vingt ans.
Il prend le Real en janvier et il remporte la Ligue des champions en mai. Un destin ? Tout sauf un hasard, tant le garçon a mis les choses en place depuis le premier jour de sa formation à Limoges, jusqu’au banc de touche, dans le rôle du numéro 2 (de Carlo Ancelotti), au Real. Chaque jour, chaque entraînement, chaque causerie ont constitué, pour lui, un concentré d’expérience. Puis il s’est retrouvé dans le rôle du numéro 1 mais à la tête du Castilla, dans les ligues inférieures. Il a écumé les petits terrains, du Pays basque à la Galice, de Salamanque à Alcorcon, quelques centaines de spectateurs autour et des « vieux » trentenaires en face, qui n’avaient qu’une seule idée : casser les jeunes du Real. Aujourd’hui, le voilà à la tête de l’équipe première et c’est comme si c’était toujours la même chose. En fait, le garçon sent la pelouse. Il respire le foot.
Il est aux manettes, il est le fils spirituel de Florentino Perez, qui rêvait comme un gosse de le voir coach de la Maison Blanche et il met en place ses idées, ses conceptions du jeu, sa relation avec les joueurs. S’il est chanceux, c’est parce qu’il a l’opportunité d’être à la tête de l’effectif du Real Madrid et on est d’accord avec De Tavernost : il avait plus de chances de remporter la Ligue des champions en Castille que sur le banc des Girondins de Bordeaux. C’est une question de rapport de forces. Mais dans le rapport de forces, « Zizou » excelle depuis qu’il a pris les rênes de l’équipe. Le Real était moribond en janvier dernier, il a remporté la C1 en mai et il a failli battre le record de victoires consécutives en Liga fin septembre. Ça s’est joué à une victoire près.
Avec, en plus, un début de saison amputé presque en totalité de Cristiano Ronaldo, qui s’est blessé en finale de l’Euro et qui revient doucement à son meilleur niveau. Il doit bien y avoir, quand même, quelque chose de Zidane là-dedans. Il serait chanceux ? Oui, il en est le premier convaincu. Il l’a répété à son pote de toujours, Christophe Dugarry, sur RMC l’autre soir. « Tous les jours, quand j’arrive au centre d’entraînement, de ma voiture jusqu’aux vestiaires, je contemple les arbres et je profite. J’ai une chance inouïe d’être là et je me régale ! » Il serait donc talentueux, aussi. « Je sais où je vais. Ce qui m’intéresse, c’est de trouver des solutions. » Un vrai discours de coach. Tout ce qu’il refusait de devenir. Tout ce qu’il est maintenant.

4. Jean-Michel Aulas est-il mauvais joueur ?

Le big boss de l’OL a toujours eu du mal avec la contrariété et la frustration. Ça ne va pas en s’arrangeant. Alors, mauvais joueur ou pas, « JMA » ?

Il est un vrai patron d’entreprise et depuis plus de vingt ans, l’un des personnages les plus influents du petit monde du foot français. Sur un terrain de foot, il serait placé au cœur du jeu. Jean-Michel Aulas est une figure emblématique, une grande gueule qui aime faire passer ses messages. Certains disent de lui qu’il serait « devenu fou » en découvrant Twitter. C’est vrai que depuis qu’il a apprivoisé l’outil, qu’il s’est rendu compte qu’il n’avait plus forcément besoin d’un micro tendu, d’un trait de maquillage et d’une caméra pour l’ouvrir en grand, il a franchi quelques barres. Et à force de les enjamber (les barres), il lui arrive de dépasser les bornes.
Il est très intelligent, voit toujours plusieurs coups à l’avance et il est devenu une bête de communication. Mais son comportement laisse parfois pantois. « JMA » agace autant qu’il suscite l’admiration. On ne sait pas si on l’aime mais on l’admire. La nuance n’est pas neutre. Arrogant, volontairement provocateur, il s’invite régulièrement sur le devant de la scène avec toujours, en fil rouge (et bleu, les couleurs de l’OL bien évidemment), cette irrésistible attirance pour le prêche et la paroisse lyonnaise. Dans le désordre, on se souvient de sa sortie au cutter sur Ivica Olic, après que l’attaquant croate eut éliminé presque à lui seul l’OL en demi-finales de la Ligue des champions. C’était en 2010, le volcan islandais avait obligé les Lyonnais à rallier Munich en bus, les Gones en avaient un peu plein les pattes mais « JMA » avait ciblé les causes de l’élimination lyonnaise et il était sûr de lui ! « On a vu un Olic de feu. Bravo à lui, il a été supérieur, il court plus vite et plus longtemps que tout le monde. Il a dû obtenir tout ce qu’il faut pour être le joueur merveilleux qui nous a éliminés presqu’à lui seul. »
Promis, on n’a rien enlevé. Quelques semaines plus tard, durant un printemps 2010 décidément indigeste, il a repris le micro mais en L1 ce coup-ci : « L’an passé, nous avons perdu le titre à Bordeaux à cause d’une erreur d’arbitrage de Monsieur Bré. Là, nous sommes pénalisés par une nouvelle faute de Monsieur Bré. A l’arrivée, ce sont vingt millions d’écart à cause d’arbitres qui ne savent pas. »
Beau perdant, le garçon. Et fin calculateur : quelques jours après cette déclaration au lance-flammes, l’OL mettait quelque 25 millions d’euros sur Yoann Gourcuff. Un investissement. Il y en a d’autres, à la pelle, comme lorsqu’il convoqua un huissier en 2005 et lui demanda de constater l’état catastrophique de la pelouse, à une époque où Lyon ramassait tous les titres chaque saison, un soir de défaite à Caen. « On va dire que Lyon est mauvais perdant mais ce n’est pas le cas. » Bien sûr que non. A la limite, heureusement qu’il en parle, parce que l’idée ne nous avait même pas traversé l’esprit.
Depuis, QSI s’est offert le PSG et Lyon est loin derrière. « JMA » se bat pour ramener des investisseurs, ce qu’il fait très bien, son Parc OL est un outil formidable et lui un vrai businessman, mais il crève de l’écart abyssal entre les moyens illimités de la capitale et ceux de son OL. Lui qui se rêve en capitale de l’Europe, à la croisée des routes, en Gaule. Dès qu’il peut, il en remet une couche sur le Qatar. Si personne n’aime perdre, il y a de bons et de mauvais perdants. Là encore, sa place n’est plus dans la première partie de la phrase. « En France, quand on essaie de s’opposer à la toute-puissance, on se fait traiter de mauvais joueur. » Bah tiens.

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