Équipe de France

On a posé les 12 questions qui fâchent (1)

C’est un peu subjectif, volontairement engagé ou simplement d’actualité. Avant de plonger dans les soirées froides de l’hiver, on a décidé de tirer certaines choses au clair, histoire de vraiment sortir couvert. Alors, Pogba est-il surcoté ? Zidane chanceux ou talentueux ? Ben Arfa n’est-il qu’un feu de paille ? Et McCourt à l’OM, fera-t-il pire ou mieux que « MLD » ? Wenger ne serait-il pas devenu un has been ? Et Varane, trop gentil ? Et Aulas, mauvais joueur ? Il y en a d’autres, il y en a douze. Accusés, levez-vous !

1. Paul Pogba est-il surcoté ?

Le joueur à plus de 100 millions d’euros répète à l’envi son vœu le plus cher : décrocher le Ballon d’or. Pour l’instant, il en est loin.

Poser la question, c’est forcément y répondre un peu. A force de se poser, la question risque, à plus ou moins long terme, de se transformer en débat national. Parce qu’il s’agit d’un joueur de l’équipe de France et parce qu’il s’agit de Paul Pogba. Pogba l’enfant prodige, le milieu de terrain d’un nouveau genre, le playmaker annoncé des Bleus. Pogba, le digne héritier de Michel Platini et Zinédine Zidane réunis, puisqu’il est de bon ton, régulièrement, de rappeler que les grands triomphes de la sélection nationale se sont toujours écrits sous la plume d’un guide, en forme de joueur d’exception. Alors, « la Pioche » entre-t-il dans ce cadre ?
Il n’y peut rien : depuis le début de sa carrière, depuis qu’il est devenu champion du monde des U20 avec le brassard de capitaine autour du bras, il est escorté des attentes les plus grandes. Depuis qu’il est tout petit, il cultive, jour après jour, son ambition personnelle, qui pourrait se résumer en trois mot : atteindre le top. Il n’y peut rien, non plus, si Manchester United a décidé de mettre plus de 100 millions d’euros sur la table et quelques autres de plus dans les poches de Mino Raiola, son agent. A ce niveau-là, c’est pareil pour tous, le moindre match raté, le premier contrôle en bois, et c’est l’avalanche qui vous tombe sur le bonnet. Ça n’a pas manqué pour Paul, qui a essuyé quelques plâtres depuis son retour à Old Trafford.
Lors de la défaite contre City (à la maison, en plus), Paul Scholes, un illustre ancien de la maison, a été l’un des premiers à dégainer : « Je ne sais pas dans quelle position il joue. Mais a-t-il vraiment une position ? A-t-il le droit d’aller où il veut sur le terrain ? Il cherche à en faire beaucoup trop avec le ballon, il essaie de dribbler trois, quatre joueurs. Il doit simplifier son jeu, c’est la priorité. »
En fait, c’est son péché mignon. Le Red Devil veut toujours en faire beaucoup. Parfois trop. C’est ce que lui répète Didier Deschamps à intervalles plus ou moins espacés. Mais il le lui répète quand même. « DD » n’est pas Mémé. Après le fameux « Robert, muscle ton jeu ! » est apparu « Paul, simplifie ton jeu ! ». Mais les enjeux ne sont pas les mêmes. Paul Pogba veut être un leader. Le leader ? Sa position sur le terrain le freinera tout au long de sa carrière. Car si le garçon adore se projeter vers l’avant, les rares fois où il évolue plus haut sur le terrain, en 10 par exemple, c’est son invisibilité qui se remarque le plus.
A l’Euro, pas mal de critiques lui sont aussi tombées dessus. Ceci étant dit, le garçon paraît armé face à la pression. A l’Euro, toujours, on peut retenir sa pâle prestation en finale, comme son dribble génial en demi-finales contre l’Allemagne, face à Shkodran Mustafi, sur le second but d’Antoine Griezmann. Un passement de jambes qui n’était qu’un pas de danse, une samba façon Pogba, une improvisation qu’il est un peu le seul, dans le monde des milieux de terrain dits relayeurs d’aujourd’hui, à pouvoir réussir à ce niveau de la compétition et à cet endroit du terrain.
On n’oublie pas non plus qu’il a été élu meilleur jeune joueur de la Coupe du monde 2014 au Brésil, ce qui peut aussi augurer d’une suite en mode cinq étoiles. Oui, dans la combinaison technique-puissance-volume de jeu, il n’y en a sans doute pas deux comme lui à son poste dans le concert international actuel. Mais oui aussi, il est encore loin du Ballon d’or. Après, est-il surcoté ? Si sa cote est le coût de son transfert, la réponse est toujours oui, en majuscules. Mais son prix ne veut plus rien dire.

2. Pep Guardiola en fait-il trop ?

Admiré par beaucoup de ses joueurs et la quasi totalité de ses confrères, le Catalan renvoie aussi une certaine idée du culte de la personnalité. C’est la face cachée du Pep.

Il sourit, il grimace, il harangue avec les mains, il parle avec les yeux. Il craque son pantalon… Derrière ses bilans et la patte indélébile qu’il pose sur chacune de ses équipes, assez inattaquables, le nouveau coac­­­­h de Manchester City laisse aussi d’autres traces de ses passages sur les bancs. D’ailleurs, il n’a pas quitté que des amis en Bavière. Ça se sait moins, on n’en parle presque pas, parce qu’il est devenu une référence et parce qu’on touche difficilement aux icônes. Mais quand les langues se délient, en Allemagne, c’est rarement pour ne rien dire et ça fait souvent des dégâts.
Pep Guardiola cristallise pas mal de critiques dans le paysage du Bayern, oui. D’abord parce qu’il n’a pas remporté la Ligue des champions. Or, le Catalan a pris la suite de Jupp Heynckes, avec qui le Bayern avait réussi un incroyable triplé en 2013 (C1-championnat-Coupe). Le septième de l’histoire, le tout premier en Allemagne. Il n’y en a plus eu depuis. Non seulement le Bayern Munich n’a pas bissé mais il a en plus muté, il est devenu le Bayern de Guardiola : une machine à posséder le ballon, contrôler le rythme du match et démultiplier les redoublements de passe. Un crime de lèse-majesté pour beaucoup au pays de la Bundesliga, de la verticalité et des frappes en dehors de la surface. Un vrai choc des cultures, en tout cas.
Si le coach catalan a réussi la transformation, confirmant l’idée d’un vrai pouvoir de contrôle sur ses équipes, le succès n’a pas vraiment été le même auprès des supporters. Et de certains de ses joueurs. Récemment, Franck Ribéry (qui retrouve la grande forme après trois saisons pourries par les blessures, une fâcheuse coïncidence sans doute) a lâché : « Il parle beaucoup. Trop, alors que le football est quelque chose de très simple. » Franck ne nous en voudra pas d’être étonnés, parce que ce n’est pas la qualité première du bonhomme, mais il touche là le cœur du débat : OK, Guardiola fait progresser tous les joueurs qu’il coache, et les vieux souvenirs des premiers contrôles de balle de Sergio Busquets au Barça sont eux aussi inattaquables. Mais à force de théoriser, de rabâcher, de ressasser, le Catalan développe aussi une certaine idée du culte de la personnalité.
Quand il tresse des louanges à ses joueurs, c’est souvent dans l’exubérance. Quand il vante l’histoire de l’Institution qui le rémunère aussi. Quand l’Institution s’appelle Manchester City, dans la ville d’Old Trafford, de Sir Matt Busby ou de Sir Alex Ferguson, la ficelle devient un peu grosse. Il vénère et répète son extrême humilité avec une permanence qui peut friser le mensonge, comme lorsqu’il évoqua Mario Mandzukic à son arrivée au Bayern : « J’aime ce joueur. Je n’ai jamais vu un garçon pareil de toute ma vie. » Exclu au terme de la première saison, le Croate dira, à son arrivée à la Juve : « Il m’a manqué de respect, il voulait juste se débarrasser de moi. »
Il ne faut pas fouiller bien loin dans les livres pour trouver quelques conflits légendaires. Les mots de Franck Ribéry ne sont pas méchants. Ceux que Zlatan Ibrahimovic a retranscrits dans son autobiographie un peu plus : « A ses yeux, je n’étais qu’une ennuyeuse distraction. Il était comme un mur. De lui, je ne recevais aucun signe et je souhaitais tous les jours pouvoir me barrer de cette équipe. Ensuite, Guardiola a commencé à tenir son discours philosophique, en évoquant les sacrifices et les efforts collectifs… » Nous sommes dans la bouche d’Ibra, évidemment, mais nous sommes aussi à mille lieues de l’image rassurante, complice et pleine d’empathie du Pep. Chez lui, tout est sous contrôle. L’im­­­­age, le mot, le geste. On se rappelle de cet aveu, un jour, au détour d’une conférence de presse au Camp Nou : « Je veux être aimé. » Pour cela, rien n’est trop gros pour lui.

Populaires

Presse magazines

Société d’Édition de Sites Internet Musicaux et Sportifs

Vélo Tout Terrain Planète Cyclisme City Ride Ride it

© 2017 Editions Le Nouveau Sportif / SESIMS

To Top